RDP1 : Revue de presse sur l’école et l’éducation du 13 au 20 août (avec dedans des créations d’école, des études compliquées, des Pokémons (si, si), des révélations sur le cerveau de l’enfant, du Télérama, du Monde et plein d’autres trucs…

Essayons d’instaurer un nouveau rituel ici : une revue de presse de ce qu’il se passe ou se dit dans le monde de l’école et de l’éducation, semaine après semaine. En d’autres termes, une série de liens à suivre pour rester informés des nouveautés et des évolutions de ce monde fascinant et qui entre (tout) doucement en mutation.

Revue-de-presse

Pour la RDP 1, quelques liens mais pas énormément non plus, on est au mois d’août et … au mois d’août, pas de violence, c’est les vacances !

  • La 3ème édition du festival du journal Le Monde : Agir, se tient du 16 au 19 septembre. Il y a évidemment un thème intitulé « Agir sur l’école ». Le programme, les intervenants et toutes les infos en cliquant ici. Avec tous les liens qu’il contient, ce programme est déjà une mine d’infos et d’idées nouvelles. Ca fait rêver.
  • Ce papier de Télérama explique qu’on a désormais la preuve que le cerveau d’un enfant varie en fonction de l’éducation et des pédagogies qu’on applique à son encontre. C’est fascinant et c’est ici. Un extrait qui me désespère non pas par ce qu’il dit, au contraire, il est plein d’espoir, mais parce qu’il va contre ma propre façon d’enseigner et le système que je fais subir aux enfants que je cherche à éduquer : « La question du stress, en tant qu’inhibiteur des acquisitions, n’est plus à démontrer. Il faut maintenant en tenir compte, faire par exemple en sorte que l’erreur soit reconnue comme une étape indispensable de l’apprentissage. La question de l’attention est un autre point à travailler en priorité : on n’avance pas si on continue de décider que ce jour-là, à cette heure-là, c’est telle chose qui sera apprise par tout le monde et rien d’autre. »
  • Un fonds de dotation dédié à la diversité éducative vient d’être créé par plusieurs associations et acteurs de l’éducation pour forcer le système à bouger. « La mission du Fonds Educations Plurielles est de soutenir et d’encourager les initiatives et les projets à caractère éducatif qui placent les valeurs humaines au centre de leur action et entendent contribuer au plein épanouissement des potentialités de chacun. » Pour moi dont l’idée d’ouvrir une école alternative travaille de plus en plus, ce fonds fait rêver… Il faudrait creuser pour comprendre mieux les tenants et les aboutissants de cette nouveauté. Je le ferai dans un prochain papier. En attendant, voici le site  d’Educations Plurielles pour les curieux.
  • Une psychologue et passionnée de neurosciences qui explique que la clef de la réussite scolaire tient en un mot : ténacité. Il s’agit d’une courte vidéo TED, expliquée et traduite par le site Papa Positive
  • Après L’école Dynamique et L’école autonome, une nouvelle école de type Sudbury (voir mon papier sur Summerhill qui ressemble aussi à ce type d’école dans le fonctionnement) ouvre ses portes en septembre à Paris ! Sur cette page de son site, elle donne de nombreux liens vidéos et le lien de deux blogs pour expliquer comment marchent ces 3 écoles « soeurs ».
  • Un papier intitulé « Qu’est-ce qu’un bon prof ? » qui remet en cause les idées des écoles nouvelles défendues souvent sur ce site en expliquant que l’apprentissage centré sur l’enseignement apprend plus à l’enfant que l’apprentissage centré sur l’élève lui-même, de façon positive et bienveillante. Bon… Plus étonnant, le papier a l’air de dire que, même au niveau de l’estime de soi et du développement social, la pédagogie non pas centrée sur l’élève mais sur les acquisitions apporterait des résultats davantage positifs. C’est intéressant. Très. Parce que ça met beaucoup de chose en perspective en citant de nombreuses études anglo-saxonnes. Notamment celle-ci que j’aimerais lire : « Interventions pédagogiques efficaces et réussite scolaire des élèves provenant de milieux défavorisés. Une revue de littérature »
    Chaire de recherche du Canada en formation à l’enseignement, université de Laval, Québec, avril 2004. Ce papier défend par ailleurs un modèle d’enseignement plus efficace que les autres (et qui n’est pas celui de l’éducation nouvelle…), cependant on parle de « résultats » et pas de valeurs ni de changement de société…
  • Et pour finir, pour coller à l’actualité…, un papier des Cahiers pédagogiques sur les POKEMON ! Si, si…. La pédagogie des Pokémons, à lire ici.

 

Après les médias, la recherche et les musées… au tour de l’école de muter

Voici un article brillant écrit par le chercheur Richard-Emmanuel Eastes sur le site The Conversation. Il y fait une analyse étonnante des processus de mutation qui sont en branle dans notre société et y explique comment les médias, la recherche et les musées ont eux déjà réussi en partie à se dégager des intérêts économiques qui les finançaient et des intérêts démocratiques qui les légitimaient, contrairement à l’école, qui renâcle à s’en dépêtrer. Passionnant. Bonne lecture. 

La transformation numérique et économique radicale de nos rapports à la connaissance et à l’information entraîne les acteurs de la recherche, des musées et des médias dans des processus de mutation complexes. Parallèlement, les lentes évolutions de l’école, pourtant soumise à d’intenses champs de tension, ne semblent pas témoigner de la même prise de conscience. N’y a-t-il pas pour elle urgence à se réinventer ?

En dépit de la fragilisation des frontières qui ont longtemps façonné et garanti aussi bien l’indépendance de la presse et l’universalité de la recherche que l’autorité de la connaissance académique et la domination culturelle des élites, les institutions liées à la production et à la diffusion de la connaissance et de l’information restent soumises à la double injonction de respecter à la fois les intérêts économiques qui les financent et les intérêts démocratiques qui les légitiment. Écartelées par des champs de forces contradictoires, elles commencent à se forger de nouveaux rôles, parfois au prix d’une bipolarisation paradoxale.

Une « levée de dégénérescence »

Ce que la physique quantique appelle « levée de dégénérescence », moment où l’état d’un système se scinde en plusieurs états différenciés sous l’effet d’une perturbation extérieure, semble en effet affecter de manière similaire les médias, la culture scientifique et technique et la recherche académique.

La une du Figaro Magazine, vendredi 20 mai 2016.

Ainsi, alors que les grands médias sont rachetés par des groupes de presse liés à des intérêts industriels majeurs, des sites d’information indépendants naissent sur la toile et des journalistes déposent sur les réseaux sociaux des contre-investigations en réponse à des articles de la presse traditionnelle. Un exemple récent est documenté sous le hashtag #ContreEnqueteWS. Cette contre-enquête, publiée sur Periscope et Twitter en réaction à un article du Figaro Magazine qui présentait la ville de Saint-Denis comme la Molenbeek française, est magistralement décrite dans l’émission Vertigo de la RTS Suisse.

De même, c’est bien en réaction à un système financier international ayant réussi à se prémunir des investigations des médias traditionnels que sont nées des organisations telles que WikiLeaks ou l’ICIJ qui, bien que constituées de grands médias internationaux, en transcendent les rédactions.

Du côté de la culture scientifique, alors que des grands musées nationaux doivent composer avec l’investissement (dans les deux sens du terme) de grands groupes industriels dans la conception de leurs expositions, d’autres développent la « muséologie participative » destinée à donner aux citoyens la possibilité de coproduire des connaissances sur la science et la technologie en société.

De même, alors que le monde associatif lutte contre l’assèchement des petits financements garants de leur créativité et de leur diversité, sous l’effet de la concentration des ressources publiques au sein de collectivités ou d’agences de l’État qui financent de moins en moins les petits projets, le mouvement des « makers » dynamise les réseaux de la culture scientifique et technique en lui offrant des perspectives de modèles économiques diversifiés, fondés sur un esprit collaboratif et « open source ».

La culture des « makers », à l’intersection entre la technologie et le « do it yourself ». Dave Jenson/flickr

Du côté de la recherche, alors que les thématiques scientifiques à impact économique majeur sont investies par les capitaux privés ou les programmes européens qui engloutissent des milliards d’euros (au détriment de thématiques de recherche moins à la mode qui souffrent elles aussi de la concentration des moyens financiers), sans espoir pour la société civile de pouvoir se prononcer un jour sur la pertinence des choix technologiques qu’ils préparent pour son avenir, des mouvements tels que la « science citoyenne » associent des chercheurs, des associations, des groupes concernés, des passionnés, au sein de structures de recherche alternatives « agiles » parfois capables d’imposer leurs modes de fonctionnement à de grands groupes industriels.

Ainsi, la communauté scientifique résiste-t-elle avec de plus en plus d’agacement au pouvoir des éditeurs des revues scientifiques et des maisons d’édition (auprès desquelles les moyens financiers du chercheur accroissent sensiblement ses perspectives de publication) en développant leurs propres circuits validés par les pairs, le plus souvent en « open access ».

Ce faisant, on observe que ces acteurs de la science, de la culture, de la communication et des médias, bien que fortement soumis à l’influence des acteurs économiques, sont amenés à dépasser largement leurs rôles traditionnels en devenant eux-mêmes, par leur ouverture à la société civile et en réaction à l’establishment dont ils dépendent pourtant en très large part, des acteurs sociaux majeurs et des agents de changement déterminants.

L’école en reste

Qu’en est-il de l’école ? De tous temps, elle a assuré le renouvellement de la société, mais peut-être un peu trop souvent avec le souci de transmettre la culture, les savoirs et les valeurs d’hier plutôt qu’avec celui d’anticiper les besoins de demain. Or, en vertu de ce qui précède et au regard des enjeux auxquels sont confrontées les sociétés occidentales, on peut légitimement se demander si, comme la recherche, les musées et les médias, l’école ne devrait pas devenir un acteur plus proactif pour se donner les moyens de réellement « faire société ».

Ça et là, des initiatives émergent mais une véritable vision prospective cède souvent devant des réflexions à court terme, que ce soit sur les usages du numérique, les apprentissages fondamentaux ou l’enseignement du civisme. Or si l’école ne contribue pas davantage à changer la société, c’est la société qui changera l’école, et peut-être plus radicalement qu’on ne le croit. Car elle aussi est soumise à ces intérêts divergents que nous mentionnions plus haut, tiraillée entre l’optimisation de la formation à des fins économiques (dont fait partie la formation des élites, si importante en France) et la construction de la citoyenneté et de l’harmonie sociale (qui passe notamment par la stimulation de « l’ascenseur social »).

« Liberté, égalité, fraternité » sur le mur d’une école publique de Villeurbanne. Wikimedia Commons

Bien plus, on voit poindre dans les pays européens le risque de voir l’école (re)devenir la cible de mouvements politiques ou religieux défendant des intérêts particuliers, étendant et distordant le principe de laïcité jusqu’à réclamer l’exclusion de l’école de toute manifestation sociale ou culturelle qui soit contraire à leurs valeurs spécifiques. La vive contestation suscitée par la reconnaissance par l’école d’une différenciation entre sexe et genre en constitue l’un des plus emblématiques exemples.

Enfin, nombreux sont ceux qui parlent déjà de l’abandon du modèle des « brick and mortar schools » (1), lui substituant des formes d’éducation totalement renouvelées. Ainsi, dans le rapport d’enquête « Education in 2030 » du World International Summit on Education (WISE) (2), publié en 2014, peut-on lire : « No more “teachers”, lectures or imposed curricula: the brick-and-mortar school will no longer be a place where students are taught theoretical knowledge, but instead a social environment where they receive guidance. Innovation, not only technological but also social and pedagogical, will help transform the traditional “classrooms” into future “meeting rooms” where cooperative learning takes place . »

S’approprier le changement

L’école est prise dans ces mouvements, qu’elle le veuille ou non. Pour ne pas les subir, il lui faut donc se les approprier. En adoptant une véritable vision prospective sur les besoins de la société d’une part, tant au niveau de ses contenus que de la formation des enseignants, et en s’inspirant des exemples de la recherche, de l’édition, des musées et de l’éducation informelle en général, des médias enfin, qui ont déjà entamé leur transition par une conscientisation et une appropriation des nouveaux enjeux.

Stimuler cette réflexion et accompagner l’école dans cette mutation, par des éclairages mettant en lumière les changements et les initiatives qui en relèvent, tel est l’objet de cette nouvelle chronique. Régulièrement, un article portant sur l’éducation et la culture scientifique, la créativité, le rapport au savoir, la formation des enseignants, le numérique, la communication de la recherche ou la démocratie technique viendra y stimuler la réflexion sur les futurs de nos rapports à la connaissance et à l’information.

(1) Dénomination conférée à l’école traditionnelle faite de briques et de mortier, de salles de classes, de professeurs responsables de groupes d’âges homogènes et d’enseignements disciplinaires cloisonnés, par opposition à l’enseignement en ligne.

(2) Le sommet WISE est financé par la fondation du Qatar, la banque Santander, ExxonMobil ainsi que divers autres partenaires.

La classe inversée ? Késako ? #rechercheenéducation #modernisonslécole #ifé-ENS

Dans le groupe de travail que j’ai rejoint à l’Ifé (Institut Français de l’éducation**), on réfléchit sur la modernisation de l’école. Notre atelier de recherche souhaite tout particulièrement faire évoluer les notions de « classe inversée » et celle d’école numérique. Le but est cette année de produire du contenu pour le site de l’Ifé mais aussi de partager des expériences concrètes autour du numérique à l’école et de la pédagogie inversée pour faire évoluer les pratiques des professeurs et des formateurs.

Si de plus en plus d’enseignants s’intéressent au concept de « classe inversée », la plupart d’entre eux ne sont même pas conscients que cette possibilité pédagogique existe. En effet, l’espé (ancien IUFM) ne parle absolument pas de ces pratiques novatrices aux futurs ou tout nouveaux enseignants qui viennent en formation dans leurs locaux, ou alors si cela arrive, c’est le hasard du formateur, et c’est de toute façon très rare.

On peut expliquer cela par le fait que ce concept est encore peu développé, peu connu, peu maîtrisé, en tout cas en France ; et c’est pour cela que des groupes de travail se forment autour de cette notion. Autour de ces thèmes, dans ma pratique pédagogique, je pars de zéro : j’intégrais jusque là très peu de numérique dans mes cours (c’est mal !) et je n’étais même pas sûre jusqu’à cette semaine de connaître avec pertinence la bonne définition de « classe inversée ».

Avant de vous expliquer les difficultés que j’ai immédiatement rencontrées (tout va finir par se régler…) face à l’intégration du principe de classe inversée dans mes cours, je souhaite reprendre une définition claire du principe de pédagogie inversée, qu’on soit certains de tous bien se comprendre avant d’aller plus loin.

La classe, telle qu’on la connait, c’est un prof debout face à une trentaine d’élèves (souvent plus…), déversant son savoir à un auditoire plus ou moins attentif. La classe inversée… inverse le principe d’apprentissage. Les élèves vont alors travailler leur leçon à la maison et effectuer des activités et des exercices à l’école, en petits groupes. Comment donc ? Plus besoin des profs pour apprendre une leçon. Eh non… Les leçons sont fournies sur des supports vidéos ou d’autres supports, que l’élève écoute, lit, reprend en note sur son cahier, le soir, chez lui. Finies les longues angoisses devant un exercice qu’on ne parvient pas à faire. De plus, l’élève est plus attentif seul face à sa leçon qu’en cours (Parlez pendant 20 minutes d’un sujet, peu importe lequel, devant une assemblée d’adolescents puis posez une question, demandez ensuite un par un à chaque élève de répéter la question que vous venez de poser… vous serez surpris du résultat : un long discours et vous perdez les trois quarts de votre auditoire). Par ailleurs, le lendemain, en cours, on communique, on échange. La classe devient un moment de communication qui s’articule et se construit sur les remarques et acquis des élèves. Les exercices sont effectués avec le professeur qui est plus mobile, peu passer de groupe en groupe et aider individuellement chaque élève. La présence en classe sert dès lors l’assimilation des connaissances acquises à travers les vidéos ou les documents envoyés aux élèves : du véritable soutien scolaire.

Evidemment, ce moyen de fonctionner réclame un travail du professeur abyssal en amont (mais aussi beaucoup plus d’aisance et de plaisir en classe pour lui et ses élèves). Evidemment, ce moyen de travailler est aussi plus « facile » dans certaines matières, et plus complexe pour les disciplines où la pratique est, en apparence, moindre (je pense notamment à l’étude des lettres).

Je listerai dans un prochain papier les avantages et les inconvénients de cette pratique, puis les moyens existants pour la mettre en oeuvre.

** L’Ifé est une composante de l’ENS. Implantée à Lyon, c’est une structure nationale de recherche, de formation et de médiation des savoirs en matière d’éducation, fondée sur une interaction permanente avec les communautés éducatives, grâce au recrutement de professeurs détachés et de professeurs associés.

Sur le plan international, l’Institut français de l’Éducation est inséré dans tous les grands réseaux de recherche, de l’UNESCO à l’OCDE. Grâce à ses ressources documentaires et à un dispositif d’accueil aussi simple qu’efficace, il est aussi la porte d’entrée  des chercheurs étrangers travaillant sur le système éducatif français.