Instruction en famille : Interview de Eve Herrmann, créatrice des cahiers-h et maman de Liv et Emy.

L’IEF ou l’instruction en famille reste marginale en France. Pourtant quelques dizaines de milliers de familles la pratique et ce malgré les a-priori souvent négatifs. J’avais commencé avec Amandine, la maman d’Apolline et de Paul, une série d’interview sur le sujet au début de l’été. Voici enfin la deuxième interview : c’est Eve, maman de deux petites filles, déjà bien connue du monde de l’IEF puisqu’elle détaille dans un très joli blog son quotidien et celui de ses enfants et qu’elle participe à la rédaction pour les éditions Nathan de livres Montessori, qui s’y colle. Merci à elle pour ses réponses précises, qu’elle m’excuse d’avoir mis si longtemps à publier ici son partage d’expérience.

                                                    Une des filles de Eve au travail. Photo : Eve Herrmann 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Eve Herrmann. Je vis à Lyon avec mon mari et nos deux filles : Liv et Émy. Avant d’avoir des enfants j’étais graphiste indépendante, mais l’arrivée des filles a chamboulé beaucoup de choses et m’a dirigée vers de nouvelles expériences.

Aujourd’hui elles ne vont pas à l’école et nous apprécions ensemble chaque jour et ce qu’il a à nous offrir.
Je suis passionnée de pédagogie (notamment Montessori, pour laquelle j’ai suivi plusieurs formations), j’aime écrire et prendre des photos. Je travaille actuellement pour les éditions Nathan, pour leur gamme Montessori, et depuis cette année, j’ai créée avec mon mari une petite marque de cahiers : les cahiers H. Imaginés au départ pour nos filles, ces cahiers ont pris leur envol et sont disponibles à la vente sur notre petite boutique en ligne (www.cahiers-h.com).

  • Depuis quand pratiques-tu l’instruction en famille (IEF) et pour des enfants de quelles classes ?

Nous avons déscolarisé les filles il y a deux ans. Émy terminait sa moyenne section et Liv son CP. Aujourd’hui Émy a 6 ans et demi et Liv en a 9.

  • Tes enfants ont donc déjà été à l’école. Combien de temps ? Aimaient-ils ça ?

Liv a commencé l’école à 4 ans. Mais ça n’était pas vraiment l’école. Elle suivait des ateliers Montessori chez une amie. Puis avec cette amie et d’autres personnes nous avons ouvert une école Montessori. Liv y a donc poursuivi sa scolarité jusqu’à notre déménagement à Lyon, où elle est entrée au CP, dans une école privée à pédagogie classique.
Émy avait commencé à fréquenter un peu la classe des 3-6 ans, quelques matinées, avant que nous partions pour Lyon, où elle a fait une année de moyenne section.
Les deux filles n’avaient pas de problèmes avec l’école, tant qu’elles étaient à l’école Montessori. Arrivée en CP, Liv qui savait déjà lire et écrire, s’ennuyait un peu et trouvait que c’était très répétitif. Émy ne voulait parfois pas y aller et c’était difficile de la lever le matin… heureusement elle s’était fait une amie, et cela lui donnait du courage pour se rendre à l’école, car elle aussi s’y ennuyait. Mais elles ne se plaignaient pas plus que ça de l’école et ne semblaient pas y être malheureuses.

  • Pourquoi as-tu pris la décision de déscolariser tes filles et de pratiquer l’IEF ?

Mon mari et moi travaillons à la maison. Nous gérons notre temps de travail, nos horaires… nous avons de ce fait une très grande liberté et une souplesse agréables. Avec l’école nous étions obligés de lever les filles (alors qu’elles dormaient à points fermés !), de les presser souvent pour être à l’heure… nous partions toujours en courant pour arriver à l’école à la dernière minute ! J’allais les chercher pour qu’elles mangent avec nous le midi, et rebelote, il fallait repartir… je devais toujours les interrompre en pleine activité passionnante pour les accompagner à l’école. Et le soir, la course pour réussir à se coucher assez tôt pour être en forme le lendemain !
Bref, ce petit rythme imposé par l’école nous a pesé au cours de cette année dans une école classique. Nous ne nous sentions pas très bien d’imposer cela à nos enfants, alors que nous étions à la maison, tranquilles, à gérer notre temps comme nous le souhaitions. Il y avait là pour nous une incohérence.

En plus de cela, la pédagogie classique, où tout le monde avance à peu près au même rythme, apprenant la même chose au même moment ne me convenait pas trop et de moins en moins au fil de l’année. J’ai vu l’intérêt d’Emy pour la lecture et l’écriture décroitre à mesure que l’année avançait. Elle se conformait aux attentes de sa classe.

Nous avons alors cherché d’autres écoles. Nous avions évidement pensé à Montessori, se trouvant de plus à deux pas de chez nous ! Mais le tarif, beaucoup trop élevé nous a découragé. Nous avons visité l’école Steiner et envisagé d’y inscrire les filles. Mais cela voulait dire déménager moins loin de l’école… et encore une fois, les frais de scolarité étaient élevés… Bref, les écoles qui auraient pu nous plaire étaient chères.

C’est ce qui nous a amené à penser à l’IEF. Nous n’avions pas envie de dépenser notre argent dans une école, qui ne nous satisfaisait pas à 100%. Et puis une école, quelque soit la pédagogie, reste une école…

A partir du moment où l’idée de l’instruction en famille a germé en nous, nous n’avons plus pu faire marche arrière. Cela nous a semblé évident ! Comme la réponse que nous cherchions depuis un moment sans la trouver. Par rapport à notre mode de vie, à nos envies de voyages, peut-être de déménager à l’étranger, à notre envie d’être libres et sans attaches… ce choix était évident.  L’idée a grandi et s’est imposée comme étant la meilleure solution à tester ! Et nous nous sommes lancés.

  • Pratiquer l’instruction en famille implique forcement pour l’un des parents de dédier tout son temps à l’éducation des enfants. C’est une idée compliquée pour moi qui aime aller travailler (je suis prof !) et qui multiplie les projets personnels. Est-ce un sacrifice ? Comment gérer cette absence de temps pour son épanouissement personnel ?

Chez nous en effet, c’est moi qui prends en charge les filles la plus grande partie du temps. C’est souvent le cas, chez beaucoup de familles. Mais j’en connais qui se partagent le temps, ou d’autres où c’est plutôt le papa. Et il y a également des familles où les deux parents travaillent.

Même si je m’occupe des filles la journée, j’ai conservé mon travail. Je suis indépendante et libre de gérer mon temps et de travailler au moment où cela m’arrange. Souvent le soir, donc. Évidement, je gagnerais peut-être un peu plus d’argent en étant à 100%, car j’aurais plus de projets, mais c’est très bien ainsi. Nous n’avons pas besoin de plus.

Autrement pour la question du sacrifice, je ne vois pas du tout cela comme ça. Si c’était un sacrifice pour moi de faire cela, et bien… je ne le ferais pas ! Aucun enfant n’a besoin que ses parents se sacrifient. Faire quelque chose qui ne nous rend pas heureux n’a pas de sens, et ne rendra pas nos enfants heureux.
Je n’ai pas le sentiment de manquer de temps. Au contraire ! Mon temps n’est plus morcelé par les allers-retours à l’école et les plannings obligatoires. Nous gérons notre temps tranquillement et nos journées sont lentes, douces, à notre rythme propre. J’ai des projets plein la tête et ce ne sont pas mes filles qui vont m’empêcher des les réaliser.

Elle font parties de ma vie et des mes projets aussi ! Cette année nous avons créé notre marque de cahiers. Les filles ont participé au projet, elles ont tout suivi, elles ont donné leur avis, fait des recherches de noms, testés les prototypes… elles ont fait les assistantes photos, les mises en scène… tout cela était vraiment très chouette à vivre en famille. Elles ont appris que l’on peut réaliser ses idées, avec de l’enthousiasme et peu de moyens ! Alors, non, pas de sacrifice ici, ni de regret ou de sentiment que l’IEF m’empêche de faire ce que j’ai envie. Bien au contraire, mes projets ont pris de la profondeur et une raison d’être.

  • Financièrement l’IEF implique également un salaire en moins dans le foyer. Est-ce nécessaire que l’autre parent gagne bien sa vie pour vivre paisiblement ? Comment joindre les deux bouts de cette façon ?

Cela n’implique par forcément un salaire en moins. C’est parfois le cas, mais pas toujours. Beaucoup de maman travaillent à mi-temps ou à la maison comme moi.
Quoi qu’il en soit, il y a une chose que nous avons remarqué, mon mari et moi : faire le choix de l’IEF nous mène sur un chemin différent, nous invite à une réflexion plus approfondie sur les pratiques de la société. Quand on commence à dire non à quelque chose d’aussi ancré et établi que l’Éducation Nationale on glisse rapidement vers d’autres NON. Non au gaspillage alimentaire, à la surconsommation, au plastique et à la pollution… et nous disons plutôt oui à l’alimentation saine, naturelle et simple, oui à la simplicité volontaire, oui à la lenteur…

Finalement nous faisons des économies. Nous dépendons moins aujourd’hui qu’avant !

Photo : Eve Herrmann

  • Que pensent tes enfants de l’IEF ? Quel point de vue ont-ils sur l’école ? Cela leur manque ?

Évidement, les filles donnent leur avis sur la question et chaque année nous allons vérifier qu’elles veulent continuer ainsi.

Mais voici leurs réponses à cette question :

Émy :
« J’aime l’école à la maison parce que je travaille avec maman, et que je choisis ce que je fais. J’aime qu’on ne puisse pas être envoyé au coin comme à l’école, et que nos cahiers ne soient pas gribouillés au stylo rouge. Et maman a créé des cahiers que j’adore ! Je les aime parce que je peux faire un dessin pour illustrer le texte.
J’aime bien aussi parce qu’on travaille seulement le matin et qu’on joue l’après-midi, et qu’on va souvent au parc de la Tête d’or. Ce que je préfère faire ce sont les maths, l’étude de la nature (j’aime aller dessiner la nature au parc) et apprendre à reconnaître et dessiner les oiseaux. Ceux que je préfère sont la gorge-bleue, le troglodyte mignon, le rouge-gorge et le colibri. »

Liv :
« J’aime étudier à la maison parce que j’ai le droit de dessiner autant que je veux ! Je dessine tout le temps ! J’ai plein de copines qui ne vont pas à l’école comme moi et je les vois souvent. On organise des activités ensemble – comme par exemple un Book Club que j’ai créé, parce que j’aime la lecture.
J’aime aussi beaucoup le Japon et les mangas, j’en dessine beaucoup. J’aime travailler sur la nature et tous les animaux. J’aime tellement les animaux que je pense que je sauverai les animaux quand je serai grande !
Et je les dessinerai aussi. J’aime beaucoup faire un dessin sur un sujet que nous étudions et écrire un texte (j’aime l’histoire des hommes et des civilisations anciennes et aussi l’histoire des vêtements).
L’ief c’est beaucoup plus amusant que l’école et je suis plus libre ! Je peux choisir ce que je fais. L’année prochaine j’ai décidé d’apprendre le piano. »

  • Penses-tu les scolariser de nouveau un jour ? Penses-tu qu’il y ait un âge limite pour pratiquer l’IEF et qu’il faille réintégrer le système scolaire au collège par exemple ?

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Choisir de ne pas scolariser ses enfants : l’expérience et le documentaire de Clara Bellar

Lorsqu’on fait le choix très peu commun de ne pas scolariser son enfant, il y a alors deux « écoles » et il faut trancher. Il y a les partisans de l’IEF : l’instruction en famille, qui consiste à « reconstruire » une sorte de mini-école à la maison mais à travers une pédagogie bienveillante, sans pression, sans compétition et sans note (nous avons publié l’interview d’une maman qui a fait ce choix sur le blog et d’autres interviews sur le même sujet doivent être publiées dès qu’elles seront mises en page) ; et il y a les partisans de l’unschooling (littéralement « déscolarisation ») ou « apprentissages autonomes » en français qui consiste à laisser l’enfant libre de ses activités ! Pour se lancer dans l’unschooling il faut une sacrée confiance dans la nature innée de l’enfant qui est d’apprendre par lui-même… Je vous rappelle cependant la chronique du livre Je ne suis jamais à l’école qui vous avez beaucoup plu et fait réagir. 

A la naissance de son fils, Clara Bellar s’est posé la question de le scolariser ou non. Grande voyageuse, elle s’est mise à parcourir le monde à la rencontre de familles ayant fait le choix de l’apprentissage autonome, de l’unschooling et en a tiré un film documentaire qu’il me tarde de voir Etre et devenir. Pour le moment, je n’ai pu visionner que le « trailer » de ce documentaire ainsi que l’interview de Clara Bellar, juste après la sortie du film en salle et en DVD en 2014. Je vous propose ci-dessous ces deux vidéos. La première met l’eau à la bouche. La seconde répond déjà à de nombreuses questions, notamment celle du travail possible des parents tout en ayant fait le choix de la déscolarisation. Bon visionnage !

 

« Instruction en famille » : Interview d’Amandine, maman de Paul et Apolline

Je n’ai pas d’a priori positif ou négatif sur l’IEF (l’instruction en famille dont je vous ai déjà parlé ici). Le concept de déscolariser ses enfants pour leur enseigner autrement m’intrigue et m’intéresse beaucoup. Professeure de lettres, j’ai déjà un peu roulé ma bosse dans différents collèges et lycées généraux de l’Education Nationale. Je suis enseignante dans le public et c’est quelque chose que je revendique. Je ne pense pas beaucoup de bien des écoles privées… Cependant, force est de constater que le système de l’école publique pose problème à de nombreux enfants. Si la grande majorité des profs sont bienveillants et ont pour objectif principal le développement intellectuel et social de leurs élèves, parfois, ça pêche. Parfois, la scolarisation est violente. Parfois, elle est injuste. Parfois, elle oublie l’individualité. Pas évident d’être attentif à tous quand on gère une trentaine d’enfants ou d’ados par heure. 

PIN LAIA texte DUDH

Ainsi, j’ai eu envie de présenter ici une série d’interviews de maman qui ont choisi de déscolariser leurs enfants et de pratiquer l’instruction en famille pour qu’elles nous donnent leur vision des choses, loin des théories et de la doxa éducative. 

On commence avec Amandine, maman de Paul (4 ans) et d’Apolline (15 mois). 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Je suis Amandine, j’ai 29 ans, je suis la maman de Paul et d’Apolline. Nous habitons la Haute Normandie. Avant de prendre la grande décision d’accompagner nos enfants, j’étais cadre dans une entreprise de BTP Normande. Nous vivons dans une petite maison en pleine campagne Euroise.

Depuis quand pratiques-tu l’instruction en famille (IEF) et pour des enfants de quelles classes ?

Nous avons commencé l’aventure de l’IEF à la rentrée 2015 pour Paul, qui a 4 ans. Paul est un enfant précoce. A ce stade de l’année, nous travaillons sur des ressources de grande section de maternelle.

Ton/tes enfants ont-ils déjà été à l’école ? Si oui, combien de temps ? aimaient-ils ça ?

Nous avions inscrit Paul a l’école, (mon mari, étant peu confiant au départ quant aux capacités d’apprentissage spontané de Paul, il manifestait une certaine réticence au fait qu’il ne soit pas scolarisé « comme les autres enfants » notamment pour la sacro-sainte socialisation ! je ne partageais absolument pas son avis, mais j’étais au début très seule dans mes convictions, nos familles y allant de leurs avis également, ce fut un sacré combat…) Paul a fait sa journée d’essai au mois de juin dernier, avec moi. En sortant il m’a clairement dit, qu’il ne voulait pas d’école comme ça, « rester assis c’est nul », il préférait rester à la maison avec sa petite sœur et moi. Il a su convaincre son papa, qui à ce jour, ne le scolariserait pour rien au monde !

Pourquoi as-tu pris la décision de déscolariser ton/tes enfant(s) et de pratiquer l’IEF ?

Ma maman était ATSEM dans une école maternelle, elle avait une classe de moyens-grands. Lorsque je lui ai parlé du fait que je ne souhaitais pas scolariser Paul, elle m’a répondu que c’était une excellente décision, probablement la meilleure que j’aurais à prendre pour Paul !
Je souhaitais la Liberté pour mes enfants. La « slow life » en fait ! Avec la maternelle, je ne prenais pas beaucoup de risques ! Bon et il y a aussi mes convictions personnelles, disons que je ne crois pas qu’on puisse « imposer » des apprentissages, des programmes avec l’obligation d’entrer dans des cases, des évaluations, de la compétition. Et surtout pas en classe de maternelle. C’est un peu stéréotypé, hein, mais globalement c’est un peu ça. Je crois très profondément à la spontanéité d’apprentissage chez l’enfant. A quasiment 3 ans Paul écrivait son prénom seul. Sans que, ni mon mari, ni moi-même n’ayons eu à faire quoi que ce soit. Il m’a suffi de l’observer, de répondre à ses questions, et de mettre à sa disposition le matériel adéquat. C’était évident.

Les éventuelles difficultés :

Pratiquer l’instruction en famille implique forcement pour l’un des parents de dédier tout son temps à l’éducation des enfants. C’est une idée compliquée pour moi qui aime aller travailler et qui multiplie les projets personnels. Est-ce un sacrifice ? Comment gérer cette absence de temps pour son épanouissement personnel ?

Un sacrifice ? Non.  C’est un plaisir, du bonheur ! Une autre vie en somme. Lorsque cette aventure sera devenue pour moi un sacrifice – si un jour cela le devient – alors je reprendrai le chemin du bureau. Le temps passé aux cotés de Paul et d’Apolline est épanouissant, me fait grandir, et m’apprend tellement ! J’aime leur compagnie. Ils déplacent sans cesse ma vision de la vie. Font bouger ce que je pensais immuable ! Je dirais aujourd’hui que je sais où je vais, et ce que je souhaite, ils ont ouvert une palette de couleurs que je n’avais jusqu’alors jamais vue ! Mon épanouissement personnel je le trouve ailleurs… Je fais du Yoga, je cuisine, je lis beaucoup, j’écris, je médite, je vois mes amies au moins 2 fois par mois juste « entre filles » et cela me suffit amplement. Puisque je suis en accord avec mes convictions. Je suis moi.

Financièrement l’IEF implique également un salaire en moins dans le foyer. Est-ce nécessaire que l’autre parent gagne bien sa vie pour vivre paisiblement ? Comment joindre les deux bouts de cette façon ?

Pas nécessairement. Il est d’ailleurs possible de travailler et de faire l’IEF. Le film « Etre et Devenir » de Clara Bellar montre des exemples de famille IEF où les deux parents travaillent à l’extérieur – Notamment les parents d’André Stern, auteur du livre « Et je ne suis jamais allé à l’école ». Lorsque l’on prend la décision de l’IEF, les priorités se déplacent et les coûts diminuent, (moins de vêtements, de chaussures, plus de frais de garde, moins de frais de carburant etc…) On prend conscience aussi de plein de petits détails qui changent le quotidien, comme notre façon de consommer par exemple… Nous faisons aussi plus de choses par nous-mêmes, (nourriture, cosmétiques, produits ménagers…), nous consommons local, moins d’industrialisation, de produits transformés, plus d’économies et de saveur ! Tout le monde y gagne ! Nous empruntons des jeux à la ludothèque, allons régulièrement à la médiathèque, nous fréquentons très peu les supermarchés (et alors là vive les économies!), et internet regorge de formidables ressources…

Que pensent tes enfants de l’IEF ? Quel point de vue ont-ils sur l’école ? Cela leur manque ?

Paul est encore petit. Je lui ai cependant posé la question dernièrement s’il souhaitait prendre le chemin de l’école en septembre. Il m’a répondu « maman me fait l’école, et c’est très bien comme ça » si, si tel quel !

Penses-tu les scolariser de nouveau un jour ? Penses-tu qu’il y ait un âge limite pour pratiquer l’IEF et qu’il faille réintégrer le système scolaire au collège par exemple ?

Je n’exclus pas une scolarisation un jour. S’ils me le demandent, pourquoi pas ? Pour l’instant nous prenons le temps. Nous vivons notre aventure. Nous la chérissons.
Un âge limite, je ne crois pas. Tout dépend des choix de l’enfant, je suppose. J’imagine qu’un jour la question d’une scolarisation se pose. Notamment pour les études supérieures.

Si la réintégration dans le système scolaire est envisagée, t’inquiètes-tu des difficultés qu’elle pourrait engendrer ?

Oh non ! Je ne m’inquiète pas des difficultés que cela pourrait engendrer sur mes enfants, je pense que je serais sûrement plus anxieuse qu’eux ! J’ai confiance en eux et en leurs capacités.

En pratique…

Dois-tu rendre des comptes à l’Education Nationale ? Les prévenir de ton choix ? Y a-t-il un suivi opéré par eux ?

Pour l’instant non, pas encore de compte à rendre, puisque Paul est en maternelle et que l’instruction est obligatoire à partir de l’âge de 6 ans.

Quels types de documents utilises-tu pour enseigner à tes enfants ?

Tout !!! Livres, polycopiés trouvés sur internet, coloriages, jeux, expériences, la nature (quel formidable terrain de jeux et d’apprentissage !), la pâte à modeler, la cuisine etc… Tout ce qui éveille la curiosité de Paul, devient une source d’apprentissage !

Comment, concrètement, se passe une journée « type » ?

Paul et Apolline se lèvent quand ils se réveillent. Je commence à les réveiller tranquillement lorsque l’horloge dépasse les 10h30 du matin. S’ils dorment, c’est qu’ils en ont besoin. Je me lève vers 6h30-7h00, je prends 1h pour moi et je prépare la journée. Je sors les jeux, le parcours de motricité si le temps est incertain (je sais que s’ils ne vont pas dehors, ils vont avoir besoin de bouger), les activités sensorielles (surtout pour Apolline), Le matin, on joue, on patouille,on se fait une randonnée selon le temps, ou on va au marché, Paul s’occupe de choisir les fruits et légumes et le fromage de chèvre… Apolline fait une sieste de 13h00 à 15h30 environ, pendant ce temps, Paul fait ce qu’il souhaite, il fait du « travail », (nous ne travaillons pas le matin, avec Apolline c’est quasiment impossible, c’est une petite fille très intense…), des jeux libres, il m’aide au jardin, on lit, on cuisine, ou on bricole, c’est lui qui brosse Glouton (notre chien) et qui s’occupe des gamelles d’eau et de croquettes. On prend le goûter vers 16h30. Je prépare Paul et Apolline et nous sortons dehors au jardin, ou nous rejoignons des petits copains de Paul au parc à Honfleur. Le mercredi matin nous allons à la médiathèque, le mercredi après-midi nous visitons Maminou et nous visitons mes parents généralement le vendredi puisque mon père ne travaille pas le vendredi et que Paul peut s’occuper du grand potager de Papy, et faire du tracteur ! On termine la journée par une bonne douche pour tous les 2 (le grand air, ça use !) un bon repas tous les 4, des jeux avec papa, quand nous le pouvons tous les 4. Nous berçons Apolline, je lis une histoire à Paul, et je discute avec lui de tout et de rien. Il tient à ce temps de parole juste lui et moi. Ensuite au dodo. Extinction des feux vers 21h30 généralement parfois même plus tard, lorsque l’envie de jouer est encore bien présente !

Quels sont, objectivement, les avantages que cette pratique a révélés ?

Incontestablement un mieux-être global. Sur notre famille, sur moi. Nous prenons le temps de vivre. On ne court pas, ou si peu. Ce sentiment de liberté. Cette sensation de se respecter, de respecter nos besoins, nos ressentis. De répondre à leurs besoins instinctivement. De vivre à leurs rythmes. De profiter autrement, de les voir grandir. Quelle chance !

Et les inconvénients ?

L’ouverture des musées, et autres lieux de culture souvent fermés en semaine… ou ouverts mais uniquement aux écoles…

Un dernier petit mot à ajouter ?

 Merci de m’avoir lue ! 😉

Merci mille fois d’avoir partagé ton expérience avec nous. As-tu un blog ? Un instagram ? etc. si l’on veut te suivre ?

Un instagram oui :  @paul_apolline_et_moi ! M E R C I !!!

RDV la semaine prochaine pour l’interview de Eve  Herrmann du blog « Liv & Emy’s Diary »…

… Et je ne suis jamais allé à l’école

J’ai sorti ce livre des étagères de la bibliothèque universitaire de Lyon un peu par hasard en en cherchant un autre, bien plus scientifique, sur les savoirs scolaires. Evidemment intriguée par le titre, je l’ai emprunté et lu le jour même. Pas de littérature scientifique ici, pas de théorie pédagogique non plus, ou si peu. André Stern, le fils du pédagogue Arno Stern (vous savez, le pédagogue-anthropologue qui a théorisé la peinture d’enfants), raconte comme on raconterait une histoire son « enfance heureuse » loin de tout système scolaire. Car Arno Stern n’est jamais allé à l’école. Il n’a jamais été « scolarisé », pas même à la maison : pas d’IEF pour lui non plus (IEF = Instruction En Famille). Chez lui, on apprenait au gré des rencontres, au hasard d’une envie, d’un livre ouvert, d’une passion soudaine. Aucune contrainte. Aucune. 

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Et voilà que, parce que les appareils photos sont partout dans la maison, que tout le monde prend des photos dans la famille, le petit André se passionne pour l’objet … jusqu’à en créer un lui-même, qui prend de vrais photos, avec des ficelles et des bouts de carton et c’est tout (ou presque). Sans aide. Et voilà que, parce que les instruments sont partout dans la maison, André se met à apprendre seul la guitare, sans cours, sans solfège. Sans contrainte donc. Et voilà que, parce qu’il s’arrête devant la devanture d’un luthier, André décide de tout apprendre de ce métier, auprès de l’artisan qui accepte, alors qu’il n’est qu’un enfant. 

Il est difficile de rendre compte de ce livre. Vous allez penser : « Il était surdoué, un enfant à haut potentiel ». André Stern n’a pas l’air de le penser. Il était libre, voilà tout. A la fin de l’ouvrage, l’auteur tente d’ailleurs de répondre aux détracteurs, de contrer les idées fausses. Il revient sur des questionnements du type « Si tu n’allais pas à l’école, tu restais enfermé à la maison avec tes parents ? », « Tu ne faisais donc que jouer ? », « Tes parents t’ont-ils laissé le choix ? », « Moi, je ne veux pas renoncer à ma carrière pour m’occuper de l’éducation de mes enfants », « Ne penses-tu pas avoir des lacunes ? », « Tu es donc pour l’abolition de l’école ? », et cetera, la liste est longue.

Je me suis bien évidemment posée moi aussi toutes ces questions tout au long de la lecture. La dernière partie de l’ouvrage arrive donc comme la cerise sur le gâteau. Le lecteur est heureux de pouvoir obtenir, sans rencontrer l’auteur, toutes les réponses aux interrogations qui sont nées durant cette lecture. Cette partie donne beaucoup de force à l’ouvrage. Les textes de ses parents, en fin de livre également, l’un de son père, l’autre de sa mère. 

Je conseille vivement cette lecture à tous ceux qui s’interrogent sur la construction de l’enfant ou sur le système scolaire. Je vais le rendre à contre-cœur et l’achèterai sûrement pour le conserver dans ma bibliothèque. 

Avant de vous en donner la référence, j’aimerais retranscrire ici l’un des passages du livre, l’un des rares passages théoriques si l’on veut : 

SUR LA LECTURE 

« Vers trois ans, regardant intensément une page d’écriture, je m’exclamai: « Oh! il y a des œufs et des coquetiers ! » Maman et papa, intrigués, s’approchèrent. Je leur montrai du doigt la combinaison des caractères « C » et « O » ! Voilà: les premiers signes d’écriture que j’ai rencontrés étaient Cet O. Je suis probablement le seul sur Terre à avoir commencé de la sorte, et il vous paraîtrait certainement aberrant d’imposer à tous les enfants de la planète une méthode commençant par Cet O … mais alors … quid de celles qui commencent par A et B ?! Si je décris ici comment j’ai acquis ces techniques fondatrices, c’est précisément pour souligner qu’il y a autant de manières d’apprendre qu’il y a d’individus. Aussi naturelle qu’elle soit, la manière qui fut la mienne n’est en aucun cas généralisable. Pas davantage qu’une quelconque autre méthode. Peu après, je constatai la présence d’œufs sans coquetiers et de coquetiers sans œufs. Puis celle d’œufs avec une queue (Q) et de queues sans œuf (1), etc. Je voulus savoir de quoi il s’agissait. Et on me l’expliqua sans fioritures. Comprenant le rôle de ces signes, je voulus connaître le nom de chacun d’entre eux ainsi que le son correspondant (« Comment ça souffle? », demandai-je … ). Mon premier jeu fut de les repérer. Ce faisant, je remarquai qu’il y avait des groupes de lettres, et on m’expliqua, de manière toujours aussi dépouillée, de quoi il s’agissait. Ainsi, dès trois ans, je sus décrypter les mots. Cela devint même une occupation favorite. J’en rencontrais partout, et je m’employais à les déchiffrer : « llll… lllliiii … lllliiiivvvv … lllliiiivvvvrrrr … lllliiiivvvvrrrreee … livre! » Papa et maman acquiesçaient. Personne ne commentait, personne n’applaudissait, personne n’émettait de « bravos » enthousiastes. Personne, non plus, ne suggérait un autre rythme, un autre mot, une autre manière. Et personne ne s’alarma de l’apparente stagnation de mon niveau de lecture pendant de nombreuses années. Cinq ans, six ans, huit ans … d’autres se seraient arraché les cheveux sur la tête, se seraient demandé « mais André saura-t-il lire un jour?! », en auraient fait un problème, une pathologie, une obsession. Papa et maman avaient une pleine confiance.

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