A lire : Sauveur & Fils, saison 1, de Marie-Aude Murail

Je ne connaissais pas Marie-Aude Murail alors qu’elle semble être -après recherche- la papesse de la littérature jeunesse. Après la lecture de Sauveur & Fils, saison 1, le début d’une saga extrêmement réjouissante, j’ai envie de lire tous ses livres, et de les faire lire aux enfants qui m’entourent. Avec Sauveur & Fils, on entre dans le cabinet d’un psy pour ados. Il suffit d’un page pour nous accrocher à l’univers de Sauveur, de ses patients, de son jeune fils et de tous leurs secrets. Littérature jeunesse uniquement ? Moi, je dis que non.

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Sauveur est Antillais. Il est venu s’installer en métropole comme psychologue clinicien après la mort de sa femme, la mère de Lazare, et a laissé derrière lui une sacrée histoire pleine de secrets et de non-dit. Dans son cabinet, on rencontre Ella, qui ne sait plus bien si elle est garçon ou fille, Cyrille qui refait pipi au lit alors qu’il a 10 ans, Gabin dont la mère n’est pas très équilibrée et qui va devenir un pilier de la narration, les trois sœurs Augagneurs et leur famille multi-recomposée, Margaux qui se taillade les veines, et les parents de tous ces enfants. On est vite pris d’affection pour ce florilège de patients. On meurt d’envie qu’ils s’en sortent, qu’ils trouvent la clef, aidés par Sauveur Saint-Yves.

Et comme le cabinet du psy est situé dans la maison du psy… on rencontre aussi sa famille à lui, notamment Lazare son fils de 8 ans qui voue une véritable fascination pour les hamsters et pour son copain Paul. Ça tombe bien, la mère de Paul, Louise, est célibataire, comme Sauveur…

Le lecteur se promène aussi dans l’école primaire de Lazare et Paul pour y côtoyer une maîtresse haute en couleurs. Quelques personnages périphériques viennent agrémenter l’histoire, tout comme le voyage aux Antilles, à la fin de l’ouvrage, qui apporte de nombreuses réponses au petit Lazare.

J’ai aimé ce livre parce qu’il ne m’a fallu que quelques pages pour ne plus vouloir le lâcher. Je me suis très vite demandé pourquoi l’avoir classé en « littérature jeunesse ». On y parle certes de problèmes récurrents chez les adolescents mais je n’ai pas une seule fois eu le sentiment d’être dans une lecture pour les plus jeunes. D’autres ont posé la question à l’auteur, voilà ce qu’elle répond : « Au Salon du livre cette année, je n’ai vu que des adultes ! Mais ce sont ceux qui ont grandi avec les livres de l’école des loisirs et qui assument complètement de me lire encore. Et cela peut être intéressant pour eux d’ailleurs de voir ce qu’est la jeunesse d’aujourd’hui.
Dans mon livre, il y a aussi des personnages de parents, qui sont faillibles, attachants ou perturbateurs et j’ai envie de montrer ça aux enfants. Dans la deuxième saison je vais montrer par exemple une femme hyper possessive qui conduit son fils à la violence. Mais pour répondre à votre question, le texte est très accessible, il peut être lu à partir de douze-treize ans. »

Dès douze ans donc…. et longtemps après ! Je vous le conseille grandement. Je serai très heureuse de lire la saison 2 qui paraîtra en octobre. La saison 3 est en cours d’écriture.

Sauveur & Fils, Marie-Aude Murail, L’Ecole des loisirs, 329 pages, 17 euros.

Relire Le Petit prince de Saint-Exupéry…

Pour la rentrée de septembre, j’ai relu Le Petit Prince. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai découvert ce livre. Je me souviens l’avoir beaucoup aimé. Depuis mes dix ans, je ne l’avais pourtant jamais relu et j’étais donc passée à côté de sa seconde lecture, car j’ai été surprise, en septembre, de trouver tant de philosophie et de sagesse dans cette oeuvre qu’on dit  « pour enfant » en la réduisant alors à ce qu’elle n’est clairement pas seulement. Relisez-le si le cœur vous en dit, vous serez probablement surpris : il y a de la magie à chaque page. 

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Quelques citations en attendant…

Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c’est fatiguant, pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications.

*

J’ai appris, dit le Petit Prince, que le Monde est le miroir de mon Âme…
Quand elle est enjouée, le Monde lui semble gai
Quand elle est accablée, le Monde lui semble triste
Le Monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là, c’est tout
Ce n’était pas le Monde qui me troublait, mais l’Idée que
je m’en faisais…
J’ai appris à accepter sans
le Juger, totalement, inconditionnellement…

*

Les étoiles sont éclairées pour que chacun puisse un jour retrouver la sienne.

*

Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.

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« Blanc sur Noir » de Tana Hoban (livre pour tout petit)

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Alors que je publiais récemment (enfin en juin dernier, avant la pause estivale du blog) une liste de 10 livres pour les nouveaux-nés et tout-petits, une lectrice me fit découvrir via Instagram une auteure pour enfants que je ne connaissais pas : Tana Hoban.

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La tétralogie théâtrale de Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses

J’ai parlé récemment ici d’un des 4 livres qui compose la première tétralogie théâtrale de Mouawad. En effet, j’ai lu le volet numéro 2 : Incendies, il y a quelques semaines et j’ai été envoûtée par le théâtre du franco-libanais, théâtre contemporain qui plus est !

J’ai depuis avalé les 3 autres volets de cet ensemble et aucun ne m’a déçue. J’en fais ici de courts résumés pour vous donner envie de les lire.

Les 4 volets, s’ils sont violemment, puissamment, liés ensemble par les thèmes de la mémoire, des racines, de la famille, de l’Identité, de l’histoire personnelle et de l’Histoire universelle ; ne sont pas narratifs, c’est-à-dire qu’on peut  les lire dans le désordre.

Cependant, j’encourage tout de même le lecteur à bien lire Ciels, le volet numéro 4, en dernier. Il est très différent des autres. Plus tragique que lyrique. Moins poétique. A mon sens, il doit forcement clore les 4 livres.

Le sang des promesses : Tome 1, Littoral

En apprenant la mort de son père inconnu, qu’il retrouve à la morgue, l’orphelin Wilfrid décide de lui offrir une sépulture dans son pays natal. Commence alors un voyage au bout de la nuit qui le conduit vers un monde dévasté par les horreurs de la guerre, où les cimetières sont pleins, où les proches de cet homme rejettent sa dépouille, qui terminera son périple dans les bras de la mer. A travers les rencontres douloureuses qu’il fait à cette occasion, Wilfrid entreprend de retrouver le fondement même de son existence et de son identité.

Le Sang des promesses : Tome 2, Incendies

Lorsque le notaire Lebel fait aux jumeaux Jeanne et Simon Marwan la lecture du testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l’incertaine histoire de leur naissance : qui donc fut leur père, et par quelle odyssée ont-ils vu le jour loin du pays d’origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinées l’une à ce père qu’ils croyaient mort et l’autre à leur frère dont ils ignoraient l’existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le livre des heures de cette famille, des drames insoupçonnés les attendent, qui portent les couleurs de l’irréparable. Mais le prix à payer pour que s’apaise l’âme tourmentée de Nawal risque de dévorer les destins de Jeanne et de Simon.

Le sang des promesses : Tome 3, Forêts

En remontant le fil de ses origines, Loup ouvre une porte qui la conduira au fond d’un gouffre, car là se trouve la mémoire de son sang : une séquence douloureuse d’amours impossibles, qui va d’Odette à Hélène, puis à Léonie, à Ludivine, à Sarah, à Luce, et enfin à Aimée, sa mère… On dirait bien qu’un mauvais sort a décimé cette famille, l’a lancée dans le train des malheurs et l’hallali des grands soirs, au coeur de la forêt des Ardennes. Mais Loup est courageuse, elle veut tordre le cou au destin, lui faire cracher son fiel afin de casser le fil de toutes les enfances abandonnées.

Le sang des promesses : Tome 4, Ciels
Isolée dans un lieu secret, l’équipe internationale de l’opération Socrate scrute le ciel et cherche à décrypter les messages invisibles que des terroristes y envoient. Quand l’un de ses membres se donne la mort pour des raisons obscures, ce ciel de toutes les voix et de toutes les nations s’assombrit davantage : se pourrait-il que la beauté du monde enfante elle-même les démons de sa destruction, que l’Annonciation du Tintoret serve de motif à une tapisserie de l’horreur ? Dans une géographie du sang d’une épouvante totale, un audacieux art poétique de la violence prend forme, où s’agrègent les mensonges des dieux et les maux des fils d’aujourd’hui.

Malheureusement, aucune captation vidéo n’existe de ce quatuor, aucune représentation n’est prévue prochainement… J’espère qu’un metteur en scène, ou Wajdi Mouawad lui-même, remettra très vite en scène ce spectacle. En attendant, nous pouvons toujours le lire et le relire.

Le Charme discret de l’intestin de Giulia Enders

 Les cours de biologie ont arrêté de m’intéresser aux alentours de la classe de 5ème. Non pas que j’avais en horreur cette matière qui aurait pu me captiver si elle m’avait été enseignée avec envie… Malheureusement, je suis tombée sur des profs pas très friands de pédagogie… Il n’en fallait pas plus pour m’ancrer dans l’esprit que toute cette science là n’était pas faite pour mon esprit littéraire. Pourtant, à la lecture du livre de Giulia Enders, livre très pédagogique et très ludique sur le fonctionnement du corps humain, je changerais facilement d’avis. Ce qu’on y apprend sur soi, sur le fonctionnement de son corps, est tout bonnement génial. Le sujet manque de « sexitude » de prime abord : l’intestin, l’organe mal-aimé, est le centre d’intérêt principal de l’auteur, gastroentérologue de métier… D’ailleurs, si on ne me l’avait pas mis entre les mains, je n’aurais pas approché ce livre qui n’avait rien pour me plaire : on y parle biologie, corps humain, c’est écrit par un médecin, et en plus c’est un best-seller en Allemagne…. Généralement, les best-sellers sont médiocres (remember « 50 Nuances de Grey »). Quelle grossière erreur j’aurais faite en passant à côté de ce bijou de connaissance.

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J’en fais peut-être un peu trop pour un bouquin qui parle de caca et d’entrailles me direz-vous, mais je jure qu’il est passionnant, surtout quand on est nulle en anatomie, fonctionnement des bactéries, lien entre les différents organes, etc. J’ai dévoré ses 350 pages en quelques heures et je suis désormais fière de maîtriser ce qu’il se passe à l’intérieur de mon corps.

La quatrième de couverture : « Surpoids, dépression, diabète, maladies de peau… et si tout se jouait dans l’intestin ? Au fil des pages de son brillant ouvrage, Giulia Enders, jeune doctorante en médecine, plaide avec humour pour cet organe qu’on a tendance à négliger, voire à maltraiter. Après une visite guidée au sein de notre système digestif, elle présente, toujours de façon claire et captivante, les résultats des toutes dernières recherches sur le rôle du «deuxième cerveau» pour notre bien-être. C’est avec des arguments scientifiques qu’elle nous invite à changer de comportement alimentaire, à éviter certains médicaments ainsi qu’à appliquer quelques règles très concrètes en faveur d’une digestion réussie. Irrésistiblement illustré par Jill Enders, la soeur de l’auteur, voici un livre qui nous réconcilie avec notre ventre. Succès surprise, Le Charme discret de l’intestin s’est vendu à plus de un million d’exemplaires en Allemagne et sera publié dans une trentaine de pays. »

Pour ma part, j’y ai redécouvert le trajet de la nourriture dans le corps et les 3 « lignes » fondatrices de notre être physique qui amènent chacune à un chef d’oeuvre : le cœur, le cerveau et …. l’estomac. J’y ai découvert le principe et les raisons des allergies, des intolérances alimentaires, de la planète microbienne qui vit au fond de nous. J’ai compris l’utilité des bactéries, le concept des parasites type toxoplasmes, salmonelles, Helicobacter, etc. J’ai aussi réfléchi sur le principe du « deuxième cerveau » que serait notre estomac, principe à la mode en ce moment mais semble-t-il assez pertinent (il y avait eu un très bon reportage là-dessus sur Arte il y a quelques mois). Je fais enfin la différence entre prébiotiques, probiotiques et antibiotiques. Et véritablement, j’avoue avoir trouvé tout ça passionnant !

La Tribu, saison 1 l’intégrale – La Maison des horreurs : Série littéraire déjantée #Concoursinside !

EDIT 2 : Après tirage au sort, le site Dcode, générateur de nombre aléatoire, donne le commentaire n°2 gagnant. Bravo Elodie, tu peux m’envoyer ton adresse postale par mail : contact.laliseuse@gmail.com

EDIT : Ayant reçu ce livre en service presse, je vous propose d’en gagner un exemplaire. Pour jouer, il suffit de me laisser un commentaire et je tirerai au sort l’heureux chanceux lundi matin !

Bon week-end !

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Chez les Monferreau, quand on aime son grand-père, on en reprend au dessert !

Pourtant, il serait plutôt vieille carne que doux agneau, Victor. Déformation professionnelle. Du temps de sa splendeur dans la vie active, il était tortionnaire. Ça laisse des traces. De sang, bien sûr, mais aussi psychologiques. Et génétiques, a prirori. Ce cher démon se retrouve ainsi à la tête d’une horrible famille qu’il mène à la baguette et dont les membres sont tous plus dérangés du ciboulot et pervers les uns que les autres. Ils vivent sous le même toit, dans une grande maison des horreurs à l’intérieur de laquelle ils peuvent commettre les pires méfaits. C’est qu’ils sont sept, les Monferreau, comme les péchés capitaux. Voilà qui en dit long.

Alors malheur à ceux qui croisent leur route. Malheur à Anne et Ludo, une sœur et un frère en cavale, que le destin pousse en ces terres maudites et qui, bien contre leur gré, vont faire éclore un à un, comme autant de fleurs vénéneuses, les pires secrets de ces horribles gens. Mais ne croyez rien de ce que vous lirez, n’ayez confiance en personne, doutez de tout et de tous, y compris de votre raison.

Une seule chose est sûre : malheur à ceux qui tombent aux mains de la tribu. On vous aura prévenus.

Les séries littéraires de la collection « Pulp » sont conçues comme des séries télévisées, avec plusieurs saisons de six épisodes chacune, chaque épisode étant écrit pour un temps de lecture moyen de 15-20 minutes. Les six épisodes à l’unité ainsi que les intégrales de chaque saison, aux formats électronique et papier, sont proposés simultanément le jour de la parution.

LES PLUS : La maison d’édition, jeune, originale, un peu rock’n roll, très accessible, qui présente ses auteurs et ses parutions via vidéo et qui ne se prend pas trop au sérieux. Le concept de la série littéraire sur l’idée des séries télévisées, amusant et innovant. Le catalogue de personnages aussi déjantés les uns que les autres et la narration de ce bouquin, bien ficelée et rocambolesque.

LES MOINS : L’écriture un peu faible parfois, un peu lourde aussi avec des phrases du genre : « D’un geste brusque, il écrase la cigarette avachie, qu’il a vainement tenté de fumer, contre un tronc noueux, puis se dirige d’un pas faussement tranquille vers l’objet de sa haine »….. Surcaractérisation (= beaucoup trop d’adjectifs qualificatifs et d’adverbes) et ponctuation étrange à toutes les pages, mais on se laisse prendre au jeu des personnages et de l’intrigue malgré tout. Ça fonctionne !

Stéphanie Lepage, La Tribu saison 1 l’intégrale, Edition La Bourdonnaye, Collection Pulp, Juin 2015. 12,99€ version papier, 4,99€ version numérique.

Haro sur les écrans #Paroles d’élèves

La semaine dernière, alors que je discutais avec l’une de mes élèves de seconde de sa très mauvaise note à un de mes devoirs sur table, celle-ci m’expliquait qu’elle n’avait pas lu le livre sur lequel le devoir portait, non pas par dégoût de la lecture mais pas manque de temps.

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Je cherchais donc à comprendre comment, à 15 ans, on peut manquer de temps pour lire… surtout si l’idée de lire ne nous est pas si désagréable que ça.

« Quand tu rentres du lycée, tu fais du sport ? Des activités particulières qui te prennent du temps et de la concentration ? », je lui ai donc demandé. « Non, m’a-t-elle répondu, pas spécialement ». « Mais alors tu fais quoi ? ». « Bah (tous les élèves de seconde commencent leur phrase par « bah ») je regarde la télé », m’a-t-elle expliquée la tête un peu basse, consciente que je n’allais pas trouver ça follement merveilleux. « Bon » j’ai dit pour contrer son « Bah », « Et avant de t’endormir ! Avant de t’endormir tu dois bien avoir le temps de lire ! » je me suis exclamée persuadée d’avoir trouvé la solution. « Bah…. Non, pas le temps ». « Mais enfin ! Quand j’avais ton âge je n’avais que ça à faire de lire avant de m’endormir ! Dix minutes tous les soirs ça suffit tu sais ! Dix minutes, ça n’est rien ! ». « Bah oui mais non Madame ». « Ah bon ? ». « Bah non, pas le temps ». « POURQUOI ? ». « Bah……….. j’ai ma tablette Madame ».

(Et bien sûr que non, la solution n’est pas de proposer des ebooks aux élèves, car en réalité le problème n’est pas la tablette mais Internet.)