Réflexions sur l’école : Des contemporains qui l’accusent, de la réalité, de la possibilité d’enseigner le français en collège et lycée à partir des très à la mode « pédagogies nouvelles » et des classes sociales…

L’école m’a construite, en partie. Tout du moins, elle m’a appris ce que je sais. Je suis totalement en adéquation avec ce qu’on appelle à tort les nouvelles pédagogies, c’est-à-dire les pédagogies Montessori, Freinet et Steiner, très, très à la mode aujourd’hui. Le hic, c’est que j’ai l’impression que ces deux affirmatives s’opposent, qu’elles ne peuvent pas cohabiter. On ne peut pas aimer l’école, la respecter surtout ET défendre les pédagogies dites nouvelles. Ça, ça fout le bordel dans mon esprit de prof. Je sais que le système scolaire est bancal, la faute, entre autres, à la démocratisation (massification) de l’accès à l’enseignement dans les années 60 sans changement majeur de l’organisation dudit système. Le système scolaire doit donc certes être modifié mais comment fait-on cela si la majorité des parents pensent profondément que l’école fait la misère à leurs enfants ?

Ces derniers mois j’ai entendu de nombreuses réflexions sur l’enseignement français public, nauséabondes ou naïves, mais toujours négatives. La nounou de ma fille, 5 enfants, un mari au chômage, un seul salaire d’assistante maternelle à la maison, de confession musulmane : « Moi j’ai mis les deux derniers dans le privé.

– Le privé catholique ?

-Oui. 

– Mais pourquoi ?

-Dans le public, ça se passait pas bien dans le quartier.

-Ah bon, trop d’enfants en difficulté ? difficiles ?

-Non, c’était les profs.

-Enfin, bon, ce sont les mêmes profs dans le privé et le public. On est tous gérés par le même ministère, payés par les mêmes services, on a passé le même concours, suivi les mêmes formations.

-Ah peut-être ! Mais c’est pas pareil !

-M’enfin, pourquoi ?

-Bah dans le privé les profs s’investissent plus (moue et tête qui se balance d’avant en arrière pour appuyer ses propos).

-Vous êtes sûre ? (ton ironique parce que bon elle connaît mon métier…)

-Bien sûr ! C’est certain. Les profs du privé sont plus motivés. Ils s’investissent vraiment eux.

Je n’ai pas changé de nounou, j’ai arrêté de parler de l’Education Nationale avec elle. Une copine inscrit quant à elle ses enfants à la rentrée dans une école alternative qui pratique les pédagogies « nouvelles ». Dans l’absolu, j’approuve. Pourquoi pas. Elle peut se le permettre financièrement. Sa fille est une très bonne élève. Je ne connais pas le rapport qu’a son fils à l’école. Mais je me demande encore ce qui a provoqué cette réflexion chez elle : « Depuis que j’ai validé leur inscription pour septembre prochain, je suis soulagée, je sais qu’ils ne seront pas cassés par l’école ». Cassés, putain. Franchement, entendre ça quand on est prof… Evidemment elle a précisé sans que je ne lui demande rien qu’elle trouvait le travail des profs dans l’ensemble parfait mais que le système, le carcan du système, lui posait problème. « Les profs font ce qu’ils peuvent ». Ouais.

Une amie a inscrit sa fille dans une école privée parce que là où elle habite, « les écoles ont vraiment mauvaises réputations ». Je travaille en REP, j’ai bossé en REP+, je comprends son raisonnement. Cependant elle s’en félicite : « C’est mieux ». Mais en quoi ? « Ils sont moins par classe ». Après vérification, c’est faux. Ils sont autant par classe dans cette école que dans une école primaire publique classique. « Ils font plus de choses ». Bon. Enfin, ça, ça dépend du prof. Et on est de nouveau à deux doigts de dire que les profs du privé sont « plus investis, et blablabla » (je rappelle à ceux qui ont sauté des lignes que les profs du privé et du public ont les mêmes formations, diplômes, ont passé les mêmes concours…etc.).

Cracher sur l’école publique, c’est devenu la doxa. Malheureusement, ce discours là est anxiogène, contreproductif. Je n’enseigne pas depuis longtemps. Je ferai ma sixième rentrée dans le public en septembre. Cependant, hormis les profs en fin de carrière qui n’en peuvent plus (mais c’est la même dans tous les corps de métier non ? ), je n’ai croisé que des profs motivés, désireux de donner le plus, de déclencher quelque chose, n’importe quoi, dans l’œil de leur élève, de transmettre, d’encourager, de construire. Si vous saviez le nombre de projets qui se montent chaque année, si vous saviez le temps passé parfois sur un cours d’une heure par la majorité des professeurs, etc., etc.

Connaissez-vous la première raison qui pousse ma copine à inscrire ses enfants dans une école alternative pour ne pas qu’ils soient « cassés » ? Savez-vous pourquoi mon amie est contente d’avoir finalement choisi le privé pour sa fille au lieu des deux établissements voisins qui avaient mauvaises réputations ? Savez-vous ce qui a poussé ma nounou à se saigner pour mettre ses deux derniers dans le privé ? Le public. Pas l’école publique. Le public de l’école. Sa  fréquentation. Bah ouais, rien d’autre. Je ne leur jette pas la pierre, je l’ai déjà dit, j’enseigne actuellement en REP, j’ai enseigné en REP+ et la première chose que j’ai faite lorsqu’on a acheté notre future maison, c’est de vérifier que le collège et le lycée de secteur étaient bien classés. C’est le cas, ouf. J’ai entendu une autre de mes amies, elle a 4 enfants, dire récemment que ses 4 enfants avaient été scolarisés à l’école publique de la maternelle au lycée et qu’elle avait été ravie, vraiment ravie, de l’éducation qu’ils avaient reçue. La différence entre elle et les 3 autres dont je vous ai précédemment parlé ? Le quartier. La dernière habite le quartier le plus bobo des quartiers lyonnais. Je ne dis pas qu’elle aurait fait autrement si elle avait habité dans le 8ème, à côté de Longchanbon (pour un prof de la région, le collège Longchanbon, c’est un peu la porte de l’Enfer), je dis juste qu’elle n’a pas eu à se poser la question.

Et donc, CQFD. Ceux qui distillent leur haine du système scolaire se trompent : c’est la diversité qu’ils détestent, la possibilité pour leurs enfants de se retrouver en classe avec des gamins qui ne savent pas lire ou écrire parce que leurs parents sont analphabètes, qui ne savent communiquer qu’en insultant parce que c’est comme cela qu’on leur parle à la maison, qui ne savent pas se concentrer ou apprendre parce qu’on les a trop désaxés à tous les autres niveaux cognitifs. Il faut donc appeler un chat un chat. Le système scolaire n’a rien à voir là-dedans. A ce niveau là, la seule chose qu’on peut lui reprocher, au système scolaire, c’est d’accentuer les ghettos pour sauver les bobos en créant des collèges REP et REP+.

Et donc les nouvelles pédagogies

Après, il y a tous ceux qui hurlent qu’on enseigne pas dans le bon sens et que insérer du Montessori dans toutes les écoles de France sauverait le fameux système. Ceux là me font douter parce que je crois qu’il est dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien sûr la méthode Montessori est une merveille, bien sûr il faut s’en servir. M’enfin, quand on regarde de plus près, on voit bien qu’il est possible d’en injecter les bases, les racines pour que l’arbre pousse sans tout péter au passage. D’ailleurs, bons nombres d’instituteurs s’inspirent déjà beaucoup de ces méthodes. De plus, ces méthodes de pédagogies nouvelles, si elles sont parfaitement adaptées à la maternelle et au primaire, me semblent perdre de leur pertinence dès qu’il s’agit du collège et du lycée. Un exemple concret : l’enseignement du français avec Montessori au collège et au lycée. Je trouve sur internet un papier d’une formatrice Montessori et chef d’établissement d’une école, collège et lycée montessori qui explique ce que c’est l’enseignement du français dans le secondaire avec cette méthode. Je me dis « Chouette », je vais enfin voir comment cette révolution montéssorienne se déplace jusqu’au lycée. Bon. Voici un extrait de cet article où c’est la prof de français (agrégée de lettres) qui s’exprime :

« Au collège et en seconde, l’objectif est donc de donner un goût pour la matière, un goût pour la vie, et non uniquement dans la perspective d’un examen. Nous travaillons donc sur trois plans :

Le partage – Chaque semaine, un élève présente un « personnage » de fiction. Lire un livre, c’est avant tout rencontrer un univers et des individus de papier. Les raconter aux autres, c’est donner un peu de soi. Pour ceux qui ne lisent pas ou peu, on peut également utiliser un personnage de cinéma, de jeux vidéo, ou même un personnage inventé. L’essentiel est de dessiner les contours d’un espace narratif.

Le cinéma – Nous regardons de très nombreux films, toujours proposés dans le cadre d’une thématique précise. Les élèves doivent rédiger des comptes rendus qui leur permettent non seulement de se construire une culture cinématographique, mais aussi d’aiguiser leur analyse et les réconcilier avec l’écrit en leur donnant envie d’argumenter sur une expérience. 

Les ateliers d’écriture – Après la lecture d’un texte en commun, pioché dans un répertoire très divers allant des classiques de la littérature française, aux tragédies grecques, en passant par les mangas, ou les incontournables de la littérature étrangère, les élèves poursuivent leur expérience à travers des rédactions. Selon leur sensibilité, différents parcours sont proposés, l’essentiel est de saisir que la lecture est quelque chose qui nous transforme. Le tout est ponctué d’exercices de grammaire, non pas présentés de manière arbitraire, mais utilisés pour enrichir l’écrit. »

Puis elle termine en précisant d’autres points :

« La méthodologie – Le bac français est une épreuve codifiée. Comprendre les attentes d’un examinateur, c’est aussi aborder l’épreuve plus sereinement. On a trop souvent l’habitude de détacher l’écrit de sa mise en pratique, ce qui donne la sensation à l’élève d’être perdu. L’accent est donc mis sur la méthode à travers de nombreux exercices de perfectionnement et la rédaction de fiches qui permettent à l’élève d’identifier un parcours et de saisir ce qu’il doit concrètement faire devant sa copie.

L’oral – Tous les textes présentés à la fin de l’année sont analysés scrupuleusement au sein des cours. Nous commençons par une lecture en commun, puis chaque élève travaille de son côté pour ensuite présenter son interprétation aux autres avant une correction globale. Ainsi, le travail d’assimilation est plus efficace car l’élève se confronte au texte au lieu de passivement recopier un corrigé. »

Bon, franchement, pas de révolution ici. Je veux dire, ce qu’elle dit est très intéressant. Très inspirant. Très rassurant aussi parce que je fonctionne un peu comme cette prof. Je fais dans l’ensemble les mêmes choses avec mes élèves, comme la plupart de mes collègues d’ailleurs ! Cette prof semble expérimentée, précise. On dirait une bonne prof. On dirait une très bonne prof. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’on en rencontre des dizaines comme elle dans le public, montessori ou pas, des dizaines qui ont la même façon de fonctionner qu’elle, que leurs méthodes soient dites « Montessori » ou pas, que ce soit conscient ou pas.

Je travaille sur un mémoire sur les REP. Je prépare une thèse sur les nouvelles pédagogies dans le secondaire. Cependant tout se mélange un peu en ce moment et toutes ces réflexions dont je vous ai fait part me laissent un peu pensive. Je ne sais plus franchement où est l’essentiel et ce qu’il faut vraiment défendre dans tout ce bordel…

« Instruction en famille » : Interview d’Amandine, maman de Paul et Apolline

Je n’ai pas d’a priori positif ou négatif sur l’IEF (l’instruction en famille dont je vous ai déjà parlé ici). Le concept de déscolariser ses enfants pour leur enseigner autrement m’intrigue et m’intéresse beaucoup. Professeure de lettres, j’ai déjà un peu roulé ma bosse dans différents collèges et lycées généraux de l’Education Nationale. Je suis enseignante dans le public et c’est quelque chose que je revendique. Je ne pense pas beaucoup de bien des écoles privées… Cependant, force est de constater que le système de l’école publique pose problème à de nombreux enfants. Si la grande majorité des profs sont bienveillants et ont pour objectif principal le développement intellectuel et social de leurs élèves, parfois, ça pêche. Parfois, la scolarisation est violente. Parfois, elle est injuste. Parfois, elle oublie l’individualité. Pas évident d’être attentif à tous quand on gère une trentaine d’enfants ou d’ados par heure. 

PIN LAIA texte DUDH

Ainsi, j’ai eu envie de présenter ici une série d’interviews de maman qui ont choisi de déscolariser leurs enfants et de pratiquer l’instruction en famille pour qu’elles nous donnent leur vision des choses, loin des théories et de la doxa éducative. 

On commence avec Amandine, maman de Paul (4 ans) et d’Apolline (15 mois). 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Je suis Amandine, j’ai 29 ans, je suis la maman de Paul et d’Apolline. Nous habitons la Haute Normandie. Avant de prendre la grande décision d’accompagner nos enfants, j’étais cadre dans une entreprise de BTP Normande. Nous vivons dans une petite maison en pleine campagne Euroise.

Depuis quand pratiques-tu l’instruction en famille (IEF) et pour des enfants de quelles classes ?

Nous avons commencé l’aventure de l’IEF à la rentrée 2015 pour Paul, qui a 4 ans. Paul est un enfant précoce. A ce stade de l’année, nous travaillons sur des ressources de grande section de maternelle.

Ton/tes enfants ont-ils déjà été à l’école ? Si oui, combien de temps ? aimaient-ils ça ?

Nous avions inscrit Paul a l’école, (mon mari, étant peu confiant au départ quant aux capacités d’apprentissage spontané de Paul, il manifestait une certaine réticence au fait qu’il ne soit pas scolarisé « comme les autres enfants » notamment pour la sacro-sainte socialisation ! je ne partageais absolument pas son avis, mais j’étais au début très seule dans mes convictions, nos familles y allant de leurs avis également, ce fut un sacré combat…) Paul a fait sa journée d’essai au mois de juin dernier, avec moi. En sortant il m’a clairement dit, qu’il ne voulait pas d’école comme ça, « rester assis c’est nul », il préférait rester à la maison avec sa petite sœur et moi. Il a su convaincre son papa, qui à ce jour, ne le scolariserait pour rien au monde !

Pourquoi as-tu pris la décision de déscolariser ton/tes enfant(s) et de pratiquer l’IEF ?

Ma maman était ATSEM dans une école maternelle, elle avait une classe de moyens-grands. Lorsque je lui ai parlé du fait que je ne souhaitais pas scolariser Paul, elle m’a répondu que c’était une excellente décision, probablement la meilleure que j’aurais à prendre pour Paul !
Je souhaitais la Liberté pour mes enfants. La « slow life » en fait ! Avec la maternelle, je ne prenais pas beaucoup de risques ! Bon et il y a aussi mes convictions personnelles, disons que je ne crois pas qu’on puisse « imposer » des apprentissages, des programmes avec l’obligation d’entrer dans des cases, des évaluations, de la compétition. Et surtout pas en classe de maternelle. C’est un peu stéréotypé, hein, mais globalement c’est un peu ça. Je crois très profondément à la spontanéité d’apprentissage chez l’enfant. A quasiment 3 ans Paul écrivait son prénom seul. Sans que, ni mon mari, ni moi-même n’ayons eu à faire quoi que ce soit. Il m’a suffi de l’observer, de répondre à ses questions, et de mettre à sa disposition le matériel adéquat. C’était évident.

Les éventuelles difficultés :

Pratiquer l’instruction en famille implique forcement pour l’un des parents de dédier tout son temps à l’éducation des enfants. C’est une idée compliquée pour moi qui aime aller travailler et qui multiplie les projets personnels. Est-ce un sacrifice ? Comment gérer cette absence de temps pour son épanouissement personnel ?

Un sacrifice ? Non.  C’est un plaisir, du bonheur ! Une autre vie en somme. Lorsque cette aventure sera devenue pour moi un sacrifice – si un jour cela le devient – alors je reprendrai le chemin du bureau. Le temps passé aux cotés de Paul et d’Apolline est épanouissant, me fait grandir, et m’apprend tellement ! J’aime leur compagnie. Ils déplacent sans cesse ma vision de la vie. Font bouger ce que je pensais immuable ! Je dirais aujourd’hui que je sais où je vais, et ce que je souhaite, ils ont ouvert une palette de couleurs que je n’avais jusqu’alors jamais vue ! Mon épanouissement personnel je le trouve ailleurs… Je fais du Yoga, je cuisine, je lis beaucoup, j’écris, je médite, je vois mes amies au moins 2 fois par mois juste « entre filles » et cela me suffit amplement. Puisque je suis en accord avec mes convictions. Je suis moi.

Financièrement l’IEF implique également un salaire en moins dans le foyer. Est-ce nécessaire que l’autre parent gagne bien sa vie pour vivre paisiblement ? Comment joindre les deux bouts de cette façon ?

Pas nécessairement. Il est d’ailleurs possible de travailler et de faire l’IEF. Le film « Etre et Devenir » de Clara Bellar montre des exemples de famille IEF où les deux parents travaillent à l’extérieur – Notamment les parents d’André Stern, auteur du livre « Et je ne suis jamais allé à l’école ». Lorsque l’on prend la décision de l’IEF, les priorités se déplacent et les coûts diminuent, (moins de vêtements, de chaussures, plus de frais de garde, moins de frais de carburant etc…) On prend conscience aussi de plein de petits détails qui changent le quotidien, comme notre façon de consommer par exemple… Nous faisons aussi plus de choses par nous-mêmes, (nourriture, cosmétiques, produits ménagers…), nous consommons local, moins d’industrialisation, de produits transformés, plus d’économies et de saveur ! Tout le monde y gagne ! Nous empruntons des jeux à la ludothèque, allons régulièrement à la médiathèque, nous fréquentons très peu les supermarchés (et alors là vive les économies!), et internet regorge de formidables ressources…

Que pensent tes enfants de l’IEF ? Quel point de vue ont-ils sur l’école ? Cela leur manque ?

Paul est encore petit. Je lui ai cependant posé la question dernièrement s’il souhaitait prendre le chemin de l’école en septembre. Il m’a répondu « maman me fait l’école, et c’est très bien comme ça » si, si tel quel !

Penses-tu les scolariser de nouveau un jour ? Penses-tu qu’il y ait un âge limite pour pratiquer l’IEF et qu’il faille réintégrer le système scolaire au collège par exemple ?

Je n’exclus pas une scolarisation un jour. S’ils me le demandent, pourquoi pas ? Pour l’instant nous prenons le temps. Nous vivons notre aventure. Nous la chérissons.
Un âge limite, je ne crois pas. Tout dépend des choix de l’enfant, je suppose. J’imagine qu’un jour la question d’une scolarisation se pose. Notamment pour les études supérieures.

Si la réintégration dans le système scolaire est envisagée, t’inquiètes-tu des difficultés qu’elle pourrait engendrer ?

Oh non ! Je ne m’inquiète pas des difficultés que cela pourrait engendrer sur mes enfants, je pense que je serais sûrement plus anxieuse qu’eux ! J’ai confiance en eux et en leurs capacités.

En pratique…

Dois-tu rendre des comptes à l’Education Nationale ? Les prévenir de ton choix ? Y a-t-il un suivi opéré par eux ?

Pour l’instant non, pas encore de compte à rendre, puisque Paul est en maternelle et que l’instruction est obligatoire à partir de l’âge de 6 ans.

Quels types de documents utilises-tu pour enseigner à tes enfants ?

Tout !!! Livres, polycopiés trouvés sur internet, coloriages, jeux, expériences, la nature (quel formidable terrain de jeux et d’apprentissage !), la pâte à modeler, la cuisine etc… Tout ce qui éveille la curiosité de Paul, devient une source d’apprentissage !

Comment, concrètement, se passe une journée « type » ?

Paul et Apolline se lèvent quand ils se réveillent. Je commence à les réveiller tranquillement lorsque l’horloge dépasse les 10h30 du matin. S’ils dorment, c’est qu’ils en ont besoin. Je me lève vers 6h30-7h00, je prends 1h pour moi et je prépare la journée. Je sors les jeux, le parcours de motricité si le temps est incertain (je sais que s’ils ne vont pas dehors, ils vont avoir besoin de bouger), les activités sensorielles (surtout pour Apolline), Le matin, on joue, on patouille,on se fait une randonnée selon le temps, ou on va au marché, Paul s’occupe de choisir les fruits et légumes et le fromage de chèvre… Apolline fait une sieste de 13h00 à 15h30 environ, pendant ce temps, Paul fait ce qu’il souhaite, il fait du « travail », (nous ne travaillons pas le matin, avec Apolline c’est quasiment impossible, c’est une petite fille très intense…), des jeux libres, il m’aide au jardin, on lit, on cuisine, ou on bricole, c’est lui qui brosse Glouton (notre chien) et qui s’occupe des gamelles d’eau et de croquettes. On prend le goûter vers 16h30. Je prépare Paul et Apolline et nous sortons dehors au jardin, ou nous rejoignons des petits copains de Paul au parc à Honfleur. Le mercredi matin nous allons à la médiathèque, le mercredi après-midi nous visitons Maminou et nous visitons mes parents généralement le vendredi puisque mon père ne travaille pas le vendredi et que Paul peut s’occuper du grand potager de Papy, et faire du tracteur ! On termine la journée par une bonne douche pour tous les 2 (le grand air, ça use !) un bon repas tous les 4, des jeux avec papa, quand nous le pouvons tous les 4. Nous berçons Apolline, je lis une histoire à Paul, et je discute avec lui de tout et de rien. Il tient à ce temps de parole juste lui et moi. Ensuite au dodo. Extinction des feux vers 21h30 généralement parfois même plus tard, lorsque l’envie de jouer est encore bien présente !

Quels sont, objectivement, les avantages que cette pratique a révélés ?

Incontestablement un mieux-être global. Sur notre famille, sur moi. Nous prenons le temps de vivre. On ne court pas, ou si peu. Ce sentiment de liberté. Cette sensation de se respecter, de respecter nos besoins, nos ressentis. De répondre à leurs besoins instinctivement. De vivre à leurs rythmes. De profiter autrement, de les voir grandir. Quelle chance !

Et les inconvénients ?

L’ouverture des musées, et autres lieux de culture souvent fermés en semaine… ou ouverts mais uniquement aux écoles…

Un dernier petit mot à ajouter ?

 Merci de m’avoir lue ! ;-)

Merci mille fois d’avoir partagé ton expérience avec nous. As-tu un blog ? Un instagram ? etc. si l’on veut te suivre ?

Un instagram oui :  @paul_apolline_et_moi ! M E R C I !!!

RDV la semaine prochaine pour l’interview de Eve  Herrmann du blog « Liv & Emy’s Diary »…

Quand un parent d’élève ne te serre pas la main mais la serre avec le sourire au prof de Math…(et pas parce qu’il préfère sa matière à la tienne)

En cette période de conseils de classe, les parents d’élèves de 3ème du collège dans lequel j’enseigne ont deux façons de faire. Ou bien ils signent le dossier d’orientation et le laissent vierge, nous demandant de bien vouloir le remplir pour eux. Ça s’appelle la démission du rôle de parents. Ou bien ils se réveillent de quatre années d’hibernation et tentent d’exercer un lobbying forcené pour que leur progéniture qui n’a rien foutu pendant toute sa scolarité en collège sinon nous manquer de respect et faire le coq en récré passe en seconde générale (le Graal) et surtout pas en seconde professionnelle (bah oui mais monsieur avec 4 de moyenne, vous comprenez… Non, on comprend pas).

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Les parents de Z. ont opté pour la seconde solution. Enfin, plutôt les grands frères de Z. Le papa est décédé et la maman porte la burka, la vraie, et ne semble pas avoir suffisamment de légitimité familiale pour pointer le bout de son nez au collège. Je croise donc les grands frères de Z., depuis une dizaine de jours, dans les couloirs du collège. Ça devient un gag en salle des profs, on se demande dans quelle salle de classe ils dorment. Je passe les détails de l’entreprise de tentative de corruption : discussion avec tous les profs de Z. pour qu’on fasse sauter les zéros des travaux non rendus histoire que la moyenne à l’année approche davantage du 10 tant espéré et qu’il y ait un meilleur espoir que la commission d’appel laisse passer ledit Z. en seconde générale (et pas pro, surtout pas…).

L’un des deux grands frères de Z. est très aimable, très souriant, très poli. Il fait des études supérieures (pardon pour la caricature, j’énonce des faits). L’autre grand frère de Z, en habit traditionnel lui, n’a pas fait d’étude supérieure. Jusqu’à hier je m’en foutais parce que lui aussi il est aimable et poli. Il me salue bien quand je lui souris dans les couloirs. Je crois même qu’il m’a regardée dans les yeux une fois. Sauf qu’hier, il y avait rendez-vous officiel. Quand il y a rendez-vous officiel, on ne fait pas que saluer dans les couloirs, on serre chaleureusement la main des parents en souriant de toutes nos dents.

Le premier grand frère de Z. m’a serrée la main. Le second, non. Il a mis ses mains derrière son dos laissant ma tentative d’humanité pendre dans le vide. Il m’a mis un vent. Il m’a mis un vent très respectueusement, hein. Très respectueusement. En baissant le regard un peu gêné, sans doute quand même conscient qu’il avait les deux pieds dans l’école de la République, République laïque, enfin encore un peu…

Là-dessus est arrivé le professeur de Mathématiques. Lui aussi, il lui a tendu la main, logique. Mais là, l’autre lui a tendu la sienne en retour. Putain. Je crois que c’est à peu près le seul mot qui tournait en boucle dans mon cerveau. Putain, quoi. On vient de refuser de me toucher parce que je suis une femme. Nan mais vraiment, on vient de refuser de me toucher parce que je suis une femme. J’ai rien dit de tout le rendez-vous. Mais je l’ai beaucoup observé cet homme là qui ne serre pas la main des femmes. J’en ai rien conclu du tout.

Après, c’est toujours pareil. On raconte ça en salle des profs. On est révoltés, tous. Pourtant, on en se dit pas une seconde qu’il faudrait faire quelque chose, parce qu’alors c’est une bonne partie de notre population étudiante qu’il faudrait mettre en jugement. Et puis cet homme là a été très aimable, très poli au demeurant, très souriant.

Après, c’est toujours pareil, on finit par en rire en salle des profs. L’infirmière raconte qu’elle a vécu la même chose, avec le même homme, toujours très souriant. « Il s’est tellement collé au mur que j’ai cru qu’il allait s’y encastrer ». Et d’ajouter : « Pis alors, je sortais de la réunion « Informations sur la sexualité », j’avais ma boîte de capotes et de pilules dans la main écrit en gros dessus « collégien et sexualité » ». Fou-rire général.

Parce qu’il ne reste plus que ça…. En rire. Pourtant aujourd’hui, 24 heures après cette histoire, quand les blagues des collègues sont un peu plus lointaines, j’ai quand même toujours un peu du mal à avaler.

Dans la même veine, avant-hier, un élève à qui je demandais d’aller prendre l’air 5 minutes dans le couloir pour se calmer m’a dit « Voilà, c’est toujours moi, c’est parce que je suis arabe ça » (merci Benzema ? ). J’aurais pu lui expliquer calmement que je le sortais parce qu’il empêchait les autres de travailler, etc ; mais j’ai hurlé en lui demandant s’il se rendait compte qu’en disant cela, il m’insultait de raciste. Il ne se rendait pas compte, pas compte du tout (« Désolé madame, je savais pas ») mais ma réaction effarée (j’en ai un peu rajouté) l’a tellement étonné que peut-être il ne recommencera pas…

En écrivant tout ça, je me demande si ces anecdotes là ne servent pas juste à mettre de l’huile sur le feu, j’hésite et puis je me ravise : ce n’est pas leur religion que je remets en cause ici, ni leur croyance, c’est tout autre chose… Parfois, je me demande ce que disent les grands frères aux petits frères au sujet de leurs professeures femmes non voilées qu’eux refusent de toucher.

A lire : Sauveur & Fils, saison 1, de Marie-Aude Murail

Je ne connaissais pas Marie-Aude Murail alors qu’elle semble être -après recherche- la papesse de la littérature jeunesse. Après la lecture de Sauveur & Fils, saison 1, le début d’une saga extrêmement réjouissante, j’ai envie de lire tous ses livres, et de les faire lire aux enfants qui m’entourent. Avec Sauveur & Fils, on entre dans le cabinet d’un psy pour ados. Il suffit d’un page pour nous accrocher à l’univers de Sauveur, de ses patients, de son jeune fils et de tous leurs secrets. Littérature jeunesse uniquement ? Moi, je dis que non.

Mise en page 1

Sauveur est Antillais. Il est venu s’installer en métropole comme psychologue clinicien après la mort de sa femme, la mère de Lazare, et a laissé derrière lui une sacrée histoire pleine de secrets et de non-dit. Dans son cabinet, on rencontre Ella, qui ne sait plus bien si elle est garçon ou fille, Cyrille qui refait pipi au lit alors qu’il a 10 ans, Gabin dont la mère n’est pas très équilibrée et qui va devenir un pilier de la narration, les trois sœurs Augagneurs et leur famille multi-recomposée, Margaux qui se taillade les veines, et les parents de tous ces enfants. On est vite pris d’affection pour ce florilège de patients. On meurt d’envie qu’ils s’en sortent, qu’ils trouvent la clef, aidés par Sauveur Saint-Yves.

Et comme le cabinet du psy est situé dans la maison du psy… on rencontre aussi sa famille à lui, notamment Lazare son fils de 8 ans qui voue une véritable fascination pour les hamsters et pour son copain Paul. Ça tombe bien, la mère de Paul, Louise, est célibataire, comme Sauveur…

Le lecteur se promène aussi dans l’école primaire de Lazare et Paul pour y côtoyer une maîtresse haute en couleurs. Quelques personnages périphériques viennent agrémenter l’histoire, tout comme le voyage aux Antilles, à la fin de l’ouvrage, qui apporte de nombreuses réponses au petit Lazare.

J’ai aimé ce livre parce qu’il ne m’a fallu que quelques pages pour ne plus vouloir le lâcher. Je me suis très vite demandé pourquoi l’avoir classé en « littérature jeunesse ». On y parle certes de problèmes récurrents chez les adolescents mais je n’ai pas une seule fois eu le sentiment d’être dans une lecture pour les plus jeunes. D’autres ont posé la question à l’auteur, voilà ce qu’elle répond : « Au Salon du livre cette année, je n’ai vu que des adultes ! Mais ce sont ceux qui ont grandi avec les livres de l’école des loisirs et qui assument complètement de me lire encore. Et cela peut être intéressant pour eux d’ailleurs de voir ce qu’est la jeunesse d’aujourd’hui.
Dans mon livre, il y a aussi des personnages de parents, qui sont faillibles, attachants ou perturbateurs et j’ai envie de montrer ça aux enfants. Dans la deuxième saison je vais montrer par exemple une femme hyper possessive qui conduit son fils à la violence. Mais pour répondre à votre question, le texte est très accessible, il peut être lu à partir de douze-treize ans. »

Dès douze ans donc…. et longtemps après ! Je vous le conseille grandement. Je serai très heureuse de lire la saison 2 qui paraîtra en octobre. La saison 3 est en cours d’écriture.

Sauveur & Fils, Marie-Aude Murail, L’Ecole des loisirs, 329 pages, 17 euros.

… Et je ne suis jamais allé à l’école

J’ai sorti ce livre des étagères de la bibliothèque universitaire de Lyon un peu par hasard en en cherchant un autre, bien plus scientifique, sur les savoirs scolaires. Evidemment intriguée par le titre, je l’ai emprunté et lu le jour même. Pas de littérature scientifique ici, pas de théorie pédagogique non plus, ou si peu. André Stern, le fils du pédagogue Arno Stern (vous savez, le pédagogue-anthropologue qui a théorisé la peinture d’enfants), raconte comme on raconterait une histoire son « enfance heureuse » loin de tout système scolaire. Car Arno Stern n’est jamais allé à l’école. Il n’a jamais été « scolarisé », pas même à la maison : pas d’IEF pour lui non plus (IEF = Instruction En Famille). Chez lui, on apprenait au gré des rencontres, au hasard d’une envie, d’un livre ouvert, d’une passion soudaine. Aucune contrainte. Aucune. 

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Et voilà que, parce que les appareils photos sont partout dans la maison, que tout le monde prend des photos dans la famille, le petit André se passionne pour l’objet … jusqu’à en créer un lui-même, qui prend de vrais photos, avec des ficelles et des bouts de carton et c’est tout (ou presque). Sans aide. Et voilà que, parce que les instruments sont partout dans la maison, André se met à apprendre seul la guitare, sans cours, sans solfège. Sans contrainte donc. Et voilà que, parce qu’il s’arrête devant la devanture d’un luthier, André décide de tout apprendre de ce métier, auprès de l’artisan qui accepte, alors qu’il n’est qu’un enfant. 

Il est difficile de rendre compte de ce livre. Vous allez penser : « Il était surdoué, un enfant à haut potentiel ». André Stern n’a pas l’air de le penser. Il était libre, voilà tout. A la fin de l’ouvrage, l’auteur tente d’ailleurs de répondre aux détracteurs, de contrer les idées fausses. Il revient sur des questionnements du type « Si tu n’allais pas à l’école, tu restais enfermé à la maison avec tes parents ? », « Tu ne faisais donc que jouer ? », « Tes parents t’ont-ils laissé le choix ? », « Moi, je ne veux pas renoncer à ma carrière pour m’occuper de l’éducation de mes enfants », « Ne penses-tu pas avoir des lacunes ? », « Tu es donc pour l’abolition de l’école ? », et cetera, la liste est longue.

Je me suis bien évidemment posée moi aussi toutes ces questions tout au long de la lecture. La dernière partie de l’ouvrage arrive donc comme la cerise sur le gâteau. Le lecteur est heureux de pouvoir obtenir, sans rencontrer l’auteur, toutes les réponses aux interrogations qui sont nées durant cette lecture. Cette partie donne beaucoup de force à l’ouvrage. Les textes de ses parents, en fin de livre également, l’un de son père, l’autre de sa mère. 

Je conseille vivement cette lecture à tous ceux qui s’interrogent sur la construction de l’enfant ou sur le système scolaire. Je vais le rendre à contre-cœur et l’achèterai sûrement pour le conserver dans ma bibliothèque. 

Avant de vous en donner la référence, j’aimerais retranscrire ici l’un des passages du livre, l’un des rares passages théoriques si l’on veut : 

SUR LA LECTURE 

« Vers trois ans, regardant intensément une page d’écriture, je m’exclamai: « Oh! il y a des œufs et des coquetiers ! » Maman et papa, intrigués, s’approchèrent. Je leur montrai du doigt la combinaison des caractères « C » et « O » ! Voilà: les premiers signes d’écriture que j’ai rencontrés étaient Cet O. Je suis probablement le seul sur Terre à avoir commencé de la sorte, et il vous paraîtrait certainement aberrant d’imposer à tous les enfants de la planète une méthode commençant par Cet O … mais alors … quid de celles qui commencent par A et B ?! Si je décris ici comment j’ai acquis ces techniques fondatrices, c’est précisément pour souligner qu’il y a autant de manières d’apprendre qu’il y a d’individus. Aussi naturelle qu’elle soit, la manière qui fut la mienne n’est en aucun cas généralisable. Pas davantage qu’une quelconque autre méthode. Peu après, je constatai la présence d’œufs sans coquetiers et de coquetiers sans œufs. Puis celle d’œufs avec une queue (Q) et de queues sans œuf (1), etc. Je voulus savoir de quoi il s’agissait. Et on me l’expliqua sans fioritures. Comprenant le rôle de ces signes, je voulus connaître le nom de chacun d’entre eux ainsi que le son correspondant (« Comment ça souffle? », demandai-je … ). Mon premier jeu fut de les repérer. Ce faisant, je remarquai qu’il y avait des groupes de lettres, et on m’expliqua, de manière toujours aussi dépouillée, de quoi il s’agissait. Ainsi, dès trois ans, je sus décrypter les mots. Cela devint même une occupation favorite. J’en rencontrais partout, et je m’employais à les déchiffrer : « llll… lllliiii … lllliiiivvvv … lllliiiivvvvrrrr … lllliiiivvvvrrrreee … livre! » Papa et maman acquiesçaient. Personne ne commentait, personne n’applaudissait, personne n’émettait de « bravos » enthousiastes. Personne, non plus, ne suggérait un autre rythme, un autre mot, une autre manière. Et personne ne s’alarma de l’apparente stagnation de mon niveau de lecture pendant de nombreuses années. Cinq ans, six ans, huit ans … d’autres se seraient arraché les cheveux sur la tête, se seraient demandé « mais André saura-t-il lire un jour?! », en auraient fait un problème, une pathologie, une obsession. Papa et maman avaient une pleine confiance.

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Littérature jeunesse : L’Émeraude oubliée, tome 1 « L’Invasion »

La science-fiction n’est pas ma littérature de prédilection mais quand il s’agit de littérature jeunesse et quand c’est bien fait, j’accroche assez vite. C’est ce qu’il s’est passé pour ce premier tome de L’Émeraude oubliée, que je conseillerais dès 13 ans, éventuellement dès la 6ème ou la 5ème pour les bons lecteurs. Je me suis donc plongée dans cette histoire d’adolescents qui s’évadent de Mornia, ville sous le joug d’un dictateur et cloisonnée par un mur infranchissable, pour retrouver la vie à l’état sauvage, et j’ai hâte de pouvoir me mettre sous la dent le tome 2, tant je me demande si ces ados vont réussir leur second pari, après avoir mené à bien le premier, non sans péripéties !

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La structure et le fonctionnement de Mornia m’ont beaucoup rappelé le sublime film Métropolis avec son monde coupé en deux. J’ai trouvé l’idée de l’auteur, Lina Carmen, de créer ce monde vertical où les pauvres habitent les bas-fonds et les riches les hauteurs, assez pertinente. A de nombreuses reprises dans le livre d’ailleurs, on peut faire des ponts avec des sujets d’actualité brûlants. C’est peut-être un peu caricatural mais c’est le jeu de la science-fiction/littérature d’anticipation.

Voici ce que dit la quatrième de couverture :

Dans la sinistre ville de Mornia, à la végétation inexistante, seules des tours grises aux dimensions célestes s’élèvent des hauteurs indistinctes. Un mur infranchissable empêche toute sortie de cette prison qui ne dit pas son nom, gouvernée par un dictateur, le Président Percy.
Les plus riches vivent en haut des tours, dans un confort luxueux. Les plus pauvres vivent en bas, dans une brume permanente, le « smog » métropolitain.
Yan, un garçon de 15 ans, est l’un de ces indigents dont le destin est de finir ouvrier dans une usine, comme son père et son grand-père. Mais il rêve d’une autre vie. Peut-être là-haut, chez les riches ? Ou bien ailleurs qu’à Mornia. Existe-t-il un autre monde que celui-ci ? Pour le savoir, il faudrait s’échapper. C’est alors que Yan rencontre Sonia, une jeune fille de son âge, issue des niveaux supérieurs, avec laquelle il va peut-être concrétiser ses rêves. L’évasion se prépare. Cependant, Percy et ses hommes sont prêts à tout pour faire échouer ce projet.

Je conseille la lecture de ce livre aux adolescents mais également à leurs parents (2 bonnes heures de lecture pour un adulte). J’ai pris un véritable plaisir à suivre les protagonistes dans leurs aventures et je me demande déjà combien de mois il faudra attendre avant le tome 2… Le tome 1 a, lui, paru au début du mois de février 2016 aux Editions LaBourdonnaye Jeunesse.

Lina Carmen, L’Emeraude oubliée, tome 1 « L’Evasion », Editions LaBourdonnaye Jeunnesse, 15,50 euros, 202 pages. 

L’école n’est qu’un produit culturel…

Récemment, un cours sur l’anthropologie de l’éducation m’a fait m’interroger différemment sur l’école. L’universitaire qui était chargé de ce cours nous expliquait en effet que toutes les institutions sociales ne sont que des produits culturels. La séparation entre l’école et l’église est, par exemple, un produit culturel. Ainsi, une institution telle que l’école n’est pas interprétable hors de son état culturel. Les éléments ne prennent sens que dans le contexte qui les porte. Prenez les îles Marquises par exemple. Là-bas, les enfants n’ont aucune notion de passé ni de futur : seul le présent existe, seul le présent compte. Envisager de réaliser un « projet » à l’école avec eux n’a aucun sens s’il dépasse le temps horaire entre le lever et le coucher du soleil.

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Le corps, comme le reste, est lui aussi sous contraintes culturelles. Et comme le reste, cela modèle la société et les rapports humains. L’humain est un être d’irrationnel et de croyance. L’humain est incapable de faire face à sa propre condition : il lui faut des protections. L’école est une construction. Construction politique et sociale.

De 1880 à 1940, l’école est une institution conquérante, sûre d’elle-même et aux orientations fondamentalement « politiques ». Avec la loi Guizot de 1881 qui instaure la gratuité et le côté obligatoire de l’école, l’instruction a énormément progressé en France. L’idée de l’Etat était d’écarter l’Eglise qui avait alors la main-mise sur toute l’école et qui prônait la « Sainte Ignorance ». Avec cette loi, les catholiques perdent leur emprise sur l’instruction.

Mais pourquoi rendre l’école obligatoire ? Les enfants servent jusqu’alors de main d’oeuvre. L’Etat a-t-il agit par altruisme? Non, l’Etat a encore une fois agit par intérêt politique. L’adversaire principal du pouvoir est la droite catholique. Le parti au pouvoir pense donc qu’en émancipant les populations par le savoir, Dieu sera relégué au second choix dans les urnes.

L’autre raison est le traumatisme de la défaite de 70 face à la Prusse, par défaut d’unité nationale et de patriotisme. « C’est l’instituteur prussien qui a gagné la guerre »disait-on alors. L’école a pour rôle de fonder la conscience nationale.

On développe l’idée de laïcité. La laïcité est expliquée comme étant « le peuple dans sa diversité ». La laïcité se veut universelle. L’idéologie universaliste a par ailleurs servi à justifier la colonisation… En effet, l’école républicaine va justifier l’entreprise coloniale au nom d’une référence de la philosophie positiviste qui est l’universalisme : « Science, progrès, raison » était le mot d’ordre et cette devise devait être reconnue par toute la planète parce qu’elle servait des valeurs émancipatrices pour tous et donc pour tous les peuples…

Tiens, d’ailleurs, Jules Ferry a cumulé plusieurs portefeuilles de ministre, ministre de l’éducation et… ministre des colonies ! Eh oui !

A l’époque, aucune remise en question. Victor Hugo écrivait : « Le peuple éclairé apporte la lumière à celui qui est dans la nuit ». Charton disait : « La force de notre civilisation prouve notre droit à faire entrer les autres dans l’humanité »…

Les choses ont ensuite beaucoup évolué. Mais on oublie souvent que l’école est d’abord un produit culturel, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui.

C’est cette vidéo qu’un copain a partagé sur facebook qui m’a donné l’idée de cet article. Un enfant y explique son rapport à l’école (vous pouvez tout regarder mais si seul le sujet sur l’école vous intéresse, le gamin en parle de la minute 5 à la fin, ça fait 3 petites minutes fascinantes) :  https://www.youtube.com/watch?v=aP2onqkHVIc