SHORT, numéro 12 : Revue de littérature courte et site communautaire

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Je ne connaissais pas Short Edition, une maison grenobloise et novatrice. C’est Babelio qui me l’a fait découvrir en m’envoyant le numéro 12 de la revue SHORT. J’observe d’abord un peu sceptique ce qui ne s’apparente ni totalement à un roman (ça en a pourtant l’aspect) ni totalement à une revue (ça en porte pourtant le nom). Sur la première de couverture, 4 colonnes intitulées pour chacune d’elles : NouvellesBD courtes, PoèmesTrès très courts. Puis, en dessous de chaque colonne, un temps de lecture estimé : 6 à 20 minutes pour les nouvelles, 1 à 3 minutes pour les BD, 1 à 2 minutes pour les poèmes, 1 à 5 minutes pour les « très très courts ». Amusant, non ?

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A l’intérieur, on découvre des auteurs et des illustrateurs normalement encore totalement inconnus, on plonge dans leurs histoires, on aime ou pas, on peut picorer, lire tous les poèmes d’un coup, puis toutes les BD, puis tous les très très courts, etc ; ou bien s’en tenir à une rigueur absolue en commençant par le début et finissant par la fin… Les écritures sont variées, les styles ne se valent pas  mais ça aussi, c’est assez agréable car tout reste très correctement écrit. Et il y a des pépites…

Idéal pour les gros lecteurs qui ont envie de se délasser avec de la littérature courte, ou au contraire pour ceux qui ont du mal à se jeter dans les livres et à y rester concentrés, qui trouveront ici une forme de littérature qui leur conviendra davantage.

A noter aussi, le site de la maison d’édition Short : super bien foutu, consacré à la littérature courte donc, et communautaire ! Qui veut poster ses nouvelles, ses poèmes ou ses BD s’inscrit facilement puis s’expose à la communauté de lecteurs. Le nombre de lectures pour chaque contribution est indiqué, les gens peuvent voter pour vos œuvres et la maison d’édition éventuellement décider de vous publier.

J’apprécie aussi le côté totalement clair et simple d’utilisation du site, les codes couleurs, l’aspect ludique. Bref, je suis conquise à la fois par la revue qui je crois est trimestrielle (et qui ne coûte que 12 euros) et par le site internet, concept idéal pour les écrivains et les lecteurs de littérature et BD courtes.

Vraiment, allez vous promener sur leur site qui vaut le détour…

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Ecrire un recueil de poème ou une pièce de théâtre de A à Z avec des élèves

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Alors qu’elle était toute jeune professeure agrégée de lettres, Cécile Ladjali (qui a publié depuis de nombreux romans magnifiques tout en continuant d’enseigner) est parvenue à faire écrire à ses lycéens un recueil de poèmes, intitulé Murmures, qui a été publié, puis l’année suivante une pièce de théâtre, qui a été publiée également et jouée dans un théâtre parisien.

Dans un de ses livres, elle revient, à travers des remarques au compte goutte, sur la production du recueil de poèmes Murmures par des lycéens d’un établissement de la banlieue de la Seine-Saint-Denis. J’ai tenté de rassembler ses remarques pour obtenir une espère de guide, une sorte de mode d’emploi afin de reproduire l’exercice avec d’autres élèves.

1) FAIRE L’IMPOSSIBLE : C’est justement parce que c’était difficile et infaisable selon les élèves qu’on allait le faire. Je pense que le travail du professeur est de travailler contre, de confronter l’élève à l’altérité, à ce qui n’est pas lui, pour qu’ensuite il se comprenne mieux lui-même. 

2) LIRE : Chez eux, il n’y a pas de livres. Là résidait la première gageure. Certains jours, j’arrivais en classe avec des valises de livres. Je prêtais les miens, on s’attardait en bibliothèque, on a énormément lu pour, ensuite seulement, pouvoir écrire. Comment a-t-on lu ? J’ai donné à l’ensemble de la classe un corpus de texte général, autour des thèmes de la chute, de l’enfer, parce que c’était les thèmes de notre recueil, et ensuite un corpus de textes personnalisé, en fonction des goûts et des possibilités de chacun. 

3) RÉFLÉCHIR au THÈME : « Il s’agissait de lectures très classiques : les grands mythes, Dante, les textes de l’Antiquité où il est question de descente aux enfers. Certains ont filé la métaphore jusqu’à notre modernité. A ce stade, on a pensé à l’enfer concentrationnaire. On a tenté de se saisir de cette thématique philosophique très importante. 

4) ECRIRE et RÉÉCRIRE : « A observer la qualité littéraire, voire poétique du recueil, avec ses formes fixes très complexes, très maîtrisées, on pourrait se laisser aller à la candeur de croire qu’on a bénéficié d’une sorte de grâce… mais en fait, il n’y a pas de miracle. Nous avons tous énormément travaillé. Le premier jet est catastrophique. Le plus souvent, des écrins, des poncifs, des platitudes à pleurer. L’écriture de l’adolescent, quand il s’épanche un petit peu, est très décevante. La difficulté pour moi a été de le dire aux élèves sans les vexer. Donc il était question de s’imprégner des grands auteurs, des grands textes pour qu’ensuite, une fois cette matière première assimilée, la petite voix personnelle jaillisse de l’ensemble de ces lectures. 

5) LE CHOIX de la POÉSIE :  « La poésie a été pour moi l’occasion de les faire lire beaucoup, de travailler sur un genre très court où on allait pouvoir concentrer toutes les lectures et être  efficaces dans l’invention des images, dans l’emploi des métaphores. Je les ai fait lire, mais j’ai aussi été un despote. Pour qu’ils puissent écrire, ils avaient des consignes très précises. Il était question d’inventer une métaphore, de coller tel ou tel passage pour que le texte ait tout de même une substance. 

==> REMARQUES PRÉLIMINAIRES DE CECILE LADJALI QUI PEUVENT AIDER : 

° On travaille sur ces viviers mythologiques, bibliques, coraniques -ça dépend des élèves- qu’ils possèdent tous. Quand j’ai fait un sondage en début d’année, quand je leur ai dit qu’on allait travailler la chute, ils avaient tous une vague idée de ce qu’était la pomme d’Adam et Ève, de ce qu’était le serpent, etc. Je pense que c’est pour cette raison qu’il faut construire son enseignement sur la lecture des classiques car en fait, la bibliothèque universelle tient peut-être dans dix livres que les élèves ont, sans le savoir, dans leur besace.

° J’ai cherché à faire avec eux de l’écriture créative et, en même temps, à intégrer ma démarche dans cette nouvelle épreuve du baccalauréat : l’écrit d’invention. Inventer, créer, fonctionnent de concert avec les idées de règles et de rigueur. Je veux être très précise à ce sujet. Pour écrire un sonnet, il faut avoir fait l’inventaire des traits taxinomiques, stylistiques, qui incombent à tel ou tel grand genre littéraire. Ce nouveau sujet est redoutable, car il demande une maturité, un rapport presque fusionnel au texte parangon dont on va devoir se nourrir pour créer un pastiche érudit. Seulement, il faut que le professeur de français ait conscience de cela afin de le dire aux élèves qui respecteront alors tout ce qu’on leur présentera avec conviction comme digne de respect.

° Chaque jour je me suis demandé comment canaliser l’intuition et faire d’une étincelle un peu décevante un texte fabuleux et rigoureusement écrit. (…) Chaque élève a écrit dix brouillons.