Les dix premiers livres de bébé #0à15mois

Enceinte, et acheteuse compulsive de bouquins, je me suis très vite posée la question des premiers livres à faire découvrir à un enfant quand celui-ci ne sait pas même… lire. Voici une sélection pour lui faire appréhender l’objet livre et partager ensemble les premières histoires :

1) Enfantines : jouer, parler avec le bébé, Bruley et Dumas, L’école des loisirs, 1996

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Tout petit, le bébé découvre le langage, les mots, son corps et le monde. Les mains sont un instrument d’appréhension formidable et les doigts forment à eux seuls une famille: «Le poucelot, le lèchepot, le longi, le malappris, le petit doigt du paradis!». Les «enfantines» – mot inventé par les auteurs – désignent ce patrimoine vivant, transmis oralement à travers des générations. Présentées en recueil, avec leurs variantes et leurs correspondances gestuelles ou musicales, ces formules gagnent encore en fantaisie grâce aux illustrations de Philippe Dumas. Un excellent florilège pour agrandir son répertoire de badinage avec les tout-petits.

2) Le premier livre de bébé, Gyo Fujikawa, Gautier-Languereau, 2001.

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Les bébés sont parfois des anges, parfois des diablotins, mais avant tout, ils ont besoin de baisers et de calins ! Un livre longtemps indisponible qui ravira les grands et les petits.

3) Ça va mieux !, Histoires de bébé, Jeanne Ashbé, Pastel, L’Ecole des loisirs, 2000. 

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Une série de six petits livres à regarder, à écouter et à sentir avec le tout-petit… Des livres qui racontent les bébés. Des livres qui rencontrent les bébés. Des livres qui parlent de la vie de tous les jours: les mots qui racontent les émotions partagées, les rires et les larmes… Dans la même série : Bonjour! – Au revoir! – On ne peut pas! -Tout barbouillé! – Coucou!

4) Je vois, Helen Oxenbury, Albin Michel jeunesse, 1999 / Je peux, Helen Oxenbury, Albin Michel jeunesse, 2000 / Je touche, Helen Oxenbury, Albin Michel jeunesse, 1999

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Le bébé découvre tous les jours de nouvelles sensations, et dans ces livres un merveilleux bambin nous entraîne dans ses explorations : Voir, Pouvoir, Toucher,etc.

5) La chenille qui fait des trous, Eric Carle, Mijade, 2004

Cette petite chenille passe son temps à manger et au bout d’une semaine, elle est devenue énorme. Mais le papillon qu’elle sera aura toutes les couleurs de ses festins. Cet album permet aussi à l’enfant d’apprendre les premiers chiffres puisque le nombre de trous par feuille va croissant.

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6) Les animaux de la ferme, François Delebecque, Les Grandes Personnes, 2010

Veau, vache, cochon, il faut soulever les volets pour découvrir sous les silhouettes les animaux de la ferme.

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7) Les Prélivres, Bruno Munari, Cera Nrs, 2000 (12 volumes)

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Les Prélivres de Munari est un ensemble de 12 petits livres (115 euros le coffret environ). Ce sont douze petits livres carrés de 10 x 10 cm en papier, carton, bois, étoffe, plastique, rassemblés dans un coffret-bibliothèque. Chacun a une reliure différente et met en scène une surprise…. Le prix est conséquent mais le concept est parfait ! Munari n’est autre que l’rtiste plasticien italien, inventeur du premier mobile du nouveau-né cher à Maria Montessori. (D’autres livres de munari en position 8 et 9 de ma sélection).

Je suis très intriguée par ce coffret que j’aimerais beaucoup avoir en main et découvrir… Vais-je investir ou non…

8) Bonne nuit à tousBruno Munari, Le Seuil, 2006

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9) Toc, toc, Bruno Munari, Le Seuil, 2004

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10): Petit musée, Alain Le Saux et Grégoire Solotareff, L’école des loisirs,2005

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149 mots, d’Aigle à Zèbre, illustrés par les détails de 149 tableaux de grands peintres, de Jérome Bosch à Picasso : Ce livre est peut-être un peu élaboré pour des tout-petits…. mais après tout, pourquoi pas ? Et puis, ça fera plaisir à l’adulte qui lit !

Le Charme discret de l’intestin de Giulia Enders

 Les cours de biologie ont arrêté de m’intéresser aux alentours de la classe de 5ème. Non pas que j’avais en horreur cette matière qui aurait pu me captiver si elle m’avait été enseignée avec envie… Malheureusement, je suis tombée sur des profs pas très friands de pédagogie… Il n’en fallait pas plus pour m’ancrer dans l’esprit que toute cette science là n’était pas faite pour mon esprit littéraire. Pourtant, à la lecture du livre de Giulia Enders, livre très pédagogique et très ludique sur le fonctionnement du corps humain, je changerais facilement d’avis. Ce qu’on y apprend sur soi, sur le fonctionnement de son corps, est tout bonnement génial. Le sujet manque de « sexitude » de prime abord : l’intestin, l’organe mal-aimé, est le centre d’intérêt principal de l’auteur, gastroentérologue de métier… D’ailleurs, si on ne me l’avait pas mis entre les mains, je n’aurais pas approché ce livre qui n’avait rien pour me plaire : on y parle biologie, corps humain, c’est écrit par un médecin, et en plus c’est un best-seller en Allemagne…. Généralement, les best-sellers sont médiocres (remember « 50 Nuances de Grey »). Quelle grossière erreur j’aurais faite en passant à côté de ce bijou de connaissance.

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J’en fais peut-être un peu trop pour un bouquin qui parle de caca et d’entrailles me direz-vous, mais je jure qu’il est passionnant, surtout quand on est nulle en anatomie, fonctionnement des bactéries, lien entre les différents organes, etc. J’ai dévoré ses 350 pages en quelques heures et je suis désormais fière de maîtriser ce qu’il se passe à l’intérieur de mon corps.

La quatrième de couverture : « Surpoids, dépression, diabète, maladies de peau… et si tout se jouait dans l’intestin ? Au fil des pages de son brillant ouvrage, Giulia Enders, jeune doctorante en médecine, plaide avec humour pour cet organe qu’on a tendance à négliger, voire à maltraiter. Après une visite guidée au sein de notre système digestif, elle présente, toujours de façon claire et captivante, les résultats des toutes dernières recherches sur le rôle du «deuxième cerveau» pour notre bien-être. C’est avec des arguments scientifiques qu’elle nous invite à changer de comportement alimentaire, à éviter certains médicaments ainsi qu’à appliquer quelques règles très concrètes en faveur d’une digestion réussie. Irrésistiblement illustré par Jill Enders, la soeur de l’auteur, voici un livre qui nous réconcilie avec notre ventre. Succès surprise, Le Charme discret de l’intestin s’est vendu à plus de un million d’exemplaires en Allemagne et sera publié dans une trentaine de pays. »

Pour ma part, j’y ai redécouvert le trajet de la nourriture dans le corps et les 3 « lignes » fondatrices de notre être physique qui amènent chacune à un chef d’oeuvre : le cœur, le cerveau et …. l’estomac. J’y ai découvert le principe et les raisons des allergies, des intolérances alimentaires, de la planète microbienne qui vit au fond de nous. J’ai compris l’utilité des bactéries, le concept des parasites type toxoplasmes, salmonelles, Helicobacter, etc. J’ai aussi réfléchi sur le principe du « deuxième cerveau » que serait notre estomac, principe à la mode en ce moment mais semble-t-il assez pertinent (il y avait eu un très bon reportage là-dessus sur Arte il y a quelques mois). Je fais enfin la différence entre prébiotiques, probiotiques et antibiotiques. Et véritablement, j’avoue avoir trouvé tout ça passionnant !

La Tribu, saison 1 l’intégrale – La Maison des horreurs : Série littéraire déjantée #Concoursinside !

EDIT 2 : Après tirage au sort, le site Dcode, générateur de nombre aléatoire, donne le commentaire n°2 gagnant. Bravo Elodie, tu peux m’envoyer ton adresse postale par mail : contact.laliseuse@gmail.com

EDIT : Ayant reçu ce livre en service presse, je vous propose d’en gagner un exemplaire. Pour jouer, il suffit de me laisser un commentaire et je tirerai au sort l’heureux chanceux lundi matin !

Bon week-end !

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Chez les Monferreau, quand on aime son grand-père, on en reprend au dessert !

Pourtant, il serait plutôt vieille carne que doux agneau, Victor. Déformation professionnelle. Du temps de sa splendeur dans la vie active, il était tortionnaire. Ça laisse des traces. De sang, bien sûr, mais aussi psychologiques. Et génétiques, a prirori. Ce cher démon se retrouve ainsi à la tête d’une horrible famille qu’il mène à la baguette et dont les membres sont tous plus dérangés du ciboulot et pervers les uns que les autres. Ils vivent sous le même toit, dans une grande maison des horreurs à l’intérieur de laquelle ils peuvent commettre les pires méfaits. C’est qu’ils sont sept, les Monferreau, comme les péchés capitaux. Voilà qui en dit long.

Alors malheur à ceux qui croisent leur route. Malheur à Anne et Ludo, une sœur et un frère en cavale, que le destin pousse en ces terres maudites et qui, bien contre leur gré, vont faire éclore un à un, comme autant de fleurs vénéneuses, les pires secrets de ces horribles gens. Mais ne croyez rien de ce que vous lirez, n’ayez confiance en personne, doutez de tout et de tous, y compris de votre raison.

Une seule chose est sûre : malheur à ceux qui tombent aux mains de la tribu. On vous aura prévenus.

Les séries littéraires de la collection « Pulp » sont conçues comme des séries télévisées, avec plusieurs saisons de six épisodes chacune, chaque épisode étant écrit pour un temps de lecture moyen de 15-20 minutes. Les six épisodes à l’unité ainsi que les intégrales de chaque saison, aux formats électronique et papier, sont proposés simultanément le jour de la parution.

LES PLUS : La maison d’édition, jeune, originale, un peu rock’n roll, très accessible, qui présente ses auteurs et ses parutions via vidéo et qui ne se prend pas trop au sérieux. Le concept de la série littéraire sur l’idée des séries télévisées, amusant et innovant. Le catalogue de personnages aussi déjantés les uns que les autres et la narration de ce bouquin, bien ficelée et rocambolesque.

LES MOINS : L’écriture un peu faible parfois, un peu lourde aussi avec des phrases du genre : « D’un geste brusque, il écrase la cigarette avachie, qu’il a vainement tenté de fumer, contre un tronc noueux, puis se dirige d’un pas faussement tranquille vers l’objet de sa haine »….. Surcaractérisation (= beaucoup trop d’adjectifs qualificatifs et d’adverbes) et ponctuation étrange à toutes les pages, mais on se laisse prendre au jeu des personnages et de l’intrigue malgré tout. Ça fonctionne !

Stéphanie Lepage, La Tribu saison 1 l’intégrale, Edition La Bourdonnaye, Collection Pulp, Juin 2015. 12,99€ version papier, 4,99€ version numérique.

SHORT, numéro 12 : Revue de littérature courte et site communautaire

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Je ne connaissais pas Short Edition, une maison grenobloise et novatrice. C’est Babelio qui me l’a fait découvrir en m’envoyant le numéro 12 de la revue SHORT. J’observe d’abord un peu sceptique ce qui ne s’apparente ni totalement à un roman (ça en a pourtant l’aspect) ni totalement à une revue (ça en porte pourtant le nom). Sur la première de couverture, 4 colonnes intitulées pour chacune d’elles : NouvellesBD courtes, PoèmesTrès très courts. Puis, en dessous de chaque colonne, un temps de lecture estimé : 6 à 20 minutes pour les nouvelles, 1 à 3 minutes pour les BD, 1 à 2 minutes pour les poèmes, 1 à 5 minutes pour les « très très courts ». Amusant, non ?

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A l’intérieur, on découvre des auteurs et des illustrateurs normalement encore totalement inconnus, on plonge dans leurs histoires, on aime ou pas, on peut picorer, lire tous les poèmes d’un coup, puis toutes les BD, puis tous les très très courts, etc ; ou bien s’en tenir à une rigueur absolue en commençant par le début et finissant par la fin… Les écritures sont variées, les styles ne se valent pas  mais ça aussi, c’est assez agréable car tout reste très correctement écrit. Et il y a des pépites…

Idéal pour les gros lecteurs qui ont envie de se délasser avec de la littérature courte, ou au contraire pour ceux qui ont du mal à se jeter dans les livres et à y rester concentrés, qui trouveront ici une forme de littérature qui leur conviendra davantage.

A noter aussi, le site de la maison d’édition Short : super bien foutu, consacré à la littérature courte donc, et communautaire ! Qui veut poster ses nouvelles, ses poèmes ou ses BD s’inscrit facilement puis s’expose à la communauté de lecteurs. Le nombre de lectures pour chaque contribution est indiqué, les gens peuvent voter pour vos œuvres et la maison d’édition éventuellement décider de vous publier.

J’apprécie aussi le côté totalement clair et simple d’utilisation du site, les codes couleurs, l’aspect ludique. Bref, je suis conquise à la fois par la revue qui je crois est trimestrielle (et qui ne coûte que 12 euros) et par le site internet, concept idéal pour les écrivains et les lecteurs de littérature et BD courtes.

Vraiment, allez vous promener sur leur site qui vaut le détour…

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Privé ou public et pédagogies alternatives ; une école différente pour mon enfant ?

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Choisir le privé ou le public

Je suis prof dans le public et je juge assez durement les parents autour de moi qui mettent leurs gamins dans le privé. D’autant plus que j’y ai été élève quelques années, que certaines de mes connaissances y enseignent, que j’en connais les tenants et les aboutissants. Je sais qu’un prof du privé use les mêmes bancs de l’université qu’un prof du public : ils ont les mêmes enseignants, suivent les mêmes formations, passent les mêmes concours (on nous demande simplement de cocher une case avant de passer les oraux du CAPES : « si tu es retenu, tu enseignes où ? privé ou public ? » Une fois que le choix est fait, on ne passe pas de l’un à l’autre). Les programmes sont les mêmes. Les profs du public et ceux du privé sont tous les deux payés par l’Etat. Les examens passés par les élèves du privé et du public sont identiques.

Mais qu’est-ce donc qui change ? me direz-vous. Une seule chose, je vous répondrai : la population des classes. Dans le privé, peu de chance pour que votre bambin se frotte à l’altérité. Il devrait aisément passer toute sa scolarité avec des gens qui lui ressemblent, qui viennent du même milieu que lui. Et si, tant bien que mal, vous parvenez, chez vous, à lui parler de différence, ce ne sera de toute façon qu’une notion toujours abstraite dans sa tête…

Oui, mais sans passer par la REP…

Et pourtant… pourtant j’ai conscience que dans le public, on trouve des établissements de niveaux différents. Lors d’un contrat en REP + (ancienne ZEP +++), j’ai été surprise d’entendre une prof d’art pla m’expliquer qu’évidemment la dernière de ses 4 enfants était elle aussi scolarisée en REP +, dans ce même collège où sa mère travaillait. Je connais l’ambiance de travail de ces classes, je sais que je n’aimerais pas y voir mon enfant. On y avance plus lentement et moins sereinement. Je préfère pour lui ou pour elle un collège du public certes, mais si possible de centre-ville… Je caricature mais ce que je veux dire par là, c’est que, prof oblige, je connais les niveaux de chaque établissement. Sans chercher à les scolariser dans le meilleur, j’aurais tendance instinctivement à éviter les REP et surtout les REP +.  Je ne suis pas du tout à l’aise avec cette réflexion. Je préférerais penser comme cette prof qui voit ses 3 grands réussir alors qu’ils sont tous passés par cette ZEP. J’y travaille…  D’autant que les REP et les REP +, il n’y en a pas tant. Dans l’idéal, il suffirait de les éradiquer en pratiquant le grand mixage social. Mais quand on voit que certains parents choisissent de payer plus cher leur appartement afin de rentrer dans la case « super établissement » de la carte scolaire… On se dit que vraiment, c’est mal barré. Personnellement, j’habite dans un arrondissement de Lyon où les deux collèges environnants sont en REP pour l’un et en REP+ pour l’autre. Techniquement…

Des pédagogies alternatives en maternelles et en primaires

Avant le collège et le lycée, il y a la maternelle et la primaire. Même combat pour moi : je privilégie instinctivement le public. Sauf pour les enfants en grandes difficultés (dyslexique, dysorthographique, etc.) qui peuvent trouver une vraie solution dans les écoles alternatives. Cependant, je m’intéresse énormément à Montessori (privé) mais pour une pratique à la maison, à la crèche ou après l’école dans un centre d’activité. De toute façon, les écoles maternelles Montessori sont trop chères ! (4000 ou 5000 euros l’année en moyenne…). Cependant encore, je trouve l’approche des écoles Montessori TRES intéressante : autonomie de l’enfant et découverte/apprentissage par l’expérience concrète, en manipulant. Heureusement, il est possible de trouver dans des maternelles PUBLIQUES ce même genre d’approche (quoi qu’un peu différente) : ce sont les classes Freinet, pédagogie validée par l’éducation nationale et donc intégrée dans les maternelles publiques (que certains profs décrient… je n’ai jamais vraiment compris pourquoi). Et ça peu de parents le savent…

Hier encore, une copine, maman d’un petit scolarisé à la maternelle (et probablement dyslexique), déplorait que la pédagogie Montessori ne soit pas accessible dans le public. « Mais il y a toujours Freinet » lui dis-je. Freinet, elle n’en avait jamais entendu parlé.

Il y a un livre qui permet de découvrir quasi toutes les pédagogies alternatives qui existent en France : Montessori, Freinet, Steiner, etc. … Une école différente pour mon enfant ?

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Ce livre, contrairement à ce qu’annonce son titre, devrait aussi être lu par tous les enseignants. C’est une mine de réflexions et d’interrogations pédagogiques. Pour les parents, il permet de comprendre la différence entre toutes ces pédagogies, de découvrir concrètement comment se passent les journées dans ces différentes écoles, d’obtenir des liens pour aller plus loin et un petit carnet d’adresses.

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Rendre la grammaire ludique pour les petits ... ça n'est pas si compliqué.

Rendre la grammaire ludique pour les petits … ça n’est pas si compliqué.

Je suis déjà conquise par Montessori en maternelle et en primaire. A l’école élémentaire par exemple, on apprend en manipulant du matériel pédagogique. En français, il s’agit essentiellement de très nombreuses petites boîtes contenant des étiquettes plastifiées que l’enfant manipule pour les placer correctement. Par exemple, une boîte renferme des mots masculins et féminins que l’enfant doit trier en deux tas ; une autre propose le même exercice avec des mots au singulier et au pluriel. Les petits sacs des « dictées muettes » contiennent des images (une balle, un râteau, un arrosoir…), l’enfant tire l’une d’elles et doit écrire le nom de l’objet. Les boites de mathématiques fonctionnent de la même façon. La manipulation permet de saisir concrètement en quoi consistent les opérations. L’apprentissage n’est jamais abstrait. La géométrie s’apprend en manipulant des solides en bois, on comprend les multiplications avec des bâtons de bois qu’on compte. Pour la géographie, des grands puzzles en bois représentant les continents ou les pays aident à mémoriser leur localisation, etc. Ce matériel est plus attirant qu’un exercice dans un manuel.

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Sur Freinet, qui est accessible dans le public je le rappelle, j’ai découvert des choses intéressantes. Notamment ce rapport à l’apprentissage concret, en manipulant, un peu à l’image de ce qui se passe dans les écoles Montessori.

Mais la méthode de lecture me pose un peu problème…. Comme beaucoup de prof de français, je suis partisan de la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, et il semble que les classes Freinet pratiquent la MNLE (méthode naturelle de lecture) c’est-à-dire la méthode globale… Dans le livre dont je parle ci-dessus, la MNLE est parfaitement défendue par l’auteur. N’ayant pas à enseigner la lecture à mes élèves (j’enseigne en collège et lycée), mon avis n’est pas tranché. Mais les neurosciences ont tout de même démontrée que la méthode syllabique restait la meilleure pour le cerveau du jeune enfant. Cependant, l’idée de la dictée faite au prof par les élèves dans la MNLE me plaît : chaque jour, pendant que les enfants travaillent en autonomie, l’enseignant prend un moment pour écrire les textes libres que lui dictent deux ou trois élèves. L’enfant recopie ensuite son texte dans son cahier, càd le texte qu’il a créé, puis le « lit » avec l’enseignant à la classe. Ainsi, l’enfant ne sait pas lire, mais comme il sait parler, il peut inventer un texte, le voir écrit puis « faire comme si » il le lisait…

 

Ce livre permet également de découvrir de multiples autres écoles alternatives pour le primaire, mais aussi pour le collège et le lycée, en privé, mais aussi et surtout en public (rares sont cependant les lycées alternatifs : il existe les lycées « épanouissement » et les lycées « responsabilisation » qui préparent tous deux activement au bac (l’un d’eux, situé à La Ciotat, ouvert en 2008, est un lycée Freinet public, le seul en France), et les lycées autogérés qui eux offrent plus de liberté et n’ont pas pour objectif l’examen ultime.

Par ailleurs, quelques pages du livre sont consacrées aux résultats des élèves ayant été scolarisés dans ces écoles alternatives. Mais ce sujet, peu traité par la recherche universitaire, m’intéresse tout particulièrement et nous y reviendrons dans un prochain papier.

Enfin, un chapitre est consacré à l’éducation à la maison. Sans vouloir y succomber (j’ai tendance à penser qu’il s’agit là d’un véritable sacrifice…), il donne de très bonnes idées et de bonnes pistes pour les temps passés avec les enfants à la maison après l’école.

 

CONCLUSION : Au-delà des écoles maternelles et élémentaires utilisant la pédagogie Montessori ou Freinet, au-delà de l’analyse de ces pédagogies pour les petits, ce livre ouvre également des perspectives pour des collèges et des lycées alternatifs. Mais il laisse cependant de nombreuses questions ouvertes : en quoi consistent exactement ces lycées et collèges alternatifs, quels sont les résultats de leurs élèves ? Ces établissements ne seraient-ils pas la solution pour les REP et les REP+ françaises (anciennes ZEP) ? Faut-il généraliser ces pratiques : quels sont les avantages et les inconvénients de tels établissements par rapport à un collège ou lycée dit classique ? La recherche en sciences de l’éducation a encore beaucoup à faire…

Incendies de Wajdi Mouawad #leslivresàlireabsolument #théâtre

Longtemps que je ne m’étais pas pris une claque littéraire. Il a fallu attendre Wajdi Mouawad cette année pour que cela arrive de nouveau. Pourtant, Wajdi Mouawad, je le connaissais déjà. C’est lui qui m’a fait vivre cette expérience incroyable de rester assise 6 heures d’affilées dans une salle de théâtre, à Lyon, pour regarder son adaptation de Sophocle, son cycle des femmes : Antigone, Electre et Déjanire. Sublime metteur en scène donc, ça, c’était certain. Mais quel auteur aussi ! Il a fallu qu’une collègue m’explique travailler une des pièces de la tétralogie de Mouawad avec ses élèves pour que je me rappelle qu’il écrivait aussi, en plus de mettre en scène les classiques. Et puis une visite chez mon libraire, samedi, et Incendies, le deuxième volet de la tétralogie théâtrale de Wajdi Mouawad qui se retrouve sous mon nez, par hasard, sur une table. Je lis au dos que la tétralogie n’est pas narrative et qu’on peut donc entrer dedans sans passer obligatoirement par le volet 1. C’est alors parti pour le tome 2 : Incendies. Sublime, puissant, si étonnant pour du théâtre actuel. C’est aussi fort qu’une épopée classique mais avec une écriture actuelle et poétique. C’est du théâtre épique contemporain. C’est compliqué et simple aussi. Un classique à venir.

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Incendies est donc le deuxième volet, après Littoral, du cycle Le Sang des promesses du dramaturge et metteur en scène Wajdi Mouawad, né au Liban. Voici ce qu’en dit la quatrième de couverture :

Lorsque le notaire Lebel fait aux jumeaux Jeanne et Simon Marwan la lecture du testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l’incertaine histoire de leur naissance : qui donc fut leur père, et par quelle odyssée ont-ils vu le jour loin du pays d’origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinées l’une à ce père qu’ils croyaient mort et l’autre à leur frère dont ils ignoraient l’existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le livre des heures de cette famille, des drames insoupçonnés les attendent, qui portent les couleurs de l’irréparable. Mais le prix à payer pour que s’apaise l’âme tourmentée de Nawal risque de dévorer les destins de Jeanne et de Simon.

Cette pièce est surprenante de part les thèmes abordés, si nombreux : la mémoire, l’identité, la guerre, la mythologie, l’histoire et l’Histoire mélangées…. Pour aller plus loin dans l’analyse, un lien vers une étude universitaire de l’épique contemporain dans cette pièce. Et pour les profs qui souhaiteraient travailler Incendies avec leurs élèves, une belle séquence de travail. 

Pour les cinéphiles, il est aussi possible de voir l’adaptation cinématographique datant de 2010 d’Incendies que je compte regarder bien vite :

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Quant à moi, je fonce chez mon libraire commander les trois autres volets de cette tétralogie théâtrale.

Ecrire un recueil de poème ou une pièce de théâtre de A à Z avec des élèves

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Alors qu’elle était toute jeune professeure agrégée de lettres, Cécile Ladjali (qui a publié depuis de nombreux romans magnifiques tout en continuant d’enseigner) est parvenue à faire écrire à ses lycéens un recueil de poèmes, intitulé Murmures, qui a été publié, puis l’année suivante une pièce de théâtre, qui a été publiée également et jouée dans un théâtre parisien.

Dans un de ses livres, elle revient, à travers des remarques au compte goutte, sur la production du recueil de poèmes Murmures par des lycéens d’un établissement de la banlieue de la Seine-Saint-Denis. J’ai tenté de rassembler ses remarques pour obtenir une espère de guide, une sorte de mode d’emploi afin de reproduire l’exercice avec d’autres élèves.

1) FAIRE L’IMPOSSIBLE : C’est justement parce que c’était difficile et infaisable selon les élèves qu’on allait le faire. Je pense que le travail du professeur est de travailler contre, de confronter l’élève à l’altérité, à ce qui n’est pas lui, pour qu’ensuite il se comprenne mieux lui-même. 

2) LIRE : Chez eux, il n’y a pas de livres. Là résidait la première gageure. Certains jours, j’arrivais en classe avec des valises de livres. Je prêtais les miens, on s’attardait en bibliothèque, on a énormément lu pour, ensuite seulement, pouvoir écrire. Comment a-t-on lu ? J’ai donné à l’ensemble de la classe un corpus de texte général, autour des thèmes de la chute, de l’enfer, parce que c’était les thèmes de notre recueil, et ensuite un corpus de textes personnalisé, en fonction des goûts et des possibilités de chacun. 

3) RÉFLÉCHIR au THÈME : « Il s’agissait de lectures très classiques : les grands mythes, Dante, les textes de l’Antiquité où il est question de descente aux enfers. Certains ont filé la métaphore jusqu’à notre modernité. A ce stade, on a pensé à l’enfer concentrationnaire. On a tenté de se saisir de cette thématique philosophique très importante. 

4) ECRIRE et RÉÉCRIRE : « A observer la qualité littéraire, voire poétique du recueil, avec ses formes fixes très complexes, très maîtrisées, on pourrait se laisser aller à la candeur de croire qu’on a bénéficié d’une sorte de grâce… mais en fait, il n’y a pas de miracle. Nous avons tous énormément travaillé. Le premier jet est catastrophique. Le plus souvent, des écrins, des poncifs, des platitudes à pleurer. L’écriture de l’adolescent, quand il s’épanche un petit peu, est très décevante. La difficulté pour moi a été de le dire aux élèves sans les vexer. Donc il était question de s’imprégner des grands auteurs, des grands textes pour qu’ensuite, une fois cette matière première assimilée, la petite voix personnelle jaillisse de l’ensemble de ces lectures. 

5) LE CHOIX de la POÉSIE :  « La poésie a été pour moi l’occasion de les faire lire beaucoup, de travailler sur un genre très court où on allait pouvoir concentrer toutes les lectures et être  efficaces dans l’invention des images, dans l’emploi des métaphores. Je les ai fait lire, mais j’ai aussi été un despote. Pour qu’ils puissent écrire, ils avaient des consignes très précises. Il était question d’inventer une métaphore, de coller tel ou tel passage pour que le texte ait tout de même une substance. 

==> REMARQUES PRÉLIMINAIRES DE CECILE LADJALI QUI PEUVENT AIDER : 

° On travaille sur ces viviers mythologiques, bibliques, coraniques -ça dépend des élèves- qu’ils possèdent tous. Quand j’ai fait un sondage en début d’année, quand je leur ai dit qu’on allait travailler la chute, ils avaient tous une vague idée de ce qu’était la pomme d’Adam et Ève, de ce qu’était le serpent, etc. Je pense que c’est pour cette raison qu’il faut construire son enseignement sur la lecture des classiques car en fait, la bibliothèque universelle tient peut-être dans dix livres que les élèves ont, sans le savoir, dans leur besace.

° J’ai cherché à faire avec eux de l’écriture créative et, en même temps, à intégrer ma démarche dans cette nouvelle épreuve du baccalauréat : l’écrit d’invention. Inventer, créer, fonctionnent de concert avec les idées de règles et de rigueur. Je veux être très précise à ce sujet. Pour écrire un sonnet, il faut avoir fait l’inventaire des traits taxinomiques, stylistiques, qui incombent à tel ou tel grand genre littéraire. Ce nouveau sujet est redoutable, car il demande une maturité, un rapport presque fusionnel au texte parangon dont on va devoir se nourrir pour créer un pastiche érudit. Seulement, il faut que le professeur de français ait conscience de cela afin de le dire aux élèves qui respecteront alors tout ce qu’on leur présentera avec conviction comme digne de respect.

° Chaque jour je me suis demandé comment canaliser l’intuition et faire d’une étincelle un peu décevante un texte fabuleux et rigoureusement écrit. (…) Chaque élève a écrit dix brouillons.