Anima, roman chef d’oeuvre de Wajdi Mouawad

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Je vous ai déjà parlé de Wajdi Mouawad. J’ai parlé de lui comme metteur en scène incroyable de Sophocle, puis comme dramaturge hors du commun en évoquant sur ce blog sa tétralogie théâtrale Le Sang des promesses. Je pensais en avoir fini avec son génie et voilà que je lis Anima, l’un de ses trois romans (Mouawad est moins prolifique dans l’écriture romanesque que théâtrale). Je ne saurais être suffisamment dithyrambique pour vous inciter à le lire.Usons plutôt de l’injonction : LISEZ ANIMA ! Vraiment. Il fera sans aucun doute partie des livres qui traversent les siècles, si prochains siècles il y a.

Voici ce que dit la quatrième de couverture, qui peut-être vous mettra l’eau à la bouche : 

Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a faitça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?
Par son projet, par sa tenue, par son accomplissement, ce roman-Minotaure repousse les bornes de la littérature. Anima est une bête, à la fois réelle et fabuleuse, qui veut dévorer l’Inoubliable.

Ce que j’en dis, moi, c’est qu’Anima est un roman noir, puissant, épique, c’est une épopée, mais une épopée poétique, métaphorique. Et l’écriture de Mouawad qui sert les situations d’énonciation toutes plus incroyables les unes que les autres. En effet, l’auteur change de narrateur d’abord à chaque changement de lieu : ce sont les animaux qui racontent le voyage  du personnage principal vers ses origines. Et quels animaux ! Des chats, des chiens, des chouettes, des insectes, des chimpanzés, des putois, des rats…. Puis, c’est un chien-loup qui prendra en charge le récit, une bête monstrueuse qui se révélera pleine de ce qui pourrait s’apparenter à de l’humanité mais qui dépasse encore cela … la bête étant finalement plus pure que l’Homme. Dans la dernière partie, un homme prendra enfin les rênes pour les dernières révélations, toujours plus incroyables, effroyables.

500 pages dans lesquelles on est happés, avec des scènes parfois si violentes qu’elles peuvent hanter -celle du massacre des chevaux notamment, de la capture du chien-loup, et bien sûr celles de tous ces viols et ces meurtres. Ne vous refusez pourtant pas à la lecture de ce roman-fleuve sous prétexte de craindre trop de violences : ce n’est pas ce que l’on retient. Le poétique et la narration sublime prennent le dessus sur tout.

Pourquoi je crois que ce livre est un chef d’oeuvre ? Parce que j’ai bien l’impression que rien de pareil n’a été écrit jusque là.

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Wajdi Mouawad a mis 10 ans à le rédiger (Il le commence en 2002 et y met le point final en 2012). Voici comment l’auteur présente son roman : 

« J‘AIME ÉCRIRE DES DÉBUTS DE ROMANS SANS LENDEMAIN. Peut-être parce que les récits naissants portent encore en eux leur promesse de puissance. Commencer pour s’arrêter quelques lignes plus loin est une manière de cogner le silex. La flamme ne jaillit pas du premier coup.
Pourtant, voici une dizaine d’années, une voix a surgi. Au-delà de ce qui était raconté, ce qui m’a happé fut cette voix qui disait je. Cela n’était pas moi. Arrivant au bout du chapitre, je comprends, sans que cela ait été prémédité, qu’il s’agit d’une voix animale. Un homme, rentrant chez lui un soir après le travail, découvre sa femme sauvagement assassinée, étendue dans son sang, au milieu du salon. Un chat, leur chat, leur animal domestique, raconte la macabre découverte et l’évanouissement de l’homme. Au second chapitre, des oiseaux à la fenêtre de sa chambre d’hôpital tiennent la suite du récit.
J’ai poursuivi.
Anima est sorti du brouillard au fil des ans. Le temps fut nécessaire pour me permettre de voir et d’entendre ce qui s’y murmurait. Tant qu’il n’est pas conjugué, un verbe reste un infinitif. Seule sa fusion avec un sujet précis dans un temps donné le rend actif. Ainsi, ce roman me demandait de conjuguer un infinitif enfoui quelque part en moi. Il m’encourageait à marier entre elles les lignes de crête qui séparent et délimitent les mondes qui me portent : l’animal et l’humain, l’ici et l’ailleurs, les guerres d’aujourd’hui et celles d’hier, et la géographie nouvelle qui me renvoie sans cesse vers une autre géographie, terrible, effroyable. Certains êtres sont stratifiés de mondes lacérés, de terres déchirées, séparées en deux, plaques tectoniques de douleurs, exilées pour toujours l’une de l’autre, exilées de la parole, condamnées au silence et que rien ne saura jamais colmater sauf la dérive des continents qui les fera un jour se rejoindre à leurs antipodes. » Wajdi Mouawad

Anima, Wajdi Mouawad, éditions Babel , 9,70 euros. (23 euros chez Acte Sud). 

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