C’est la semaine de la classe inversée !

Du 25 au 29 janvier, c’est la semaine de la classe inversée dans toutes les académies de France. La classe inversée, c’est un peu à la mode chez les enseignants, mais ça n’en reste pas moins une innovation assez révolutionnaire en matière de pédagogie. Je suis pour ma part très partisan de la classe inversée bien que sa mise en place implique beaucoup de travail et d’organisation. Il est même probable que ma thèse porte sur ce sujet.

classe inversée

L’association Inversons la classe propose une semaine de rencontres et de partage autour de cette nouvelle pratique pédagogique dont on parle beaucoup.

Une classe inversée ouvre peut-être ses portes près de chez vous.
 
Certains professeurs déjà très impliqués dans cette pédagogie ont décidé d’ouvrir leur classe à d’autres professeurs désireux de découvrir cette pratique. Il existe une carte de France qui indique toutes les classes inversées « ouvertes ».
Consultez la carte et partez à la rencontre des collègues pour discuter de leur expérience.
De nombreux ateliers vous attendent également pour discuter notamment de l’utilisation de certains outils numériques.
Et pour ne rien manquer de l’événement vous pouvez suivre sur Twitter les comptes @CLISE2016 et @Classe_Inversee ainsi les #CLISE2016 et #ClasseInversee.

Très bonne semaine à tous !

(Et merci au livre scolaire pour l’info).

Ecole et savoir dans les banlieues… et ailleurs

Alors que je parlais sur Instagram de cette lecture universitaire Ecole et savoir dans les banlieues et ailleurs, plusieurs personnes, essentiellement des profs, se sont dites intéressées par son résumé. Je vais tenter d’en commenter les éléments importants, bien que l’exercice soit compliqué puisqu’il s’agit d’une littérature dense et technique.

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Charlot, Bautier et Rochex, les 3 chercheurs qui ont rédigé ce bouquin devenu une référence en matière de sciences de l’éducation, sont partis du principe qu’on oubliait toujours d’interroger le point de vue des élèves en matière de recherche en éducation. Ils ont ainsi construit un nouvel outil d’analyse quantitative et qualitative : le bilan de savoir. Il s’agit pour les élèves de faire une sorte de bilan et d’expliquer ce qui a de l’importance pour eux dans tout ce qu’ils ont appris (à l’école, à la maison, dans la rue ou ailleurs) depuis leur naissance. La consigne du bilan de savoir est simple : « J’ai tel ans. Depuis ma naissance j’ai appris plein de choses à l’école, à la maison, dans la rue, ailleurs. Qu’est-ce qui est important pour moi dans tout ça ? Et pourquoi ? ».

Les auteurs ont ensuite effectué une étude auprès de 500 collégiens de 3ème, année charnière. Ils analysent ces bilans de plusieurs manières. D’abord en faisant un relevé de mot-clef, puis en analysant la langue (la façon qu’a l’élève de s’intégrer dans son récit avec l’aide des modalisateurs par exemple) et enfin en pratiquant des entretiens individuels avec les élèves qui ont écrit les bilans les plus étonnants, particuliers ou signifiants.

La problématique des chercheurs part de la remise en cause du concept des Héritiers inventé par Bourdieu et Passeron. Les théories de la reproduction et du handicap-socio-culturel, celles du capital-culturel et du capital-social sont toujours justes selon eux mais étant donnée la massification de l’accès à l’école, elles sont moins pertinentes aujourd’hui pour expliquer les difficultés et les différences de parcours. Pour ces trois chercheurs, ces théories ne permettent pas d’expliquer pourquoi certains élèves issus de classes sociales défavorisées effectuent une scolarité brillante quand d’autres élèves émanant de classes sociales plus bourgeoises sont eux en échec. Charlot, Bautier et Rochex veulent mettre en avant la singularité, le savoir et le sens, trois éléments oubliés des études précédentes.

Les bilans de savoir collectés ont permis aux chercheurs d’observer et de théoriser le rapport aux professeurs des collégiens (c’est quoi un bon prof et un mauvais prof), de comprendre les mécanismes qui entraînent la mise au travail (ou le refus de travailler) et enfin les différents éléments qui entrent un jeu dans la scolarité d’un collégien.

Rien de nouveau sous la soleil, rien qu’on ne sache pas déjà dans cette étude qui date de 25 ans. Je l’ai lue essentiellement pour découvrir et maîtriser le bilan de savoir dans l’idée de reprendre cette méthode pour mon propre travail de recherche.

Cependant, je conseille vraiment cette lecture aux profs qui passeraient par là parce que, pour une fois, elle fait parler les élèves. Le livre est parsemé de véritables témoignages d’élèves (retranscription des bilans de savoir tel quel), et cela s’avère être un réservoir à idées pédagogiques. Par ailleurs, il encourage à penser son rapport aux élèves, ce qui est obligatoire au quotidien.

La conclusion générale ? Comme souvent dans ce genre de littérature, elle est assez décevante et se résume encore et toujours à celle du SENS. L’élève réclame du sens et a du mal à relier les apprentissages scolaires à leurs utilités. Mais est-ce nécessaire ? Pour les bons élèves, non : le lien se fera plus tard, lors des études supérieures. Cependant, pour les mauvais élèves, le nœud du problème semble se situer dans la question du sens et nulle part ailleurs.  L’abstraction des savoirs les empêche de se mobiliser.

J’ai commencé à récolter quelques bilans de savoir auprès des 3ème de mon collège. J’ai légèrement modifié la consigne pour que leur bilan de savoir ne concerne que l’enseignement du français (sujet de mon enquête). Le résultat est pour l’instant (je n’ai que 30 bilans sur les 150 distribués la semaine passée) toujours lié au sens : « Pourquoi n’analyse-t-on pas les discours politiques parfois pour être plus proche de la vie et pouvoir les comprendre et ne pas se faire avoir ? » a notamment écrit une élève de 3ème (bonne classe et bonne élève). « S’exprimer » est pour l’instant le mot-clef le plus représentatif de ces bilans. Ils veulent « savoir s’exprimer » et « savoir exprimer ses idées ». « Faire moins de grammaire et plus de rédaction et d’analyse de textes d’actualité ». J’attends la réception des autres bilans puis les entretiens individuels pour effectuer une étude plus savantes et des conclusions davantage scientifiques. Affaire à suivre… Mais une question ne me quitte plus depuis cette lecture : Comment donner du sens à mon enseignement ?

Ecole et savoir dans les banlieues et ailleurs, Bernard Charlot, Elisabeth Bautier, Jean-Yves Rochex, Editions Armand Colin.

Paroles d’élèves : « Madame, pourquoi on apprend pas plutôt l’arabe ? »

Hier, cours de grammaire avec les sixièmes. Passionnant, donc. Soudain, El. a un sursaut. Il doit se dire que c’est bien compliqué pour lui, tout ça, et que ça serait peut-être plus facile avec une langue qu’il maîtrise mieux. S’en suit un dialogue étonnant à plusieurs niveaux.

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Dessin de Martin Vidberg

El : « Madame, pourquoi on apprend pas l’arabe plutôt que le français ? »

Soupir collectif. En. se fend même d’un « M’enfin qu’est-ce que tu racontes ? ».

Moi : « Euh… Dans quel pays vit-on El. ? En France ! CQFD. Mais au lycée, enfin si tu arrives jusque là (note de la prof : bah quoi ?), tu pourras prendre option arabe au bac. »

El  (sourire narquois aux lèvres) : « Oui mais Madame, il y a plus d’arabes que de français en France, alors autant apprendre l’arabe ».

Moi : « Peut-être dans le quartier où tu vis, mais pour le reste, c’est une bêtise ce que tu racontes là ».

El : « … »

Moi (qui tout à coup réalise que je réponds un peu à côté de la plaque) : « Et d’ailleurs, El., toi, tu es français ! Tu es né en France, ton passeport est couleur bordeaux, tu es français ».

El : « Ah non, moi, Madame, je suis arabe ».

Moi (un peu agacée quand même) : « Non, tu es français. Français d’origine algérienne ce qui est génial, parce que tu as une double culture ».

El (sourire entendu) : « Non, je suis arabe, Madame ».

La classe s’agite, je lève les yeux au ciel. Tout le monde a envie de commenter. Tout le monde finit par donner les origines de ses parents. Les questions fusent. « Madame, mon grand-père, ses parents étaient français, mais lui il est né en Algérie, alors il est quoi ? ». « Moi, madame, mon père est algérien et ma mère marocaine, alors je suis quoi ? ». Je donne la parole à L. pour stopper le brouhaha.

L. « Alors moi, Madame, je suis née en France mais ma mère est italienne et mon père tunisien. Je suis quoi, moi ? »

Je réponds à L., première de la classe, qu’elle est française, d’origine italienne ET d’origine tunisienne.

Elle me regarde les yeux ébahis. Elle vient véritablement de découvrir quelque chose sur elle-même. Elle veut le noter pour s’en souvenir. Je fais le tour de la classe et leur donne leur étiquette « nationalité-origine » à chacun.

En en reparlant avec d’autres profs, j’ai souligné l’étrangeté de cette discussion : j’ai eu la sensation qu’hormis El., très provocateur, ces gamins n’avaient aucune maîtrise de tout ça. C’est important pourtant non ? Plus encore que les accords sujet-verbe ? Ou même que la déchéance de nationalité ?

Une BD à lire : Chroniques de Jérusalem, de Delisle

On a acheté cette bande dessinée il y a déjà une bonne année, parce qu’on en avait entendu parler et qu’elle était en évidence sur le présentoir du libraire de notre quartier. Le binôme l’avait lue, mais pas moi. Puis la semaine dernière, comme j’avais envie de lire, mais pas un livre traditionnel, plutôt un truc « avec des images » comme disent les enfants, j’ai ressorti cette lourde bédé (près de 350 pages quand même). Cela s’est avéré être une très bonne idée.

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Je suis très facilement entrée dans l’histoire de Delisle qui raconte, tout simplement, sa vie avec sa famille à Jérusalem. Plus exactement, son unique année passée là-bas. La femme du bédéiste est coordinatrice chez MSF (Médecins Sans Frontières), elle est donc envoyée régulièrement en mission aux quatre coins de la planète. Guy Delisle a pour habitude de la suivre avec ses deux enfants, Louis et Alice. A l’étranger, il s’occupe du quotidien et se promène dans le pays pour « croquer » la vie de tous les jours, les coutumes, les paysages, les monuments, les traditions, les curiosités.

Au-delà de la trame de la BD (la vie quotidienne d’une famille d’expatriés) qui rend tout ça très ludique, très agréable (on est intéressés par l’adaptation d’une famille française dans un autre pays), qui fait souvent rire (Delisle sait raconter de courts moments de vie sur le ton de la dérision tout en montrant le choc des cultures), j’ai véritablement pris un cours d’histoire. Mais alors, un cours d’histoire sans jugement, sans a priori, sans BRUTALITé !

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A force de raconter son acclimatation et celle de sa famille, Delisle finit par dresser un tableau précis de ce qu’est Jérusalem (Un sacré bordel ! Un paradoxe sur pattes ! L’allégorie de l’absurdité des religions, toutes les religions !). Au fur et à mesure de la lecture, j’ai enfin compris les divisions de la ville, le principe et la géographie des colonies, le concept de certains quartiers à la fois juif, arabe et chrétien ; mais tout ça sans image de guerre, sans géopolitique compliquée, sans traitement médiatique alarmant, gerbant ou voyeuriste. Je me souviens avoir longuement révisé le conflit israélo-palestinien pour le bac sans parvenir totalement à comprendre ce qui se tramait là-bas, mais si j’avais eu cette bande dessinée sous la main, j’aurais VRAIMENT pu me faire une opinion et pu parler avec objectivité et pertinence de tout ça.

Evidemment, MSF, pour qui travaille la femme de Delisle s’occupe essentiellement des palestiniens et même si on sent sous le trait humaniste de l’auteur quelques partis pris, tout ça n’en reste pas moins très objectif, notamment parce que l’illustrateur dépeint ce qu’il voit sans trop commenter, sinon avec les mimiques de ses personnages.

BREF, il faut lire cette bande dessinée qui réussit le pari d’être à la fois légère et ludique (on a envie de l’ouvrir pour replonger dans une lecture facile qui détend) tout en étant véritablement pédagogique et instructive.

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Je vous fais cette chronique alors que j’en suis à la page 230 sur 330 et je vous quitte pour m’y replonger illico ! (et pardon pour les photos flous…)

Bonne lecture à vous !

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, éditions Shampooing, collection dirigée par Lewis Trondheim.

L’esprit absorbant de l’enfant #5 : notes et réflexions des chapitres 17 à 20 : La construction du caractère de l’individu !

9782220053974Les idées sont souvent vagues quant à l’essence du caractère de chaque individu. Beaucoup parle d’hérédité puis de formation de la personnalité humaine. Mais que se passe-t-il entre les deux ? Maria Montessori et ses psychologues ont analysé que ce sont les obstacles rencontrés pendant le développement qui vont modifier le caractère.

Nous avons vu qu’il y avait 3 phases importantes dans le développement de l’enfant. De 0 à 6 ans, l’enfant n’est ni mauvais ni méchant, il peut être espiègle, enfantin. De 6 à 12 ans se construit sa morale : il est conscient du bien et du mal, dans son comportement et celui des autres. De 12 à 18 ans surgissent les sentiments d’amour d’appartenance à un pays, un groupe, une fierté.

Mais chaque période pose les bases de la période précédente, et les obstacles rencontrés dans l’une se ressentiront dans l’autre. Ainsi, les études de Maria Montessori montre que les défauts sont contractés et non innés. Souvent ils sont du à des obstacles de la période de 0 à 6 ans et s’empirent s’ils ne sont pas réglés.

Pour Maria Montessori, le problème majeur pour chaque défaut est le même : le manque d’aliments pour la vie psychique. Ainsi, pour régler ces défauts de caractère, rien ne sert de réprimander ou de faire la morale, mais il faut remettre l’enfant dans la « normalité » de caractère par l’action et l’expérience. Il faut « utiliser la main » dit M. Montessori avec les enfants difficiles. C’est la thérapie par le jeu. Il faut leur proposer un milieu riche en activités dans lesquels ils peuvent choisir seul leur activité (mais attention liberté ne rime pas avec bazar. Il faut de l’ordre et du respect parfois difficile à mettre en place avec ces enfants en difficulté).

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Relire Le Petit prince de Saint-Exupéry…

Pour la rentrée de septembre, j’ai relu Le Petit Prince. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai découvert ce livre. Je me souviens l’avoir beaucoup aimé. Depuis mes dix ans, je ne l’avais pourtant jamais relu et j’étais donc passée à côté de sa seconde lecture, car j’ai été surprise, en septembre, de trouver tant de philosophie et de sagesse dans cette oeuvre qu’on dit  « pour enfant » en la réduisant alors à ce qu’elle n’est clairement pas seulement. Relisez-le si le cœur vous en dit, vous serez probablement surpris : il y a de la magie à chaque page. 

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Quelques citations en attendant…

Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c’est fatiguant, pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications.

*

J’ai appris, dit le Petit Prince, que le Monde est le miroir de mon Âme…
Quand elle est enjouée, le Monde lui semble gai
Quand elle est accablée, le Monde lui semble triste
Le Monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là, c’est tout
Ce n’était pas le Monde qui me troublait, mais l’Idée que
je m’en faisais…
J’ai appris à accepter sans
le Juger, totalement, inconditionnellement…

*

Les étoiles sont éclairées pour que chacun puisse un jour retrouver la sienne.

*

Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.

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« S’abandonner à vivre » de Sylvain Tesson

Devant les coups du sort il n’y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l’on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s’abandonne à vivre. C’est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.

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