Réflexions sur l’école : Des contemporains qui l’accusent, de la réalité, de la possibilité d’enseigner le français en collège et lycée à partir des très à la mode « pédagogies nouvelles » et des classes sociales…

L’école m’a construite, en partie. Tout du moins, elle m’a appris ce que je sais. Je suis totalement en adéquation avec ce qu’on appelle à tort les nouvelles pédagogies, c’est-à-dire les pédagogies Montessori, Freinet et Steiner, très, très à la mode aujourd’hui. Le hic, c’est que j’ai l’impression que ces deux affirmatives s’opposent, qu’elles ne peuvent pas cohabiter. On ne peut pas aimer l’école, la respecter surtout ET défendre les pédagogies dites nouvelles. Ça, ça fout le bordel dans mon esprit de prof. Je sais que le système scolaire est bancal, la faute, entre autres, à la démocratisation (massification) de l’accès à l’enseignement dans les années 60 sans changement majeur de l’organisation dudit système. Le système scolaire doit donc certes être modifié mais comment fait-on cela si la majorité des parents pensent profondément que l’école fait la misère à leurs enfants ?

Ces derniers mois j’ai entendu de nombreuses réflexions sur l’enseignement français public, nauséabondes ou naïves, mais toujours négatives. La nounou de ma fille, 5 enfants, un mari au chômage, un seul salaire d’assistante maternelle à la maison, de confession musulmane : « Moi j’ai mis les deux derniers dans le privé.

– Le privé catholique ?

-Oui. 

– Mais pourquoi ?

-Dans le public, ça se passait pas bien dans le quartier.

-Ah bon, trop d’enfants en difficulté ? difficiles ?

-Non, c’était les profs.

-Enfin, bon, ce sont les mêmes profs dans le privé et le public. On est tous gérés par le même ministère, payés par les mêmes services, on a passé le même concours, suivi les mêmes formations.

-Ah peut-être ! Mais c’est pas pareil !

-M’enfin, pourquoi ?

-Bah dans le privé les profs s’investissent plus (moue et tête qui se balance d’avant en arrière pour appuyer ses propos).

-Vous êtes sûre ? (ton ironique parce que bon elle connaît mon métier…)

-Bien sûr ! C’est certain. Les profs du privé sont plus motivés. Ils s’investissent vraiment eux.

Je n’ai pas changé de nounou, j’ai arrêté de parler de l’Education Nationale avec elle. Une copine inscrit quant à elle ses enfants à la rentrée dans une école alternative qui pratique les pédagogies « nouvelles ». Dans l’absolu, j’approuve. Pourquoi pas. Elle peut se le permettre financièrement. Sa fille est une très bonne élève. Je ne connais pas le rapport qu’a son fils à l’école. Mais je me demande encore ce qui a provoqué cette réflexion chez elle : « Depuis que j’ai validé leur inscription pour septembre prochain, je suis soulagée, je sais qu’ils ne seront pas cassés par l’école ». Cassés, putain. Franchement, entendre ça quand on est prof… Evidemment elle a précisé sans que je ne lui demande rien qu’elle trouvait le travail des profs dans l’ensemble parfait mais que le système, le carcan du système, lui posait problème. « Les profs font ce qu’ils peuvent ». Ouais.

Une amie a inscrit sa fille dans une école privée parce que là où elle habite, « les écoles ont vraiment mauvaises réputations ». Je travaille en REP, j’ai bossé en REP+, je comprends son raisonnement. Cependant elle s’en félicite : « C’est mieux ». Mais en quoi ? « Ils sont moins par classe ». Après vérification, c’est faux. Ils sont autant par classe dans cette école que dans une école primaire publique classique. « Ils font plus de choses ». Bon. Enfin, ça, ça dépend du prof. Et on est de nouveau à deux doigts de dire que les profs du privé sont « plus investis, et blablabla » (je rappelle à ceux qui ont sauté des lignes que les profs du privé et du public ont les mêmes formations, diplômes, ont passé les mêmes concours…etc.).

Cracher sur l’école publique, c’est devenu la doxa. Malheureusement, ce discours là est anxiogène, contreproductif. Je n’enseigne pas depuis longtemps. Je ferai ma sixième rentrée dans le public en septembre. Cependant, hormis les profs en fin de carrière qui n’en peuvent plus (mais c’est la même dans tous les corps de métier non ? ), je n’ai croisé que des profs motivés, désireux de donner le plus, de déclencher quelque chose, n’importe quoi, dans l’œil de leur élève, de transmettre, d’encourager, de construire. Si vous saviez le nombre de projets qui se montent chaque année, si vous saviez le temps passé parfois sur un cours d’une heure par la majorité des professeurs, etc., etc.

Connaissez-vous la première raison qui pousse ma copine à inscrire ses enfants dans une école alternative pour ne pas qu’ils soient « cassés » ? Savez-vous pourquoi mon amie est contente d’avoir finalement choisi le privé pour sa fille au lieu des deux établissements voisins qui avaient mauvaises réputations ? Savez-vous ce qui a poussé ma nounou à se saigner pour mettre ses deux derniers dans le privé ? Le public. Pas l’école publique. Le public de l’école. Sa  fréquentation. Bah ouais, rien d’autre. Je ne leur jette pas la pierre, je l’ai déjà dit, j’enseigne actuellement en REP, j’ai enseigné en REP+ et la première chose que j’ai faite lorsqu’on a acheté notre future maison, c’est de vérifier que le collège et le lycée de secteur étaient bien classés. C’est le cas, ouf. J’ai entendu une autre de mes amies, elle a 4 enfants, dire récemment que ses 4 enfants avaient été scolarisés à l’école publique de la maternelle au lycée et qu’elle avait été ravie, vraiment ravie, de l’éducation qu’ils avaient reçue. La différence entre elle et les 3 autres dont je vous ai précédemment parlé ? Le quartier. La dernière habite le quartier le plus bobo des quartiers lyonnais. Je ne dis pas qu’elle aurait fait autrement si elle avait habité dans le 8ème, à côté de Longchanbon (pour un prof de la région, le collège Longchanbon, c’est un peu la porte de l’Enfer), je dis juste qu’elle n’a pas eu à se poser la question.

Et donc, CQFD. Ceux qui distillent leur haine du système scolaire se trompent : c’est la diversité qu’ils détestent, la possibilité pour leurs enfants de se retrouver en classe avec des gamins qui ne savent pas lire ou écrire parce que leurs parents sont analphabètes, qui ne savent communiquer qu’en insultant parce que c’est comme cela qu’on leur parle à la maison, qui ne savent pas se concentrer ou apprendre parce qu’on les a trop désaxés à tous les autres niveaux cognitifs. Il faut donc appeler un chat un chat. Le système scolaire n’a rien à voir là-dedans. A ce niveau là, la seule chose qu’on peut lui reprocher, au système scolaire, c’est d’accentuer les ghettos pour sauver les bobos en créant des collèges REP et REP+.

Et donc les nouvelles pédagogies

Après, il y a tous ceux qui hurlent qu’on enseigne pas dans le bon sens et que insérer du Montessori dans toutes les écoles de France sauverait le fameux système. Ceux là me font douter parce que je crois qu’il est dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien sûr la méthode Montessori est une merveille, bien sûr il faut s’en servir. M’enfin, quand on regarde de plus près, on voit bien qu’il est possible d’en injecter les bases, les racines pour que l’arbre pousse sans tout péter au passage. D’ailleurs, bons nombres d’instituteurs s’inspirent déjà beaucoup de ces méthodes. De plus, ces méthodes de pédagogies nouvelles, si elles sont parfaitement adaptées à la maternelle et au primaire, me semblent perdre de leur pertinence dès qu’il s’agit du collège et du lycée. Un exemple concret : l’enseignement du français avec Montessori au collège et au lycée. Je trouve sur internet un papier d’une formatrice Montessori et chef d’établissement d’une école, collège et lycée montessori qui explique ce que c’est l’enseignement du français dans le secondaire avec cette méthode. Je me dis « Chouette », je vais enfin voir comment cette révolution montéssorienne se déplace jusqu’au lycée. Bon. Voici un extrait de cet article où c’est la prof de français (agrégée de lettres) qui s’exprime :

« Au collège et en seconde, l’objectif est donc de donner un goût pour la matière, un goût pour la vie, et non uniquement dans la perspective d’un examen. Nous travaillons donc sur trois plans :

Le partage – Chaque semaine, un élève présente un « personnage » de fiction. Lire un livre, c’est avant tout rencontrer un univers et des individus de papier. Les raconter aux autres, c’est donner un peu de soi. Pour ceux qui ne lisent pas ou peu, on peut également utiliser un personnage de cinéma, de jeux vidéo, ou même un personnage inventé. L’essentiel est de dessiner les contours d’un espace narratif.

Le cinéma – Nous regardons de très nombreux films, toujours proposés dans le cadre d’une thématique précise. Les élèves doivent rédiger des comptes rendus qui leur permettent non seulement de se construire une culture cinématographique, mais aussi d’aiguiser leur analyse et les réconcilier avec l’écrit en leur donnant envie d’argumenter sur une expérience. 

Les ateliers d’écriture – Après la lecture d’un texte en commun, pioché dans un répertoire très divers allant des classiques de la littérature française, aux tragédies grecques, en passant par les mangas, ou les incontournables de la littérature étrangère, les élèves poursuivent leur expérience à travers des rédactions. Selon leur sensibilité, différents parcours sont proposés, l’essentiel est de saisir que la lecture est quelque chose qui nous transforme. Le tout est ponctué d’exercices de grammaire, non pas présentés de manière arbitraire, mais utilisés pour enrichir l’écrit. »

Puis elle termine en précisant d’autres points :

« La méthodologie – Le bac français est une épreuve codifiée. Comprendre les attentes d’un examinateur, c’est aussi aborder l’épreuve plus sereinement. On a trop souvent l’habitude de détacher l’écrit de sa mise en pratique, ce qui donne la sensation à l’élève d’être perdu. L’accent est donc mis sur la méthode à travers de nombreux exercices de perfectionnement et la rédaction de fiches qui permettent à l’élève d’identifier un parcours et de saisir ce qu’il doit concrètement faire devant sa copie.

L’oral – Tous les textes présentés à la fin de l’année sont analysés scrupuleusement au sein des cours. Nous commençons par une lecture en commun, puis chaque élève travaille de son côté pour ensuite présenter son interprétation aux autres avant une correction globale. Ainsi, le travail d’assimilation est plus efficace car l’élève se confronte au texte au lieu de passivement recopier un corrigé. »

Bon, franchement, pas de révolution ici. Je veux dire, ce qu’elle dit est très intéressant. Très inspirant. Très rassurant aussi parce que je fonctionne un peu comme cette prof. Je fais dans l’ensemble les mêmes choses avec mes élèves, comme la plupart de mes collègues d’ailleurs ! Cette prof semble expérimentée, précise. On dirait une bonne prof. On dirait une très bonne prof. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’on en rencontre des dizaines comme elle dans le public, montessori ou pas, des dizaines qui ont la même façon de fonctionner qu’elle, que leurs méthodes soient dites « Montessori » ou pas, que ce soit conscient ou pas.

Je travaille sur un mémoire sur les REP. Je prépare une thèse sur les nouvelles pédagogies dans le secondaire. Cependant tout se mélange un peu en ce moment et toutes ces réflexions dont je vous ai fait part me laissent un peu pensive. Je ne sais plus franchement où est l’essentiel et ce qu’il faut vraiment défendre dans tout ce bordel…

Ecole et savoir dans les banlieues… et ailleurs

Alors que je parlais sur Instagram de cette lecture universitaire Ecole et savoir dans les banlieues et ailleurs, plusieurs personnes, essentiellement des profs, se sont dites intéressées par son résumé. Je vais tenter d’en commenter les éléments importants, bien que l’exercice soit compliqué puisqu’il s’agit d’une littérature dense et technique.

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Charlot, Bautier et Rochex, les 3 chercheurs qui ont rédigé ce bouquin devenu une référence en matière de sciences de l’éducation, sont partis du principe qu’on oubliait toujours d’interroger le point de vue des élèves en matière de recherche en éducation. Ils ont ainsi construit un nouvel outil d’analyse quantitative et qualitative : le bilan de savoir. Il s’agit pour les élèves de faire une sorte de bilan et d’expliquer ce qui a de l’importance pour eux dans tout ce qu’ils ont appris (à l’école, à la maison, dans la rue ou ailleurs) depuis leur naissance. La consigne du bilan de savoir est simple : « J’ai tel ans. Depuis ma naissance j’ai appris plein de choses à l’école, à la maison, dans la rue, ailleurs. Qu’est-ce qui est important pour moi dans tout ça ? Et pourquoi ? ».

Les auteurs ont ensuite effectué une étude auprès de 500 collégiens de 3ème, année charnière. Ils analysent ces bilans de plusieurs manières. D’abord en faisant un relevé de mot-clef, puis en analysant la langue (la façon qu’a l’élève de s’intégrer dans son récit avec l’aide des modalisateurs par exemple) et enfin en pratiquant des entretiens individuels avec les élèves qui ont écrit les bilans les plus étonnants, particuliers ou signifiants.

La problématique des chercheurs part de la remise en cause du concept des Héritiers inventé par Bourdieu et Passeron. Les théories de la reproduction et du handicap-socio-culturel, celles du capital-culturel et du capital-social sont toujours justes selon eux mais étant donnée la massification de l’accès à l’école, elles sont moins pertinentes aujourd’hui pour expliquer les difficultés et les différences de parcours. Pour ces trois chercheurs, ces théories ne permettent pas d’expliquer pourquoi certains élèves issus de classes sociales défavorisées effectuent une scolarité brillante quand d’autres élèves émanant de classes sociales plus bourgeoises sont eux en échec. Charlot, Bautier et Rochex veulent mettre en avant la singularité, le savoir et le sens, trois éléments oubliés des études précédentes.

Les bilans de savoir collectés ont permis aux chercheurs d’observer et de théoriser le rapport aux professeurs des collégiens (c’est quoi un bon prof et un mauvais prof), de comprendre les mécanismes qui entraînent la mise au travail (ou le refus de travailler) et enfin les différents éléments qui entrent un jeu dans la scolarité d’un collégien.

Rien de nouveau sous la soleil, rien qu’on ne sache pas déjà dans cette étude qui date de 25 ans. Je l’ai lue essentiellement pour découvrir et maîtriser le bilan de savoir dans l’idée de reprendre cette méthode pour mon propre travail de recherche.

Cependant, je conseille vraiment cette lecture aux profs qui passeraient par là parce que, pour une fois, elle fait parler les élèves. Le livre est parsemé de véritables témoignages d’élèves (retranscription des bilans de savoir tel quel), et cela s’avère être un réservoir à idées pédagogiques. Par ailleurs, il encourage à penser son rapport aux élèves, ce qui est obligatoire au quotidien.

La conclusion générale ? Comme souvent dans ce genre de littérature, elle est assez décevante et se résume encore et toujours à celle du SENS. L’élève réclame du sens et a du mal à relier les apprentissages scolaires à leurs utilités. Mais est-ce nécessaire ? Pour les bons élèves, non : le lien se fera plus tard, lors des études supérieures. Cependant, pour les mauvais élèves, le nœud du problème semble se situer dans la question du sens et nulle part ailleurs.  L’abstraction des savoirs les empêche de se mobiliser.

J’ai commencé à récolter quelques bilans de savoir auprès des 3ème de mon collège. J’ai légèrement modifié la consigne pour que leur bilan de savoir ne concerne que l’enseignement du français (sujet de mon enquête). Le résultat est pour l’instant (je n’ai que 30 bilans sur les 150 distribués la semaine passée) toujours lié au sens : « Pourquoi n’analyse-t-on pas les discours politiques parfois pour être plus proche de la vie et pouvoir les comprendre et ne pas se faire avoir ? » a notamment écrit une élève de 3ème (bonne classe et bonne élève). « S’exprimer » est pour l’instant le mot-clef le plus représentatif de ces bilans. Ils veulent « savoir s’exprimer » et « savoir exprimer ses idées ». « Faire moins de grammaire et plus de rédaction et d’analyse de textes d’actualité ». J’attends la réception des autres bilans puis les entretiens individuels pour effectuer une étude plus savantes et des conclusions davantage scientifiques. Affaire à suivre… Mais une question ne me quitte plus depuis cette lecture : Comment donner du sens à mon enseignement ?

Ecole et savoir dans les banlieues et ailleurs, Bernard Charlot, Elisabeth Bautier, Jean-Yves Rochex, Editions Armand Colin.

Enseigner avec le numérique : Des ressources pour les profs de lettres #2, une plateforme pédagogique nommée TACIT

=> TACIT : un outil pour aider à l’apprentissage de la lecture et à la compréhension des textes !

La plateforme pédagogique TACIT, en ligne depuis 2012 et dédiée à l’apprentissage des compétences fondamentales pour une bonne compréhension des textes (vocabulaire en contexte, lecture, implicite des textes…) est de plus en plus mise en place dans les établissements (carte de diffusion). Cette plateforme pédagogique a été créée par quatre enseignants-chercheurs de l’université Rennes 2 et de l’ESPE de Bretagne, deux développeurs informatiques et une orthophoniste. Elle permet la mise en place d’une pédagogie différenciée (un concept qui nous intéresse beaucoup sur ce blog : travail en îlot, travail individuel, travail en classe inversée, etc.), avec des élèves allant du CE1 à la 3ème.  (TACIT dans les médias pour ceux que ça intéresse…).

Ce que permet le logiciel ? D’abord d’évaluer le niveau de compréhension et de lecture puis d’aider à développer chez l’élève les outils pour comprendre l’implicite du texte (ce que le texte ne dit pas). Personnellement, je suis totalement séduite…. et devrais probablement encourager mon chef d’établissement à payer les 36 euros de la licence pour une de mes classes cette année !

Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas le logiciel, vous pouvez découvrir et tester gratuitement TACIT à l’adresse http://tacit.univ-rennes2.fr. Une licence complète coûte 36€ pour une classe de 40 élèves (pourquoi la plateforme est payante ?).

Et enfin une vidéo pour présenter rapidement la plateforme :

Enseigner avec le numérique : Des ressources pour les profs de lettres #1, le cahier numérique

Il y a évidemment du bon et du moins bon à vouloir intégrer le numérique dans l’enseignement. Le débat est large, compliqué et passionnant. Persuadée qu’il n’est pas non plus pertinent de refuser intégralement l’utilisation de l’écran dans les apprentissages, je suis attentive à ce qui est proposé aux professeurs pour faire évoluer leur manière d’enseigner.

Le site IParcours propose des ressources pour les profs de français et de mathématiques. Davantage développé pour les mathématiques, il ne propose des activités interactives en français que pour la classe de 6° (pour le moment). Il faut évidemment acheter le cahier papier (5,50 Euros sur le site d’IParcours) ce qui donne accès à la version numérique du manuel (128 pages). Pour commencer, on peut tout à fait n’acheter qu’un seul cahier papier et ainsi en observer la pertinence en effectuant quelques photocopies pour les élèves. Quant à la version numérique, je trouve qu’elle peut apporter beaucoup de lisibilité en classe. Le professeur peut surligner, entourer directement au tableau ce qu’il veut mettre en avant, il peut projeter un exercice à faire, mais aussi projeter le corrigé, projeter le texte à étudier…. Par ailleurs une version DVD, installable de façon local, permet ensuite d’avoir accès à toutes les ressources sans connexion internet (quand on sait le nombre de fois où ça plante en classe, et cela quelque soit l’établissement, l’info n’est pas négligeable…).

Sur le site d’IParcours, deux vidéos sont intéressantes. La première explique l’utilisation en classe dudit cahier et de sa version numérique, elle est un peu rébarbative mais permet tout de même de bien voir les possibilités qu’offre cette ressource. La voici :

La seconde est plus intéressante : elle parle des pédagogies différenciées et propose une utilisation de ce cahier numérique comme soutien au développement de ces pédagogies différenciées (la classe en îlot par exemple ou bien la classe inversée dont j’ai à plusieurs reprises parlé sur ce blog). La voici :

On peut donc utiliser les avantages qu’apporte ce cahier numérique directement en le projetant au tableau, mais aussi, en salle informatique, en travaillant en petit groupe. L’élève peut travailler en autonomie… et le professeur se consacrer à l’explication individuelle, en passant d’un élève à un autre.

N’ayant pas testé concrètement cet outil je ne peux pas en dire plus mais j’avoue être séduite : j’envisage de l’essayer en classe.

Le lien direct vers les vidéos. 

Blog en vacances et programme (déjà chargé !) de rentrée #teaser

Vous l’avez déjà remarqué : le blog prend sa pause estivale ! C’est les vacances et en plus je ne devrais pas tarder à accoucher, deux bonnes raisons de laisser ce petit espace de vie internetique en jachère. Qui plus est, alors que vous êtes en moyenne 150 par jour (MERCI !) à venir vous promener par ici tout au long de l’année, en juillet-août, c’est plutôt la débandade et les visiteurs ne sont plus qu’une poignée.

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Je reviens donc publier ici le 15 septembre ! Quelques billets sont d’ailleurs déjà prêts. Au programme ? Des papiers sur les trois sujets qui animent ce blog depuis quelques temps déjà : les chroniques de livres, la recherche en éducation et la création de matériel pédagogique pour les petits (et donc leurs parents) et pour les grands (ce qui s’apparente alors davantage à des ressources pour les profs de lettres en collège et lycée).

1) Les chroniques de livre : en septembre-octobre, pour bien commencer l’année,  je vais vous donner envie de lire Sylvain Tesson, Luz, Hafid Aggoune, Stig Dagerman, George Sand, de la littérature jeunesse, Modiano, des BD etc.

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2) Pour ceux qui sont intéressés par la recherche en sciences de l’éducation, on va encore parler de Montessori, mais de façon pointue, avec une série de 5 articles sur le livre fascinant qu’est celui de la scientifique Maria Montessori : L’Esprit absorbant de l’enfant. De quoi se poser pas mal de questions et de quoi se remettre en question… Avant le lancement d’un vrai travail de recherche universitaire en vue d’un mémoire et d’un doctorat que vous pourrez suivre de loin sur le blog.

3) Pour les parents qui voudraient des idées de DIY, on va construire des mobiles ici en septembre et en octobre, encore et encore, pour éveiller les sens des petits ; mais aussi des livres sensoriels. Je vous en reparle très vite.

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4) Et enfin pour les profs de lettres, ça va parler machine de grammaire (oui, je fais mon professeur géo-trouve-tout en ce moment en essayant d’inventer l’activité ludique pour apprendre la grammaire en cours d’AP) mais aussi programme de lettres avec séquences et progression annuelle (surtout pour les 6e et les 3e : les deux niveaux à qui je fais cours l’année prochaine!).

Vous savez tout !

Je vous donne rendez-vous en septembre et vous remercie d’être de plus en plus nombreux à me suivre sur Twitter et Instagram. Surtout active sur ce dernier réseau social, je vous encourage à m’y rejoindre pour suivre mes lectures de l’été.

Rendez-vous en septembre, bonnes lectures et bonnes vacances !

Privé ou public et pédagogies alternatives ; une école différente pour mon enfant ?

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Choisir le privé ou le public

Je suis prof dans le public et je juge assez durement les parents autour de moi qui mettent leurs gamins dans le privé. D’autant plus que j’y ai été élève quelques années, que certaines de mes connaissances y enseignent, que j’en connais les tenants et les aboutissants. Je sais qu’un prof du privé use les mêmes bancs de l’université qu’un prof du public : ils ont les mêmes enseignants, suivent les mêmes formations, passent les mêmes concours (on nous demande simplement de cocher une case avant de passer les oraux du CAPES : « si tu es retenu, tu enseignes où ? privé ou public ? » Une fois que le choix est fait, on ne passe pas de l’un à l’autre). Les programmes sont les mêmes. Les profs du public et ceux du privé sont tous les deux payés par l’Etat. Les examens passés par les élèves du privé et du public sont identiques.

Mais qu’est-ce donc qui change ? me direz-vous. Une seule chose, je vous répondrai : la population des classes. Dans le privé, peu de chance pour que votre bambin se frotte à l’altérité. Il devrait aisément passer toute sa scolarité avec des gens qui lui ressemblent, qui viennent du même milieu que lui. Et si, tant bien que mal, vous parvenez, chez vous, à lui parler de différence, ce ne sera de toute façon qu’une notion toujours abstraite dans sa tête…

Oui, mais sans passer par la REP…

Et pourtant… pourtant j’ai conscience que dans le public, on trouve des établissements de niveaux différents. Lors d’un contrat en REP + (ancienne ZEP +++), j’ai été surprise d’entendre une prof d’art pla m’expliquer qu’évidemment la dernière de ses 4 enfants était elle aussi scolarisée en REP +, dans ce même collège où sa mère travaillait. Je connais l’ambiance de travail de ces classes, je sais que je n’aimerais pas y voir mon enfant. On y avance plus lentement et moins sereinement. Je préfère pour lui ou pour elle un collège du public certes, mais si possible de centre-ville… Je caricature mais ce que je veux dire par là, c’est que, prof oblige, je connais les niveaux de chaque établissement. Sans chercher à les scolariser dans le meilleur, j’aurais tendance instinctivement à éviter les REP et surtout les REP +.  Je ne suis pas du tout à l’aise avec cette réflexion. Je préférerais penser comme cette prof qui voit ses 3 grands réussir alors qu’ils sont tous passés par cette ZEP. J’y travaille…  D’autant que les REP et les REP +, il n’y en a pas tant. Dans l’idéal, il suffirait de les éradiquer en pratiquant le grand mixage social. Mais quand on voit que certains parents choisissent de payer plus cher leur appartement afin de rentrer dans la case « super établissement » de la carte scolaire… On se dit que vraiment, c’est mal barré. Personnellement, j’habite dans un arrondissement de Lyon où les deux collèges environnants sont en REP pour l’un et en REP+ pour l’autre. Techniquement…

Des pédagogies alternatives en maternelles et en primaires

Avant le collège et le lycée, il y a la maternelle et la primaire. Même combat pour moi : je privilégie instinctivement le public. Sauf pour les enfants en grandes difficultés (dyslexique, dysorthographique, etc.) qui peuvent trouver une vraie solution dans les écoles alternatives. Cependant, je m’intéresse énormément à Montessori (privé) mais pour une pratique à la maison, à la crèche ou après l’école dans un centre d’activité. De toute façon, les écoles maternelles Montessori sont trop chères ! (4000 ou 5000 euros l’année en moyenne…). Cependant encore, je trouve l’approche des écoles Montessori TRES intéressante : autonomie de l’enfant et découverte/apprentissage par l’expérience concrète, en manipulant. Heureusement, il est possible de trouver dans des maternelles PUBLIQUES ce même genre d’approche (quoi qu’un peu différente) : ce sont les classes Freinet, pédagogie validée par l’éducation nationale et donc intégrée dans les maternelles publiques (que certains profs décrient… je n’ai jamais vraiment compris pourquoi). Et ça peu de parents le savent…

Hier encore, une copine, maman d’un petit scolarisé à la maternelle (et probablement dyslexique), déplorait que la pédagogie Montessori ne soit pas accessible dans le public. « Mais il y a toujours Freinet » lui dis-je. Freinet, elle n’en avait jamais entendu parlé.

Il y a un livre qui permet de découvrir quasi toutes les pédagogies alternatives qui existent en France : Montessori, Freinet, Steiner, etc. … Une école différente pour mon enfant ?

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Ce livre, contrairement à ce qu’annonce son titre, devrait aussi être lu par tous les enseignants. C’est une mine de réflexions et d’interrogations pédagogiques. Pour les parents, il permet de comprendre la différence entre toutes ces pédagogies, de découvrir concrètement comment se passent les journées dans ces différentes écoles, d’obtenir des liens pour aller plus loin et un petit carnet d’adresses.

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Rendre la grammaire ludique pour les petits ... ça n'est pas si compliqué.

Rendre la grammaire ludique pour les petits … ça n’est pas si compliqué.

Je suis déjà conquise par Montessori en maternelle et en primaire. A l’école élémentaire par exemple, on apprend en manipulant du matériel pédagogique. En français, il s’agit essentiellement de très nombreuses petites boîtes contenant des étiquettes plastifiées que l’enfant manipule pour les placer correctement. Par exemple, une boîte renferme des mots masculins et féminins que l’enfant doit trier en deux tas ; une autre propose le même exercice avec des mots au singulier et au pluriel. Les petits sacs des « dictées muettes » contiennent des images (une balle, un râteau, un arrosoir…), l’enfant tire l’une d’elles et doit écrire le nom de l’objet. Les boites de mathématiques fonctionnent de la même façon. La manipulation permet de saisir concrètement en quoi consistent les opérations. L’apprentissage n’est jamais abstrait. La géométrie s’apprend en manipulant des solides en bois, on comprend les multiplications avec des bâtons de bois qu’on compte. Pour la géographie, des grands puzzles en bois représentant les continents ou les pays aident à mémoriser leur localisation, etc. Ce matériel est plus attirant qu’un exercice dans un manuel.

Freinet

Sur Freinet, qui est accessible dans le public je le rappelle, j’ai découvert des choses intéressantes. Notamment ce rapport à l’apprentissage concret, en manipulant, un peu à l’image de ce qui se passe dans les écoles Montessori.

Mais la méthode de lecture me pose un peu problème…. Comme beaucoup de prof de français, je suis partisan de la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, et il semble que les classes Freinet pratiquent la MNLE (méthode naturelle de lecture) c’est-à-dire la méthode globale… Dans le livre dont je parle ci-dessus, la MNLE est parfaitement défendue par l’auteur. N’ayant pas à enseigner la lecture à mes élèves (j’enseigne en collège et lycée), mon avis n’est pas tranché. Mais les neurosciences ont tout de même démontrée que la méthode syllabique restait la meilleure pour le cerveau du jeune enfant. Cependant, l’idée de la dictée faite au prof par les élèves dans la MNLE me plaît : chaque jour, pendant que les enfants travaillent en autonomie, l’enseignant prend un moment pour écrire les textes libres que lui dictent deux ou trois élèves. L’enfant recopie ensuite son texte dans son cahier, càd le texte qu’il a créé, puis le « lit » avec l’enseignant à la classe. Ainsi, l’enfant ne sait pas lire, mais comme il sait parler, il peut inventer un texte, le voir écrit puis « faire comme si » il le lisait…

 

Ce livre permet également de découvrir de multiples autres écoles alternatives pour le primaire, mais aussi pour le collège et le lycée, en privé, mais aussi et surtout en public (rares sont cependant les lycées alternatifs : il existe les lycées « épanouissement » et les lycées « responsabilisation » qui préparent tous deux activement au bac (l’un d’eux, situé à La Ciotat, ouvert en 2008, est un lycée Freinet public, le seul en France), et les lycées autogérés qui eux offrent plus de liberté et n’ont pas pour objectif l’examen ultime.

Par ailleurs, quelques pages du livre sont consacrées aux résultats des élèves ayant été scolarisés dans ces écoles alternatives. Mais ce sujet, peu traité par la recherche universitaire, m’intéresse tout particulièrement et nous y reviendrons dans un prochain papier.

Enfin, un chapitre est consacré à l’éducation à la maison. Sans vouloir y succomber (j’ai tendance à penser qu’il s’agit là d’un véritable sacrifice…), il donne de très bonnes idées et de bonnes pistes pour les temps passés avec les enfants à la maison après l’école.

 

CONCLUSION : Au-delà des écoles maternelles et élémentaires utilisant la pédagogie Montessori ou Freinet, au-delà de l’analyse de ces pédagogies pour les petits, ce livre ouvre également des perspectives pour des collèges et des lycées alternatifs. Mais il laisse cependant de nombreuses questions ouvertes : en quoi consistent exactement ces lycées et collèges alternatifs, quels sont les résultats de leurs élèves ? Ces établissements ne seraient-ils pas la solution pour les REP et les REP+ françaises (anciennes ZEP) ? Faut-il généraliser ces pratiques : quels sont les avantages et les inconvénients de tels établissements par rapport à un collège ou lycée dit classique ? La recherche en sciences de l’éducation a encore beaucoup à faire…

La classe inversée ? Késako ? #rechercheenéducation #modernisonslécole #ifé-ENS

Dans le groupe de travail que j’ai rejoint à l’Ifé (Institut Français de l’éducation**), on réfléchit sur la modernisation de l’école. Notre atelier de recherche souhaite tout particulièrement faire évoluer les notions de « classe inversée » et celle d’école numérique. Le but est cette année de produire du contenu pour le site de l’Ifé mais aussi de partager des expériences concrètes autour du numérique à l’école et de la pédagogie inversée pour faire évoluer les pratiques des professeurs et des formateurs.

Si de plus en plus d’enseignants s’intéressent au concept de « classe inversée », la plupart d’entre eux ne sont même pas conscients que cette possibilité pédagogique existe. En effet, l’espé (ancien IUFM) ne parle absolument pas de ces pratiques novatrices aux futurs ou tout nouveaux enseignants qui viennent en formation dans leurs locaux, ou alors si cela arrive, c’est le hasard du formateur, et c’est de toute façon très rare.

On peut expliquer cela par le fait que ce concept est encore peu développé, peu connu, peu maîtrisé, en tout cas en France ; et c’est pour cela que des groupes de travail se forment autour de cette notion. Autour de ces thèmes, dans ma pratique pédagogique, je pars de zéro : j’intégrais jusque là très peu de numérique dans mes cours (c’est mal !) et je n’étais même pas sûre jusqu’à cette semaine de connaître avec pertinence la bonne définition de « classe inversée ».

Avant de vous expliquer les difficultés que j’ai immédiatement rencontrées (tout va finir par se régler…) face à l’intégration du principe de classe inversée dans mes cours, je souhaite reprendre une définition claire du principe de pédagogie inversée, qu’on soit certains de tous bien se comprendre avant d’aller plus loin.

La classe, telle qu’on la connait, c’est un prof debout face à une trentaine d’élèves (souvent plus…), déversant son savoir à un auditoire plus ou moins attentif. La classe inversée… inverse le principe d’apprentissage. Les élèves vont alors travailler leur leçon à la maison et effectuer des activités et des exercices à l’école, en petits groupes. Comment donc ? Plus besoin des profs pour apprendre une leçon. Eh non… Les leçons sont fournies sur des supports vidéos ou d’autres supports, que l’élève écoute, lit, reprend en note sur son cahier, le soir, chez lui. Finies les longues angoisses devant un exercice qu’on ne parvient pas à faire. De plus, l’élève est plus attentif seul face à sa leçon qu’en cours (Parlez pendant 20 minutes d’un sujet, peu importe lequel, devant une assemblée d’adolescents puis posez une question, demandez ensuite un par un à chaque élève de répéter la question que vous venez de poser… vous serez surpris du résultat : un long discours et vous perdez les trois quarts de votre auditoire). Par ailleurs, le lendemain, en cours, on communique, on échange. La classe devient un moment de communication qui s’articule et se construit sur les remarques et acquis des élèves. Les exercices sont effectués avec le professeur qui est plus mobile, peu passer de groupe en groupe et aider individuellement chaque élève. La présence en classe sert dès lors l’assimilation des connaissances acquises à travers les vidéos ou les documents envoyés aux élèves : du véritable soutien scolaire.

Evidemment, ce moyen de fonctionner réclame un travail du professeur abyssal en amont (mais aussi beaucoup plus d’aisance et de plaisir en classe pour lui et ses élèves). Evidemment, ce moyen de travailler est aussi plus « facile » dans certaines matières, et plus complexe pour les disciplines où la pratique est, en apparence, moindre (je pense notamment à l’étude des lettres).

Je listerai dans un prochain papier les avantages et les inconvénients de cette pratique, puis les moyens existants pour la mettre en oeuvre.

** L’Ifé est une composante de l’ENS. Implantée à Lyon, c’est une structure nationale de recherche, de formation et de médiation des savoirs en matière d’éducation, fondée sur une interaction permanente avec les communautés éducatives, grâce au recrutement de professeurs détachés et de professeurs associés.

Sur le plan international, l’Institut français de l’Éducation est inséré dans tous les grands réseaux de recherche, de l’UNESCO à l’OCDE. Grâce à ses ressources documentaires et à un dispositif d’accueil aussi simple qu’efficace, il est aussi la porte d’entrée  des chercheurs étrangers travaillant sur le système éducatif français.

Quand les élèves enseignent aux profs …

Avec une classe de première, on travaille un texte de Pascal, le plus connu de tous : le fragment « Divertissement » des Pensées. Pour eux, c’est un texte compliqué mais ils s’accrochent lorsqu’on décortique le texte -thèse, arguments, exemples- et bientôt je sens que Pascal n’est plus si obscure pour eux. C’est une (très) bonne classe (beaucoup d’options « euro », des classes intellos, les préférées des profs) et je perçois qu’ils sont fiers de me montrer qu’ils peuvent désormais expliquer l’essence du texte : Pour Pascal le malheur de l’homme réside dans le fait de ne pas pouvoir demeurer en repos dans une chambre et la raison en est cette obligation que l’homme se crée de se divertir, se divertir pour ne surtout pas penser à sa condition misérable et mortelle.

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Une fois la base du texte comprise, je tente de les lancer dans un débat autour de la thèse pascalienne. A mon grand étonnement, ça marche (ces 1ère S là m’impressionnent toujours par leur ouverture d’esprit), ils débattent donc, donnent leur point de vue, sont ultra pertinents.
Quand soudain je veux les aider un peu, je rappelle la place de la religion dans la vie de Pascal, son jansenisme exacerbé et je dis : « Cette thèse est toujours d actualité aujourd’hui, elle interroge encore beaucoup notre société, elle est intemporelle, la preuve vous débattez sans difficulté autour de son idée pivot, et ce même si les idées religieuses et la force de la croyance de Pascal ne sont plus, pour nous, d’actualité. » Dès la fin de ma phrase, j’entends un gros soupir à ma droite, je ne relève pas mais je sais que le soupir vient de M.
Il n est pas le plus attentif en général donc j’en conclus qu’il s’ennuie et je lui reproche intérieurement de le signifier si explicitement.
La sonnerie retentit.
J’ai cette classe deux heures d’affilées le jeudi. Mais contrairement à d’habitude très peu d’entre eux sortent respirer dehors. Certains entourent même mon bureau, ils ont des questions sur Pascal. Je discute alors avec J. lorsque j’entends à ma gauche M. (le soupirant) dire à un de ses camarades qu’il « adore » le texte de Pascal. Immédiatement et sans le montrer, je jubile, c’est une belle récompense pour moi. Mais forcement, son comportement de tout à l’heure m’intrigue encore davantage : 

– Pourquoi tu as soupiré alors ? je lui demande. 
– Ah ça, nan madame. C’est juste quand vous avez dit « Pour nous la religion n’a plus la même importance que pour Pascal ». C’est pas vrai pour tout le monde. Vous avez dit « nous », vous auriez du dire « moi ».
M. est musulman. Il aurait été catholique c’eut été la même chose. Je me suis excusée d’avoir heurté sa sensibilité. Mais immédiatement, j’ai tout de suite pensé qu’il s’était senti proche des idées chrétiennes de Pascal. J’ai aimé cette idée là. Et surtout, évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de retenir essentiellement qu’il avait « adoré » le texte. Un texte compliqué. Un texte qui nécessite une concentration, une implication et une volonté de compréhension. 

M. a 9 de moyenne en français, et alors ? Ce jour là, il a fini par m’assurer qu’il avait « le pessimisme très pascalien ».

Amen.