Eloge de la transmisision : pour que les enseignants reviennent à l’essentiel

9782226137623gJ’avais déjà rapidement parlé de ce livre, Eloge de la transmission, que j’avais à l’époque survolé pour un article sur les bienfaits du par coeur au collège et au lycée, en lettres tout du moins ; mais je n’étais pas entrée complètement dans sa lecture. A l’heure où la réforme du collège 2016 est assez pesante pour tout prof qui cherche un peu à comprendre ce qui se passe dans son ministère, à l’heure où la guerre des profs fait rage sur twitter entre les pour et les contre la réforme…. la lecture de ce livre, un dialogue entre le professeur de réputation internationale George Steiner et l’agrégée de lettres mais aussi écrivaine Cécile Ladjali, est salvatrice. A travers un jeu de questions/réponses, les deux protagonistes mettent au jour ou bien des évidences qu’il est bon de rappeler ou bien des révélations essentielles à la pratique de l’enseignement.

Plutôt que de paraphraser leurs propos, je vais plutôt multiplier les citations après en avoir effectué un relevé ciblé. (Un autre article suivra cependant, davantage destiné aux professeurs de Lettres, pour expliquer comment Cécile Ladjali a mis en place l’écriture d’un recueil de poèmes publié puis l’écriture d’une pièce de théâtre, réécriture d’un classique, avec ses élèves de quartiers difficiles). Mais d’abord, les meilleurs morceaux d’Eloge de la transmission.

Cécile Ladjali (à propos des réformes et des querelles) : « Quand j’entends aujourd’hui (NDLR : le texte date de 2003 mais est toujours d’une grande actualité) les meilleures volontés s’enliser dans le débat sur lécole, je repense aux mots de cette journée de juin où l’essentiel avait été dit : passion, courtoisie, honnêteté, travail (…). Notre propension aux divisions et querelles a pris ces dernières années le visage de l’anxiété face à ce qui pourrait changer en bien. Dans le monde de l’éducation, de l’économie politique, de la vie intellectuelle, tout se passe comme si les contempteurs, les prédicateurs du chaos, avaient plus de facilité à se faire écouter que ceux qui tentent de mener des expériences nouvelles et par là même de faire changer les choses ».

CL (à propos de ceux qui ne veulent plus qu’enseigner les textes contemporains ou les chansons de Rap au détriment de Flaubert et confrères) : « L’idée saugrenue d’enseigner cette contre-culture a germé dans l’esprit d’anciens très bons élèves, désireux de s’encanailler, auxquels il faudrait répondre que Flaubert ou Rimbaud auraient sans doute trouvé cocasse qu’on les traitât de bourgeois. Et quand bien même la culture que nous proposons à nos classes serait-elle bourgeoise, nombre de collègues estiment qu’elle est la plus digne des enfants. On n’est conscient de ce que l’on est que lorsqu’on est confronté à l’altérité (…). Un esprit en formation succombe très facilement au mimétisme. Il n’y a qu’à observer leurs yeux lorsqu’il arrive au professeur de verser dans le cours magistral : la formule fascine. Plus le discours sera sophistiqué, plus l’auditoire écoutera attentivement et, ayant entendu plusieurs fois la même tournure, il ne sera pas rare qu’il la reproduise dans un devoir.

CL (à propos de la création et … de la dissertation) : « Ainsi, faire acte de poésie, c’est quitter la théorie pour l’expérience. C’est tourner le dos à l’idéal pour l’action en accepter les risques. Dès que l’on s’engage du côté de l’action, on tend le flanc à la critique de ceux qui ont choisi le doux confort intellectuel de l’inertie qui jamais ne viendra leur porter la contradiction. Dans ces entretiens, Steiner dénonce la parole creuse, la tendance moderniste à l’aspect communicationnel de la langue, au détriment de la gratuité du langage poétique et l’intention désintéressée qui fonde toute oeuvre littéraire. Cette gratuité suppose l’engagement absolu du coeur de l’auteur qui n’aura bénéficié d’aucune alternative au moment de la création : il devait écrire. Le professeur de lettres est conscient de cet impératif. Alors que penser du sujet de dissertation, sacrifié au pragmatisme du texte argumentatif ? De l’éclatement de l’oeuvre contrainte de se couler dans le moule de la lecture méthodique quand cette dernière requiert le souffle vital de l’analyse linéaire ?

George Steiner (en quoi la grammaire participe-t-elle de l’ontologie ?) Je pense à la grammaire en tant que structure de l’expérience humaine, à la façon dont nous divisons l’expérience, dont nous l’identifions. Par exemple, une lange comme l’hébreu, qui ne connaît pas le passé simple, ni le verbe au futur comme nous l’entendons, a une conception de l’univers profondément et radicalement différente de la nôtre. le fait que l’allemand puisse placer le verbe très loin à la fin de la phrase est l’une des clés de sa puissance métaphysique. L’allemand a la disponibilité du néologisme philosophique de tenir en suspend l’argument à l’intérieur d’un propos que le cartésianisme de la grammaire française n’a pas. (…)

GS (sur le cours de lettre qui doit ou bien instrumentaliser la langue à des fins pragmatiques ou bien insister sur la gratuité du langage venant construire l’oeuvre d’art) : « La révolution dite de Gutenberg n’en était pas une. Elle a accéléré l’écriture du manuscrit, ce qui est parfait. La révolution électronique actuelle est mille fois plus puissante, plus fondamentale. Elle remet tout en question parce que les grandes banques de mémoire de l’ordinateur peuvent contenir des connaissances infiniment plus détaillées, plus détaillées, que celles de notre cerveau. (…) Dans la partie d’échec contre la machine et le champion du monde Kasparov, la machine fait un coup gagnant et le champion dit « Elle ne calcule plus, elle pense ». C’est déjà un problème philosophique formidable : où s’arrête le calcul et où commence la pensée ? (…). Nous sommes devant un monde tout à fait nouveau où les machines vont discourir entre elles. D’un autre côté, la spontanéité de la vie humaine cherche à s’exprimer avec des moyens très archaïques et, au fond, très lents, très inexacts. Nous pataugeons dans les paroles. (…) Le grec ancien appelle l’homme « l’animal qui parle », pas « l’animal qui bâtit », « qui calcule » ou « qui fait la guerre ». On n’a pas le choix : parler, c’est respirer, c’est le souffle de l’âme. La parole est l’ocygène de notre être. (…). C’est la bataille la plus importante, mais il n’est pas du tout évident qu’on va la gagner.

GS (sur l’humanisme et la barbarie) : « J’ai essayé de montrer dans mes travaux la terrible faillite de la culture humaniste devant l’horreur de notre siècle. Non seulement, elle n’a pas empêché la barbarie, mais elle l’a souvent aidée. Comment faire lorsque Sartre, peu avant sa mort, et ce n’était pas un homme qui aimait les rivaux, a dit « un seul de nous restera : Céline ». ALors, comment faire ? Entre les valeurs morales humaines, les valeurs de compassion et de liberté, et le génie de la parole, il y a quelque chose, comme dirait Nietzsche, au-delà du Bien et du Mal. C’est terrifiant cette transcendance de toute éthique dans le génie poétique. Le grand maître de la parole peut être infernal, démoniaque, un fasciste, un raciste, etc. Il faut faire très attention parce que la grande éloquence, le pathos ont une puissance formidable. »

GS (sur le futur = « Quel « si » serait en mesure de lutter contre la barbarie ? » ) : « Tout ce que j’ai écrit là-dessus, René Char l’a dit en un seul petit aphorisme  « L’aigle est au futur ». Il n’y a vraiment rien à ajouter, et on essaie toujours d’expliquer la merveille de cette image, de cette phrase. Pouvoir parler du lundi matin après ses propres funérailles est une chose qui me remplit à la fois d’étonnement, d’enthousiasme, d’humilité, d’orgueil. Pouvoir dire non à la finalité biologique de notre mort qui est tellement imminente pour tous que, dit Montaigne, « le nouveau-né est assez vieux pour mourir ». D’accord, mais avec le futur du verbe, on peut se projeter à travers des millions d’années, on peut imaginer les galaxies qui seront dans une certaine position exacte et précise dans deux cents millions d’années. On peut en parler rationnellement. C’est le grand défi à la mort que le futur du verbe. Si nous ne pouvions rêver (et rêver est une forme de futurité aussi)il n’y aurait vraiment que la clôture de la brièveté et de la médiocrité de nos petites vies personnelles. Il est fantastique que nous soyons un animal qui ait des grammaires de futurité, qui ait, comme dit Eluard, Le Dur Désir de durer, et qui ait le moyen de l’exprimer. »

GS (sur le bienfait de la lenteur dans l’éducation) : « De la patience, de l’hésitation, de la lenteur. Ecoutez, c’est Pascal qui, comme toujours,, a tout dit : « Si on arrive à être assis dans une chaise, silencieusement, seul dans une chambre, on a eu une très grande éducation. » Et c’est très difficile. Ecrivez sur le tableau la parole de Martin Heidegger : « Si vous voulez des réponses, faites des sciences. Si vous voulez des questions, lisez la poésie ». Ca aide beaucoup parce que ça aussi, c’est une maxime de la patience.

GS (sur l’école aux Etats-unis) : « Là, nous avons énormément à apprendre des Etats-Unis, à qui l’on fait toujours, et avec justice, la critique d’une vulgarisation des études secondaires. Notez bien que l’école américaine dit à chaque enfant : « Tu vas dépasser tes parents ». C’est le credo même de ce progressisme, de ce méliorisme, c’est le mot technique, politique. Tocqueville l’avait déjà vu. C’est la nation, c’est la philosophie qui dit : « Tu ne dois pas avoir honte de vouloir faire mieux que tes parents ». En Angleterre, nous souffrons encore d’un système  de classe où les parents disent  : « Non, tu ne vas pas me dépasser, car dans ce cas là, tu quittes la solidarité politique et idéologique de ta classe ». Ca, croyez-moi, c’est le vandalisme de l’âme.

CL (sur l’inégalité à l’école et les programmes) : « Quand on voit que l’école reconduit et durcit les clivages sociaux avec des filières de relégation pour les uns, des filières d’excellence pour les autres, on s’aperçoit que ce système ouvert est en fait totalement fermé et qu’il ne parvient qu’à une chose, naturaliser des inégalités sociales. (…) La question sociale reste l’un des défis de l’école d’aujourdhui et aussi l’un de ses chantiers les plus difficiles. Enseignant en Seine Saint Denis, je sais qu’un élève qui grandit dans un quartier défavorisé aura beaucoup de mal à s’en sortir. ON a l’impression que le système est construit un peu contre lui. Quand je me penche sur les programmes déments que je dois enseigner à mes élèves de seconde, je repense à ma situation de lycéenne. J’étais au lycée il n’y a pas si longtemps que ça, et je n’ai pas souvenir que l’on ait placé la barre aussi haut. J’enseigne à mes élèves des notions qui étaient celles que je voyais lorsque je passais les concours ! Observez la table des matières d’un manuel scolaire ! Ce n’est pas possible… Il y a un trop grand décalage entre ce type de grilles savantes et leurs capacités à s’exprimer et à formuler correctement leurs idées. Lorsque je pose des questions à mes élèves, ils me répondent par monosyllabes. (…) Il y a dans cet écart entre la réalité sociale et le contenu des programmes quelque chose de très incohérent. Ecrire un livre, s’approprier physiquement la littérature peut rendre l’aventure scolaire un peu moins absurde, sans que l’on ait renoncé pour autant à l’excellence« .

GS (sur le langage et les êtres anti-verbaux) : « D’autre part, on pourrait se dire : pourquoi ne pas permettre à l’enfant, à l’élève ou au candidat de soumettre un dessin, une composition musicale, l’esquisse d’une chorégraphie. Pourquoi toujours le langage ? Ce n’est pas du tout évident. Il y a des êtres d’une puissance de création profonde dans leur sensibilité qui sont anti-verbaux, pour lesquels le mot pose un grand problème et la syntaxe est une entrave.

L’Envers et l’endroit, premier essai écrit par Camus à l’âge de 22 ans, éclaire toute son oeuvre

Dans l’oeuvre d’Albert Camus, on connaît, souvent pour les avoir approchés au lycée, L’étranger ou La Peste. Je les travaille souvent avec les lycéens et chaque fois ils sont séduits, dans l’ensemble. L’écriture assez blanche plaît. La philosophie de l’absurde, pas si évidente à comprendre, intrigue.

J’utilise souvent le mythe de Sisyphe, cher à Camus, pour leur faire comprendre grossièrement ce qu’est pour l’auteur, la philosophie de l’absurde. Je ne leur parle pas immédiatement de l’essai de Camus sur Sisyphe mais d’abord du héros de la mythologie grecque. Sisyphe est en effet condamné par Zeus à pousser tout en haut d’une colline abrupte une grosse pierre qui retombera tout en bas aussitôt arrivée au sommet, à retourner la chercher et à recommencer de grimper… indéfiniment. En d’autres termes, se retrouver dans la même situation que le Sisyphe mythologique revient au fait de « vivre le supplice de Sisyphe », c’est-à-dire vivre une situation absurde répétitive dont on ne voit jamais la fin ou l’aboutissement.

Camus reprend ce mythe et le transforme. Pour lui, il faut imaginer Sisyphe heureux. Si le châtiment de Sisyphe représente la monotonie du quotidien et l’absurdité de la vie, alors, il faut accepter cette absurdité.

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Il fonde son raisonnement sur de nombreux traités philosophiques et l’œuvre de romanciers comme celle de Dostoïevski et de Kafka et soutient que le bonheur revient à vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité, car la conscience nous permet de maîtriser davantage notre existence.

Et donc Camus, avant d’arriver à cette philosophie, a commencé par écrire un essai, publié à Alger en 1937, le livre qui nous intéresse aujourd’hui : L’envers et l’endroit
Il a alors 23 ans. A la fin de sa vie, Camus verra dans cette oeuvre de jeunesse la source secrète qui a alimenté ou aurait dû alimenter tout ce qu’il a écrit.  « Pour moi, je sais que ma source est dans L’Envers et l’endroit, dans ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menacent tout artiste, le ressentiment et la satisfaction. ».

Je suis étonnée du choix de l’essai pour qualifier ce livre que j’aurais volontiers appelé un recueil de nouvelles. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : cinq nouvelles très fortement autobiographiques. La toile de fond est le quartier algérois de Belcourt et le misérable foyer familial dominé par sa terrible grand-mère qui règne sur une mère mystérieuse dont le jeune garçon garde le souvenir de son effacement et surtout de ses silences, personnage principal de la nouvelle entre oui et non. Il évoque son voyage aux îles Baléares, berceau de sa famille maternelle ainsi que le voyage à Prague dans la mort dans l’âme. Il y décrit les vies étroites de son quartier, dominées par le travail et la dureté de l’existence, qu’on retrouve dans L’Étranger : « Ce quartier, cette maison ! Il n’y avait qu’un étage et les escaliers n’étaient pas éclairés. Maintenant encore, après de longues années, il pourrait y retourner en pleine nuit. Il sait qu’il grimperait l’escalier à toute vitesse sans trébucher une seule fois. Son corps même est imprégné de cette maison. Ses jambes conservent en elles la mesure exacte de la hauteur des marches. Sa main, l’horreur instinctive, jamais vaincue, de la rampe d’escalier. Et c’était à cause des cafards. »

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Voici la structure de l’essai-recueil :

Préface de Camus

  1. L’ironie.
  2. Entre oui et non.
  3. La mort dans l’âme
  4. Amour de vivre
  5. L’Envers et l’Endroit

Cinq nouvelles donc, très autobiographiques, très romanesques, que je n’aurais pas qualifiées d’essai même si bien sûr elles contiennent toutes une forme de morale et qu’on y voit véritablement poindre toute la philosophie de Camus, et tous les thèmes qui lui sont chers : la vie, la mort, mais surtout le Soleil et la mer, les paysages sublimes contre l’être humain, contre la pauvreté. Le personnage de Meursault à venir, aussi. Le Meursault de L’Etranger vit en effet dans le même quartier d’Alger que les personnages de L’Envers et l’endroit, dans son petit appartement sans confort et n’a guère comme loisirs que les amis et la plage.

L’Envers et l’Endroit, c’est un peu le Entre oui et non de sa nouvelle, où l’Envers est synonyme d’angoisse face à l’étrangeté et au silence du monde, l’absence apparente de prise sur ce monde, l’Endroit symbolisant la beauté, l’acceptation de ce monde incompréhensible. Un personnage comme Meursault dans L’Étranger est partagé entre ces deux pôles, comme Camus aussi écrivant qu’« il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre » dans Entre oui et non. Comment expliquer, traduire la beauté éphémère d’un coucher de soleil, sinon par cette bascule entre va et vient, entre l’endroit et l’envers, seule par exemple la solidarité dans La Peste permet de lutter contre la solitude et rend les hommes plus forts. Ici, dans ces différentes nouvelles, les vieillards surtout, comme cette femme dans le dernier texte qui a donné son nom à l’ouvrage, font eux-mêmes leur propre malheur, basculent dans ‘l’envers’ sans même en avoir conscience.

La première nouvelle Ironie raconte la solitude de plusieurs vieillards face à la mort, et la vie qui continue malgré tou.

La deuxième Entre oui et non parle beaucoup de la figure de la mère et commence ainsi : « S’il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d’inhumain qui m’habite aujourd’hui ».

La troisième raconte un voyage à Prague. Elle contient dans son titre, La Mort dans l’âme, ce qu’elle exprime.

Amour de vivre, quatrième nouvelle, parle de création et de passion, d’amour de la vie.

Dans L’Envers et l’endroit, cinquième nouvelle qui a donné son nom au recueil, Camus raconte l’histoire d’une femme qui préfère l’envers en préparant sa sépulture (sans métaphore aucune !) plutôt que de vivre. Dans cette nouvelle, on lit cette citation que j’ai aimé :

« Le grand courage c’est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière, comme sur la mort, (…). Si j’écoute l’ironie (cette garantie de liberté dont parle Barrès), tapie au fond des choses, elle se découvre lentement. Clignant son œil petit et clair : « Vivez comme si… » dit-elle. Malgré bien des recherches, c’est la toute ma science »

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La Petite poucette de Michel Serres

On m’avait dit énormément de bien de ce petit essai signé par l’académicien Michel Serres. C’est peut-être parce que j’en attendais donc beaucoup que j’ai été un tout petit peu déçue par ce livre. Je dis un tout petit peu, parce que pourtant, je le conseille à absolument tout le monde. Tout le monde. 

Comprenez moi bien : ce livre est une merveille mais il est trop court. Il met effectivement le doigt sur une évolution majeure de la société (après la révolution de l’écriture et du papier, puis celle de l’imprimerie, voici venue la révolution internétique), il montre combien tout doit être repensé en fonction de cette nouvelle façon de vivre, il explique bien que tout reste à faire, il donne de belles métaphores (celle de la tour Eiffel et de la pyramide d’Egypte qui se transformeraient en d’éventuelles pyramides numériques est exquise) mais il ne donne évidemment pas de solution. 

C’est un peu frustrant, évidemment, mais on comprend très bien pourquoi Michel Serres n’en donne pas, il le dit très bien lui même : tout reste à faire ! 

Et suivre cette petite poucette (il invente ce mot pour désigner les individus de la génération 2.0 qui tapent plus vite que leur ombre avec les deux pouces sur un tout petit clavier) dans le nouveau monde qui est le sien (le notre) est très instructif et très amusant. 

Image Voici la quatrième de couverture : 

Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer. Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises. De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» – clin d’oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces. Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique… Ce livre propose à Petite Poucette une collaboration entre générations pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible.