Comme un roman, de Daniel Pennac

Quel délice ! Quel plaisir ! Quel bonheur que de retrouver Pennac, que j’avais lu plus jeune et qui m’avait emporté ailleurs avec sa saga Malaussène, quel bonheur que de le retrouver dans un style plus pointu (Comme un roman est repértorié dans la catégorie des essais), plus adulte mais toujours aussi agréable et sautillant : un style doux et bon, juste et succulent.

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Pas d’inquiétude, le terme « essai » est exagéré : pas de grandes théories ici mais une expérience personnelle (et de professeur) de la lecture et de « l’acte de lire ». Tous lecteurs, prof ou non, sera forcement séduit par l’analyse de la lecture établit par Pennac. Les profs de français, quant à eux, prendront une sacrée leçon d’enseignement avec ce livre-essai-roman-autobiographie. Inclassable ! Une sacrée leçon, à tel point que le ministère devrait offrir un exemplaire de ce livre à quiconque décide d’enseigner le français aux enfants. Comment apprendre le plaisir de lire ?, c’est la question à laquelle tente de répondre Pennac. Pas la compréhension des textes, non. Ni même la grammaire ou l’écriture, non. Apprendre le PLAISIR de lire.

On s’amuse beaucoup, beaucoup, avec les exemples de Pennac. On s’amuse et on réfléchit aussi. Prenons ce moment où l’auteur raconte qu’à court d’argument, un parent lui explique : « Pourtant, nous faisons tout pour qu’il lise : nous lui interdisons la télévision tant qu’il n’a pas fini sa fiche de lecture ». Et voici la télé érigée en récompense. Et la lecture en punition…

Pour les parents, les enseignants, les lecteurs, les enfants, ce livre est un charmant essai. Une sucrerie qui fait repenser l’éducation, l’approche de la lecture, … la vie. Une ode aux livres !

Merci Pennac ! Vraiment.

 pennac

EXTRAITS : 

« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe « aimer »… le verbe « rêver »…

On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : « Aime-moi ! » « Rêve ! » « Lis ! » « Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire ! » -Monte dans ta chambre et lis ! Résultat?

Néant.

Notez que lire ou ne pas lire, le verbe était déjà conjuguer à l’impératif. Même au passé, on ne se refait. En sorte que lire était alors un acte subversif. À la découverte du roman s’ajoutait l’excitation de la désobéissance familiale. Double splendeur ! O le souvenir de ces heures de lectures chipées sous les couvertures à la lueur de la torche électrique ! Comme Anna Karénine galopait vite-vite vers son Vronski à ces heures de la nuit ! Ils s’aimaient ces deux-là, c’était déjà beau, mais ils s’aimaient contre l’interdiction de lire, c’était encore meilleur ! Ils s’aimaient contre père et mère, il s’aimaient contre le devoir de math à finir, contre la « préparation française » à rendre, contre la chambre à ranger, ils s’aimaient au lieu de passer à table, ils s’aimaient avant le dessert, ils se préféraient à la partie de foot et à la cueillette des champignons… « 

«Ne rien demander en échange… Ne pas donner le plus petit devoir… S’interdire de parler autour»

Au commencement était le dogme: il faut lire. «Il faut lire», dit le père à son fils, le professeur à son élève et l’enfant à lui-même. Las de cette consensuelle injonction, Daniel Pennac lance cet antidogme scandaleux: Ne pas lire est un droit. Lequel, rassurons-nous, contient son corollaire et le fonde: lire est un droit.

«Et si, au lieu d’exiger la lecture, le professeur décidait soudain de partager son propre bonheur de lire?» Lire à voix haute, libérer «le plaisir séquestré dans ces greniers adolescents par une peur secrète: la peur (très ancienne) de ne pas comprendre». Se souvenir, enfin, qu’un roman raconte d’abord une histoire.

Et si l’on renonçait à la glose, au commentaire? «Une seule condition à cette réconciliation avec la lecture: ne rien demander en échange… Ne pas donner le plus petit devoir… S’interdire absolument de «parler autour». Lecture-cadeau. Lire et attendre.

Une réflexion sur “Comme un roman, de Daniel Pennac

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