Clavier ou crayon ? Michel Serres fait le point

Clavier ou stylo ? Les états font des lois et les débats tournent en rond. Pourquoi crier haro sur l’apprentissage de l’un ou l’autre ? Si l’on regarde tout ça de près et si l’école s’adapte à l’évolution de la société, la conclusion est évidente : il y a toujours eu de l’oral, on a inventé l’écrit, voilà le numérique, l’un ne chasse pas l’autre.

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En 5 minutes et des poussières d’entretien, Michel Serres nous fait réfléchir sur le sujet, dans la très chouette émission de France Info : Le Sens de l’info, à podcaster à loisir. Il reprend les arguments valables et démontent les idées reçues à partir de constats simples :

– Un bon nombre d’états américains a rendu l’apprentissage de l’écriture manuscrite optionnel à l’école.

– En Grande-Bretagne, un citoyen sur trois n’a pas écrit à la main depuis 6 mois.

– La Finlande envisage à son tour de privilégier le clavier au stylo.

Et alors quoi ? L’invention de l’écriture remonte à 3500 ans. Depuis, elle a toujours évolué… Pour résumer, des tablettes archaïques, nous sommes passés à la tablette tactile. Le débat n’a donc aucun sens, et c’est la conclusion de Michel Serres : « Vous savez on fait souvent débat de lieux où il n’y a pas débat possible ».

Je vous laisse écouter cette très courte vidéo. La métaphore du piano et du violon est savoureuse…

La Petite poucette de Michel Serres

On m’avait dit énormément de bien de ce petit essai signé par l’académicien Michel Serres. C’est peut-être parce que j’en attendais donc beaucoup que j’ai été un tout petit peu déçue par ce livre. Je dis un tout petit peu, parce que pourtant, je le conseille à absolument tout le monde. Tout le monde. 

Comprenez moi bien : ce livre est une merveille mais il est trop court. Il met effectivement le doigt sur une évolution majeure de la société (après la révolution de l’écriture et du papier, puis celle de l’imprimerie, voici venue la révolution internétique), il montre combien tout doit être repensé en fonction de cette nouvelle façon de vivre, il explique bien que tout reste à faire, il donne de belles métaphores (celle de la tour Eiffel et de la pyramide d’Egypte qui se transformeraient en d’éventuelles pyramides numériques est exquise) mais il ne donne évidemment pas de solution. 

C’est un peu frustrant, évidemment, mais on comprend très bien pourquoi Michel Serres n’en donne pas, il le dit très bien lui même : tout reste à faire ! 

Et suivre cette petite poucette (il invente ce mot pour désigner les individus de la génération 2.0 qui tapent plus vite que leur ombre avec les deux pouces sur un tout petit clavier) dans le nouveau monde qui est le sien (le notre) est très instructif et très amusant. 

Image Voici la quatrième de couverture : 

Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer. Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises. De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» – clin d’oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces. Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique… Ce livre propose à Petite Poucette une collaboration entre générations pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible.