Instruction en famille : Interview de Eve Herrmann, créatrice des cahiers-h et maman de Liv et Emy.

L’IEF ou l’instruction en famille reste marginale en France. Pourtant quelques dizaines de milliers de familles la pratique et ce malgré les a-priori souvent négatifs. J’avais commencé avec Amandine, la maman d’Apolline et de Paul, une série d’interview sur le sujet au début de l’été. Voici enfin la deuxième interview : c’est Eve, maman de deux petites filles, déjà bien connue du monde de l’IEF puisqu’elle détaille dans un très joli blog son quotidien et celui de ses enfants et qu’elle participe à la rédaction pour les éditions Nathan de livres Montessori, qui s’y colle. Merci à elle pour ses réponses précises, qu’elle m’excuse d’avoir mis si longtemps à publier ici son partage d’expérience.

                                                    Une des filles de Eve au travail. Photo : Eve Herrmann 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Eve Herrmann. Je vis à Lyon avec mon mari et nos deux filles : Liv et Émy. Avant d’avoir des enfants j’étais graphiste indépendante, mais l’arrivée des filles a chamboulé beaucoup de choses et m’a dirigée vers de nouvelles expériences.

Aujourd’hui elles ne vont pas à l’école et nous apprécions ensemble chaque jour et ce qu’il a à nous offrir.
Je suis passionnée de pédagogie (notamment Montessori, pour laquelle j’ai suivi plusieurs formations), j’aime écrire et prendre des photos. Je travaille actuellement pour les éditions Nathan, pour leur gamme Montessori, et depuis cette année, j’ai créée avec mon mari une petite marque de cahiers : les cahiers H. Imaginés au départ pour nos filles, ces cahiers ont pris leur envol et sont disponibles à la vente sur notre petite boutique en ligne (www.cahiers-h.com).

  • Depuis quand pratiques-tu l’instruction en famille (IEF) et pour des enfants de quelles classes ?

Nous avons déscolarisé les filles il y a deux ans. Émy terminait sa moyenne section et Liv son CP. Aujourd’hui Émy a 6 ans et demi et Liv en a 9.

  • Tes enfants ont donc déjà été à l’école. Combien de temps ? Aimaient-ils ça ?

Liv a commencé l’école à 4 ans. Mais ça n’était pas vraiment l’école. Elle suivait des ateliers Montessori chez une amie. Puis avec cette amie et d’autres personnes nous avons ouvert une école Montessori. Liv y a donc poursuivi sa scolarité jusqu’à notre déménagement à Lyon, où elle est entrée au CP, dans une école privée à pédagogie classique.
Émy avait commencé à fréquenter un peu la classe des 3-6 ans, quelques matinées, avant que nous partions pour Lyon, où elle a fait une année de moyenne section.
Les deux filles n’avaient pas de problèmes avec l’école, tant qu’elles étaient à l’école Montessori. Arrivée en CP, Liv qui savait déjà lire et écrire, s’ennuyait un peu et trouvait que c’était très répétitif. Émy ne voulait parfois pas y aller et c’était difficile de la lever le matin… heureusement elle s’était fait une amie, et cela lui donnait du courage pour se rendre à l’école, car elle aussi s’y ennuyait. Mais elles ne se plaignaient pas plus que ça de l’école et ne semblaient pas y être malheureuses.

  • Pourquoi as-tu pris la décision de déscolariser tes filles et de pratiquer l’IEF ?

Mon mari et moi travaillons à la maison. Nous gérons notre temps de travail, nos horaires… nous avons de ce fait une très grande liberté et une souplesse agréables. Avec l’école nous étions obligés de lever les filles (alors qu’elles dormaient à points fermés !), de les presser souvent pour être à l’heure… nous partions toujours en courant pour arriver à l’école à la dernière minute ! J’allais les chercher pour qu’elles mangent avec nous le midi, et rebelote, il fallait repartir… je devais toujours les interrompre en pleine activité passionnante pour les accompagner à l’école. Et le soir, la course pour réussir à se coucher assez tôt pour être en forme le lendemain !
Bref, ce petit rythme imposé par l’école nous a pesé au cours de cette année dans une école classique. Nous ne nous sentions pas très bien d’imposer cela à nos enfants, alors que nous étions à la maison, tranquilles, à gérer notre temps comme nous le souhaitions. Il y avait là pour nous une incohérence.

En plus de cela, la pédagogie classique, où tout le monde avance à peu près au même rythme, apprenant la même chose au même moment ne me convenait pas trop et de moins en moins au fil de l’année. J’ai vu l’intérêt d’Emy pour la lecture et l’écriture décroitre à mesure que l’année avançait. Elle se conformait aux attentes de sa classe.

Nous avons alors cherché d’autres écoles. Nous avions évidement pensé à Montessori, se trouvant de plus à deux pas de chez nous ! Mais le tarif, beaucoup trop élevé nous a découragé. Nous avons visité l’école Steiner et envisagé d’y inscrire les filles. Mais cela voulait dire déménager moins loin de l’école… et encore une fois, les frais de scolarité étaient élevés… Bref, les écoles qui auraient pu nous plaire étaient chères.

C’est ce qui nous a amené à penser à l’IEF. Nous n’avions pas envie de dépenser notre argent dans une école, qui ne nous satisfaisait pas à 100%. Et puis une école, quelque soit la pédagogie, reste une école…

A partir du moment où l’idée de l’instruction en famille a germé en nous, nous n’avons plus pu faire marche arrière. Cela nous a semblé évident ! Comme la réponse que nous cherchions depuis un moment sans la trouver. Par rapport à notre mode de vie, à nos envies de voyages, peut-être de déménager à l’étranger, à notre envie d’être libres et sans attaches… ce choix était évident.  L’idée a grandi et s’est imposée comme étant la meilleure solution à tester ! Et nous nous sommes lancés.

  • Pratiquer l’instruction en famille implique forcement pour l’un des parents de dédier tout son temps à l’éducation des enfants. C’est une idée compliquée pour moi qui aime aller travailler (je suis prof !) et qui multiplie les projets personnels. Est-ce un sacrifice ? Comment gérer cette absence de temps pour son épanouissement personnel ?

Chez nous en effet, c’est moi qui prends en charge les filles la plus grande partie du temps. C’est souvent le cas, chez beaucoup de familles. Mais j’en connais qui se partagent le temps, ou d’autres où c’est plutôt le papa. Et il y a également des familles où les deux parents travaillent.

Même si je m’occupe des filles la journée, j’ai conservé mon travail. Je suis indépendante et libre de gérer mon temps et de travailler au moment où cela m’arrange. Souvent le soir, donc. Évidement, je gagnerais peut-être un peu plus d’argent en étant à 100%, car j’aurais plus de projets, mais c’est très bien ainsi. Nous n’avons pas besoin de plus.

Autrement pour la question du sacrifice, je ne vois pas du tout cela comme ça. Si c’était un sacrifice pour moi de faire cela, et bien… je ne le ferais pas ! Aucun enfant n’a besoin que ses parents se sacrifient. Faire quelque chose qui ne nous rend pas heureux n’a pas de sens, et ne rendra pas nos enfants heureux.
Je n’ai pas le sentiment de manquer de temps. Au contraire ! Mon temps n’est plus morcelé par les allers-retours à l’école et les plannings obligatoires. Nous gérons notre temps tranquillement et nos journées sont lentes, douces, à notre rythme propre. J’ai des projets plein la tête et ce ne sont pas mes filles qui vont m’empêcher des les réaliser.

Elle font parties de ma vie et des mes projets aussi ! Cette année nous avons créé notre marque de cahiers. Les filles ont participé au projet, elles ont tout suivi, elles ont donné leur avis, fait des recherches de noms, testés les prototypes… elles ont fait les assistantes photos, les mises en scène… tout cela était vraiment très chouette à vivre en famille. Elles ont appris que l’on peut réaliser ses idées, avec de l’enthousiasme et peu de moyens ! Alors, non, pas de sacrifice ici, ni de regret ou de sentiment que l’IEF m’empêche de faire ce que j’ai envie. Bien au contraire, mes projets ont pris de la profondeur et une raison d’être.

  • Financièrement l’IEF implique également un salaire en moins dans le foyer. Est-ce nécessaire que l’autre parent gagne bien sa vie pour vivre paisiblement ? Comment joindre les deux bouts de cette façon ?

Cela n’implique par forcément un salaire en moins. C’est parfois le cas, mais pas toujours. Beaucoup de maman travaillent à mi-temps ou à la maison comme moi.
Quoi qu’il en soit, il y a une chose que nous avons remarqué, mon mari et moi : faire le choix de l’IEF nous mène sur un chemin différent, nous invite à une réflexion plus approfondie sur les pratiques de la société. Quand on commence à dire non à quelque chose d’aussi ancré et établi que l’Éducation Nationale on glisse rapidement vers d’autres NON. Non au gaspillage alimentaire, à la surconsommation, au plastique et à la pollution… et nous disons plutôt oui à l’alimentation saine, naturelle et simple, oui à la simplicité volontaire, oui à la lenteur…

Finalement nous faisons des économies. Nous dépendons moins aujourd’hui qu’avant !

Photo : Eve Herrmann

  • Que pensent tes enfants de l’IEF ? Quel point de vue ont-ils sur l’école ? Cela leur manque ?

Évidement, les filles donnent leur avis sur la question et chaque année nous allons vérifier qu’elles veulent continuer ainsi.

Mais voici leurs réponses à cette question :

Émy :
« J’aime l’école à la maison parce que je travaille avec maman, et que je choisis ce que je fais. J’aime qu’on ne puisse pas être envoyé au coin comme à l’école, et que nos cahiers ne soient pas gribouillés au stylo rouge. Et maman a créé des cahiers que j’adore ! Je les aime parce que je peux faire un dessin pour illustrer le texte.
J’aime bien aussi parce qu’on travaille seulement le matin et qu’on joue l’après-midi, et qu’on va souvent au parc de la Tête d’or. Ce que je préfère faire ce sont les maths, l’étude de la nature (j’aime aller dessiner la nature au parc) et apprendre à reconnaître et dessiner les oiseaux. Ceux que je préfère sont la gorge-bleue, le troglodyte mignon, le rouge-gorge et le colibri. »

Liv :
« J’aime étudier à la maison parce que j’ai le droit de dessiner autant que je veux ! Je dessine tout le temps ! J’ai plein de copines qui ne vont pas à l’école comme moi et je les vois souvent. On organise des activités ensemble – comme par exemple un Book Club que j’ai créé, parce que j’aime la lecture.
J’aime aussi beaucoup le Japon et les mangas, j’en dessine beaucoup. J’aime travailler sur la nature et tous les animaux. J’aime tellement les animaux que je pense que je sauverai les animaux quand je serai grande !
Et je les dessinerai aussi. J’aime beaucoup faire un dessin sur un sujet que nous étudions et écrire un texte (j’aime l’histoire des hommes et des civilisations anciennes et aussi l’histoire des vêtements).
L’ief c’est beaucoup plus amusant que l’école et je suis plus libre ! Je peux choisir ce que je fais. L’année prochaine j’ai décidé d’apprendre le piano. »

  • Penses-tu les scolariser de nouveau un jour ? Penses-tu qu’il y ait un âge limite pour pratiquer l’IEF et qu’il faille réintégrer le système scolaire au collège par exemple ?

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« L’école nouvelle » expliquée depuis ses prémices, en 1920 : un documentaire d’Arte à voir

Le film commence par la récitation de patriotisme, une leçon que tous les enfants récitaient alors chaque jour à l’école et où ils devaient dire vouloir devenir « un bon citoyen et un bon soldat ». Ces enfants là, ceux qui récitaient cette leçon, sont pour beaucoup morts sur le front à peine adolescents. L’école d’alors, qui voulait former des citoyens éclairés, forme aussi toute une société à l’obéissance, jusqu’au sacrifice. Assez de soumission, il faut rompre avec la vieille école, inventer une éducation nouvelle, pour un enfant nouveau, qui ne fera plus jamais la guerre. Des écoles laboratoires sont créées dès les années 1920 dans toute l’Europe. Ce documentaire sublime d’Arte rappelle que la mode des écoles Montessori, Steiner, Freinet ne date pas d’hier mais d’il y a un siècle, il retrace l’histoire de ce mouvement avec précisions et continue d’ouvrir la voie.

« L’innovation pédagogique doit se faire au sein de l’école publique »

Philippe Meirieu, je l’avais interviewé, chez lui, dans son appartement lyonnais débordant de livres, quand je n’étais pas encore prof et toujours journaliste. Plusieurs années après, je l’ai contacté pour lui demander  des conseils pour mon inscription à l’ISPEF (Institut des sciences et des pratiques d’éducation et de formation), il prenait alors sa retraite mais m’a aiguillée vers un de ses collègues avec beaucoup de bienveillance. Aujourd’hui, en raison des nombreux livres qu’il a écrit, de sa carrière universitaire brillante, de son aura auprès des politiques, il est toujours l’un des plus grands spécialistes des sciences de l’éducation et des pédagogies. Il est classé parmi les « pédagogo » dont je fais moi aussi partie, c’est à dire ceux qui veulent secouer l’école, n’en déplaise aux professeurs davantage partisans de la méthode traditionnelle…. Il est adulé ou décrié. Et moi, j’ai tendance à l’aduler. C’est pourquoi je retranscris ici une interview réalisée par le journaliste Naïri Nahapétian pour AlterEco. 

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Crédit photo Le Nouvel Observateur 

Le discours sur une alternative scolaire hors de l’Education nationale se développe. Porté par différents courants, il pourrait ouvrir la voie à une balkanisation et une marchandisation de l’école. Or les innovations pédagogiques existent au sein de l’école publique. Il suffit de les promouvoir, explique Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie.

L’école innove-t-elle aujourd’hui ?

Parlons-nous de l’innovation dans l’Education nationale ou bien de la myriade d’innovations qui se développent actuellement à sa marge ? Avec l’approche des élections présidentielles, se fait jour un débat important opposant, souvent de manière peu lisible par l’opinion publique, ceux qui affirment que l’innovation pédagogique doit se faire au sein de l’école publique et ceux qui pensent qu’elle est impossible dans le système actuel et ne peut se faire qu’en dehors du « carcan » de l’Education nationale.

On trouve, parmi les tenants de cette dernière voie, aussi bien des personnalités de droite qui professent des méthodes très traditionnelles, fondées sur la répétition, la mémorisation et la discipline, avec un discours fort autour du « rétablissement de l’autorité », que des militants de certains courants de l’Education nouvelle, autour des pédagogies Montessori et Steiner par exemple, voire proches de la mouvance libertaire, qui ont, eux, pour ambition de « lutter contre tout formatage scolaire » et de développer la créativité des enfants que l’école traditionnelle serait incapable de prendre en compte.

Se côtoient ainsi dans un même combat pour la « liberté scolaire » des libéraux élitistes, des « républicains » nostalgiques et des « alternatifs » marginaux. Cette convergence entre une conception ultra-libérale et une vision autogestionnaire de l’éducation me paraît préoccupante. D’autant que ce mouvement se rapproche désormais des tenants de la déscolarisation, comme André Stern, qui, au nom d’une certaine conception de l’enfance, affirment que l’école « abîme » systématiquement les enfants et que seule « l’école à la maison », dans la nature, peut permettre un développement harmonieux.

Enfin, n’oublions pas que toute cette mouvance commence à intéresser certaines factions religieuses et que tous ces courants se retrouvent souvent sur des positions communes. Ainsi, quand le ministère de l’Education a pris, cette année, des initiatives pour contrôler un peu plus ce qui se passait au sein des établissements hors contrat et dans le cadre de l’éducation à la maison, on l’a aussitôt accusé de prendre des mesures liberticides ! Il s’agissait pourtant de propositions tout à fait modérées qui allaient dans le sens de la protection des enfants.

Cette idée d’alternative à l’école publique est-elle portée politiquement ?

En réalité, et quel que soit l’habillage idéologique dont elle se pare, la proposition de créer un réseau parallèle à l’Education nationale ouvre la voie à une dangereuse libéralisation. Alain Madelin avait proposé, il y a déjà une vingtaine d’années, d’instaurer le « chèque éducation » pour tous. Il est fondé sur une idée simple : diviser le total des dépenses éducatives du pays par le nombre d’enfants scolarisés et donner un chèque du montant de la somme obtenue à chaque parent qui sera libre de choisir l’établissement souhaité pour sa progéniture. Tous les établissements scolaires tireraient leurs revenus de ces chèques. Et, bien sûr, ceux qui verraient la file d’attente s’allonger à leur porte pourraient sélectionner les élèves dont ils accepteraient les chèques. Ou bien, comme cela se passe aux Etats-Unis, augmenter les effectifs des classes en répercutant la hausse de leurs revenus sur le salaire de leurs enseignants. On verrait ainsi s’instaurer un véritable marché éducatif où les établissements seraient en concurrence les uns avec les autres…

Les candidats de droite comme Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou Bruno Lemaire ne vont pas jusque-là, mais ils participent à cette libéralisation en proposant d’alléger encore la carte scolaire, d’intégrer de plus en plus les écoles privées dans les choix de politiques éducatives et de donner aux chefs d’établissements un pouvoir élargi de recrutement. Ils jouent sur un malentendu fondamental autour de la notion d’autonomie des établissements. Je n’y suis pas, pour ma part, opposé. Mais alors que je prône une autonomie à partir d’un cahier des charges national bien identifié, les défenseurs de cette conception de l’école vont parfois, eux, jusqu’à revendiquer la possibilité de s’exonérer des programmes, voire de s’émanciper de toute tutelle ministérielle. Certes, ils arguent de leur bonne foi : ils veulent « restaurer l’Ecole de la République » et la « méritocratie républicaine », mais, quand on regarde de près leurs propositions et leurs références, on s’aperçoit vite qu’ils sont favorables à une mise en concurrence des établissements ne pouvant qu’accroître les inégalités scolaires.

Cela vous semble-t-il inquiétant ?

L’essor de l’offre alternative privée demeure faible en pratique. Si les écoles privées sous contrat regroupent désormais environ 20 % des élèves, les écoles privées hors-contrat n’en représentent qu’une très faible part (environ 2 %).

On est loin des chiffres que peuvent afficher dans ce domaine le Royaume-Uni et les Etats-Unis. De même, seuls 0,3 % des enfants sont scolarisés à la maison en France, soit près de 30 000 personnes (contre plus de 2 millions aux Etats-Unis).

Mais la montée du discours et la lame de fond idéologique en faveur d’une alternative éducative privée, ayant une large autonomie par rapport à l’Etat, sont bien réelles et constituent un phénomène sociologique important. Il s’appuie sur le mécontentement de nombreuses familles par rapport à la manière dont elles sont traitées dans l’Education nationale, mais aussi sur l’aspiration des minorités religieuses attentives à l’expression de leur différence culturelle, comme sur le développement de toutes les formes de ghettos sociologiques et d’aspiration à l’« entre-soi ». Cela entraîne le risque de voir se développer une babélisation où chaque clan aurait son école : il y aurait celle du patronat, des minorités religieuses, des libertaires, des artistes et intellectuels, des « républicains », ou celle des écologistes…

Or, l’objectif de l’école publique n’est pas seulement d’instruire chaque individu séparément mais d’éduquer ensemble des citoyens différents pour qu’ils apprennent à se respecter et à construire une société solidaire. La France est le seul pays européen dont l’Etat-Nation se soit construit en s’appuyant aussi fortement sur l’Ecole, en faisant du « vivre-ensemble » un des objectifs majeurs de son système scolaire. Ce terme est, certes, galvaudé – on peut « vivre ensemble » dans l’injustice ou l’indifférence – et je préférerais qu’on parle de « faire ensemble société », mais cet idéal de l’école républicaine pour tous a persisté durant des périodes historiques variées de Guizot à Jules Ferry, De Jean Zay à René Haby ou Alain Savary, et jusqu’à aujourd’hui. Qu’il soit ouvertement remis en cause et avec une telle convergence d’horizons idéologiques hétérogènes est vraiment nouveau.

Comment expliquer ce phénomène ?

Le système éducatif, depuis le milieu des années 1990, ne parvient plus à réduire les inégalités. Les écoles et les établissements se ghettoïsent et la fracture scolaire s’accroît. Ajoutez à cela le fait que durant trois ans, après la suppression des IUFM (Instituts de formation des maîtres) en 2010 et avant l’ouverture des ESPE (Ecoles supérieures de professorat et de l’éducation) en 2013, les enseignants débutants n’ont pas été formés… et qu’ils le sont assez mal aujourd’hui. Ajoutez-y également les problèmes liés à l’affectation des jeunes enseignants dans les établissements difficiles, au manque de stabilité des équipes, à l’affaissement des structures d’éducation populaire, aux difficultés familiales et à la crise économique, bien sûr… et vous avez une Education nationale fragilisée, en perte réelle de légitimité sociale et politique.

D’autant plus que nous avons assisté à un mouvement de fusion des écoles et des établissements au nom de la sacro-sainte économie d’échelle. Or cette notion appliquée aux domaines de l’humain est absurde ! Car le coût social de ces mesures est finalement énorme : anonymat, incivilités et violences, difficulté de suivi personnel des élèves et de contacts réguliers avec les familles… Cette montée de la logique gestionnaire – qui détermine les « primes » des recteurs – s’est soldée par une diminution de la qualité des relations et le sentiment des parents de se trouver en face d’une « machine » qui fait peu de cas des situations individuelles.

Or, ce phénomène s’accélère justement au moment où la demande sociale est inverse : nous voulons des petites structures à taille humaine, nous voulons être entendus dans nos singularités. Plus largement, on assiste à la montée de l’individualisme social qui se manifeste par une perte de confiance dans l’Etat, les services publics, le système de santé, la justice ou l’Ecole.

Les familles n’adhérent plus aveuglément à ces institutions et cherchent à tirer le meilleur parti de leurs services. Mes parents qui étaient royalistes m’ont confié à un instituteur communiste sans se poser la moindre question ! Ce n’est plus le cas. Les familles estiment qu’elles peuvent intervenir auprès des enseignants et dialoguer avec eux sur tous les sujets déterminants pour l’avenir de leur enfant. L’Education nationale est ainsi prise en tenaille entre son impuissance à réduire les inégalités et l’accroissement des exigences des parents.

Mais, justement, pourquoi n’innove-t-elle pas davantage face à ces difficultés ?

Depuis des décennies, l’Education nationale enjoint aux enseignants d’innover tout en les suspectant dès qu’ils le font ! Car la hiérarchie vous laisse tranquille tant vous ne mettez en place aucune innovation. En revanche, vous devez vous justifier et être évalué en permanence dès que vous avez un projet pédagogique différent. De plus, les collègues pédagogues sont souvent marginalisés au sein de leurs établissements. Et même des projets d’écoles ou d’établissements inspirés de Célestin Freinet qui se déploient depuis des années sont à la merci de tel ou tel changement de personnel au sein du rectorat.

Bien-sûr, les cadres de l’Education nationale ne sont pas les seuls responsables de ces résistances au changement. Certaines organisations d’enseignants ont joué un rôle considérable en empêchant le système de se rénover, contribuant ainsi à la fuite de certaines familles. Nous sommes face à une institution qui donne le sentiment d’être empêtrée dans des formes archaïques. Malheureusement, par ses dysfonctionnements, elle donne des arguments à tous ceux qui rêvent de libéraliser complètement le système. C’est pourquoi je continue à militer pour une innovation constructive au sein de l’école publique, portée par les enseignants et les cadres éducatifs mais s’inscrivant dans des finalités nationales bien identifiées et partagées. Sans cela, je crains que nous ne puissions éviter l’explosion.

La sociologue Marie Duru-Bellat propose de s’inspirer de la « literacy hour » britannique1, quitte à limiter la liberté pédagogique des enseignants…

Chacun donne un sens différent aux mêmes mots. Et le débat éducatif est tellement empreint d’idéologie qu’il faut manier les concepts avec prudence. Si la liberté pédagogique signifie avoir le droit d’humilier les enfants quand ils ne réussissent pas, je suis évidemment contre ! Si cela consiste à choisir ses exercices d’application en fonction des élèves, à inventer en équipe des chemins nouveaux pour accéder à une culture exigeante, je ne vois pas comment on pourrait s’y opposer.

Mais il faudrait sans doute que cette liberté pédagogique s’accompagne de son pendant nécessaire : un code de déontologie enseignante. Celui-ci devrait être, bien sûr, conçu par les acteurs de l’éducation, et il permettrait, justement, de leur laisser plus de liberté. Dans une société où la confiance dans les institutions s’est effritée, la liberté sans déontologie me paraît, en effet, laisser la porte ouverte à des systèmes de contrôle permanents : c’est d’ailleurs ce qui se passe aujourd’hui et ce qui, tout à la fois, infantilise les acteurs et décourage les innovations.

Il existe tout de même des innovations qui sont désormais appliquées à une large échelle ?

Rappelons, tout d’abord, que, dans beaucoup d’écoles et d’établissements, il y a du beau travail. Trop peu reconnu et encouragé, mais porté par des enseignants qui croient vraiment dans leur métier : c’est cela l’essentiel. Je vois tous les jours des professeurs porteurs d’initiatives dans des domaines aussi divers que les langues anciennes ou les mathématiques, l’écologie ou la culture : ils devraient bénéficier de budgets pédagogiques pour les aider.

Par ailleurs, il existe des « établissements expérimentaux », comme les « micro-lycées » aux projets pédagogiques passionnants. Mais ils restent marginaux car souvent réservés aux élèves en difficulté. C’est dommage de cantonner l’innovation pédagogique à un rôle de remédiation alors que tous pourraient en profiter.

Néanmoins, progressivement, un certain nombre d’idées inspirées des pédagogies actives sont entrées dans les mœurs. Les TPE (Travaux personnels encadrés nés avec la réforme des lycées de 1998) ont inspiré les actuels EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires). Et des temps sont désormais consacrés, un peu partout, au suivi personnel des élèves. Plus important encore : je crois que les enseignants ont maintenant conscience que les enfants doivent travailler en classe ; ils ne sont pas là pour écouter des cours et rentrer faire leurs devoirs à la maison, ils doivent travailler effectivement avec le professeur. Et le fait de s’appuyer sur des documents, d’accompagner les élèves dans leurs recherches et d’organiser des débats avec eux fait maintenant partie du quotidien des enseignants. Car leur rôle, tout autant que de transmettre un savoir, est d’apprendre aux jeunes à se repérer dans un monde saturé d’informations.

L’idée de stimuler la coopération entre élèves, y compris de niveaux différents fait également son chemin. Et, si les classes multiâge, très stimulantes pour les enfants, ne sont pas encore promues par l’Education nationale, l’entraide est heureusement encouragée, dans la classe et entre les classes. Elle peut jouer un rôle considérable dans la réussite scolaire, notamment pour les garçons, qui ont moins l’habitude de s’entraider en classe que les filles. Confrontés à des plus petits, ils se sentent en effet stimulés dans un rôle d’accompagnement où on les valorise peu habituellement.

De même, la promotion de l’écrit, par des méthodes inspirées de Freinet, permet d’améliorer la maîtrise de la langue dans de nombreux établissements où les enfants sont incités à écrire des lettres en classe ou à tenir un journal. C’est d’autant plus important que l’entrée dans l’écrit et la découverte du plaisir d’écrire sont des enjeux absolument essentiels.

Le numérique peut-il contribuer à ces innovations pédagogiques ?

Le recours au numérique, dans toutes ces transformations, peut s’avérer être la meilleur et la pire des solutions. Les élèves savent s’en servir techniquement mais demeurent culturellement démunis face à leur usage. Il faut donc voir cela comme une merveilleuse occasion pour l’Ecole d’apprendre aux jeunes à prendre une distance critique vis-à-vis de l’information. Comment se documenter sérieusement ? Autant de questions désormais incontournables.

Et si internet encourage des pulsions parfois agressives, souvent narcissiques et inutiles, comme la pulsion d’achat, il faut s’appuyer sur l’Ecole pour y résister. Utilisées intelligemment, ces technologies peuvent développer l’esprit critique des élèves, leurs capacités de résistance, y compris au consumérisme. Nous vivons dans une société qui, grâce à ces outils, est dans le culte de l’immédiateté. L’institution scolaire peut devenir le lieu d’une décélération où l’on prend le temps d’apprendre et de réfléchir.

  • 1.Une heure durant, les professeurs britanniques doivent enseigner l’anglais selon des instructions pédagogiques définies. Ce système d’encadrement du travail des enseignants a ensuite été décliné en mathématiques, avec la « numeracy hour ».

Le buzz de cette semaine : Céline Alvarez

Tous les médias sur lesquels Céline Alvarez fait la promotion de son livre cette semaine la présente comme une « institutrice devenue pédagogue »… Evidemment la formulation fait mourir de rire les profs puisqu’un prof ou un instit qui n’est pas pédagogue aura bien du mal à faire son métier. Autrement dit, difficile d’être l’un sans l’autre. Céline Alvarez était donc institutrice, elle a tenté une « expérience » dans une école maternelle pendant deux ans, l’expérience s’est révélée pertinente puisque les résultats des enfants se sont améliorés… mais comme le mammouth de l’éducation nationale est long à bouger et qu’on ne lui a pas donné le prix Nobel tout de suite, Céline Alvarez a préféré quitter l’éducation nationale pour faire des conférences et écrire des livres en disant qu’il faut tout cramer de l’éducation nationale et recommencer.

Dans l’ensemble, j’aime beaucoup ce qu’elle dit, et je suis d’accord avec elle sur beaucoup de choses. J’aime bien aussi qu’elle fédère derrière elle des instits (surtout des instits, et non des profs puisque sa méthode concerne d’abord la maternelle). Mais je suis quand même embêtée par plein de choses.

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Robert Doisneau « Arithmétique mentale » 1956

D’abord, par le fait qu’elle monétise son savoir qui n’est pas le sien (voir paragraphe suivant) à travers un livre qui se vend comme des petits pains et à travers des conférences au lieu d’être dans le bateau. Cependant, il paraît que la ministre de l’EN l’a contactée et qu’elle a un rendez-vous avec elle dans 10 jours : peut-être alors qu’elle décidera de bosser de l’intérieur même si elle est moins mise en avant alors, forcement ; et même si c’est plus lent… Education Nationale oblige.

Ensuite (et surtout), je suis embêtée parce que tout ce qu’elle avance, Maria Montessori l’a déjà avancé et que ça, Céline Alvarez le dit très peu (elle le dit très vite fait). Effectivement, elle explique que les neurosciences (nouvelle discipline fétiche d’une partie des sciences de l’éducation) prouvent que toutes les hypothèses de Maria Montessori étaient justes (l’enfant apprend en faisant seul, dans l’action ; l’enfant apprend quand il est intéressé et non quand on lui impose un sujet, etc.). Mais pas besoin d’écrire un bouquin pour simplement plagier les idées de Montessori et ajouter à la fin : les neurosciences ont tout validé, on peut y aller. Dans la même perspective, je ne comprends pas qu’elle défende avec force le projet qu’elle a mené dans une maternelle à Gennevilliers comme l’exemple et le modèle à suivre, un exemple et un modèle que tout le monde appelle révolutionnaire alors qu’il me semble qu’il ne s’agit en fait là que d’une expérience Montessori, ce que font déjà des dizaines d’écoles Montessori en France, avec sans doute les mêmes résultats. J’ai regardé une bonne partie de sa dernière conférence, j’ai lu beaucoup de ses articles et interviews et je ne peux m’empêcher de penser qu’hormis être un as en com’, elle n’invente rien et oublie de dire que déjà des centaines d’institutrices font ce qu’elle préconise dans leurs écoles privées Montessori.

Enfin, je suis embêtée parce que sa méthode ne parle que de la maternelle et moi, je suis une professeure de collèges et de lycées, mais ça, ce n’est vraiment pas sa faute.

Par ailleurs, ce buzz autour de la sortie de son livre a deux avantages. D’abord celui de rappeler qu’il faut faire bouger l’école et aussi celui de remettre en avant les pratiques Montessori (dommage qu’elle ne les appelle pas vraiment comme ça) dans toutes les écoles maternelles publiques de France. Affaire à suivre donc, pour voir si ce hold up sert à quelque chose ou non.

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Pour les non-initiés je vous mets ci-dessous l’une des nombreuses interviews de Céline Alvarez parues ces 3 derniers jours, puisque toutes les idées qu’elle défend, qui sont en fait les idées de Montessori, sont très pertinentes et méritent d’être mise en avant (interviw de l’Obs) :

Dans un livre-manifeste, dont « l’Obs » publie les bonnes feuilles, Céline Alvarez raconte l’expérience pédagogique qu’elle a menée dans une maternelle de Gennevilliers, qui a fait d’enfants en difficulté des petits cracks épanouis. Interview.

Vous dites, dans votre livre, que notre école a « tout faux », pourquoi ?

– 40% des élèves sortent du CM2 avec des retards en lecture et en mathématiques, ce qui les handicape lourdement pour la suite de leur scolarité. Ce constat est inacceptable. Comment imaginer que la moitié des enfants ou presque, ne soit pas en mesure d’apprendre à lire, écrire et compter, des savoir-faire élémentaires ? Je ne mets pas les enseignants en cause. Ils s’épuisent à pousser sans arrêt des enfants démotivés. C’est donc la méthode qui n’est pas adaptée.

Notre école est fondée sur des traditions jamais remises en cause : elle rassemble les enfants par âge, elle choisit leurs activités et confie à un maître le soin de déverser vers eux des connaissances. Or les recherches récentes des neurosciences et de la psychologie cognitive prouvent que l’esprit humain n’apprend pas de cette façon. Comme de nombreux pédagogues l’avaient pressenti, à commencer par Maria Montessori, on sait maintenant que l’enfant apprend en agissant. Et ce, dès la naissance !

Le bébé est naturellement avide d’expériences, il explore le monde autour de lui. Il apprend à parler sans manuel, simplement en échangeant avec nous. A quelques mois, il peut détecter une erreur grossière d’addition, ou repérer une erreur dans une autre langue que la sienne. Il possède une mécanique d’apprentissage époustouflante. Mais l’école, qui ne la prend pas en compte, a tendance à l’étouffer.

D’où vous est venue cette vocation de révolutionner l’école ?

– Sans doute un souci de justice sociale, et le sentiment d’un vaste gâchis. Déjà à 9 ans, à Argenteuil (Val-d’Oise) où j’allais en classe, je me souviens d’avoir été indignée de la manière dont l’école fonctionnait. J’avais spontanément préparé un exposé sur la reproduction des fleurs, et lorsque j’ai voulu le présenter à mes camarades, la maîtrise a refusé parce que cela bousculait son programme. Elle n’y pouvait rien, elle aurait aimé accédé à ma demande, mais ça n’était pas possible. J’ai compris que ce système étouffait les élans des enfants comme celui des enseignants. J’étais petite encore, mais cela m’a indignée! Cette indignation ne m’a plus quittée.

Après votre master en sciences du langage, en 2009, vous passez le concours de professeur des écoles et convainquez un conseiller du ministère de vous donner carte blanche pour trois ans dans une maternelle de ZEP. Qu’y avez-vous instauré ?

– J’ai renversé la situation. Dans ma classe, les enfants étaient autonomes et choisissaient leurs activités parmi une centaine d’autres que j’avais sélectionnées. Je les leur présentais, à chacun d’eux, et je les guidais la première fois ; puis ils les reprenaient sans mon aide. Ils apprenaient principalement seuls, portés par leur curiosité. Ils apprenaient aussi les uns des autres !

La classe se composait d’enfants de trois, quatre et cinq ans. Ils s’entraidaient et s' »enseignaient » mutuellement, spontanément. La classe pouvait étonner les visiteurs. Elle ressemblait à une ruche : on y voyait au même moment des enfants dessiner, classer des formes géométriques, coudre, découvrir des lettres, reconstituer le puzzle de la carte du monde ou faire une addition avec des bâtons de perles….Et ils pouvaient répéter leur activité autant de fois qu’ils le souhaitaient.

Vous n’avez pas eu peur que ce soit le bazar ?

– Pas vraiment. J’étais convaincue que l’activité du groupe serait très ordonnée si chacun pouvait vaquer à ce qui l’intéressait. Les plus jeunes, sans trop se poser de questions, choisissaient leurs activités, la faisaient avec beaucoup de concentration, et recommençaient jusqu’à se sentir satisfaits. J’ai vu un enfant se passionner pour les origamis, reprenant sans se lasser, jusqu’à faire un pliage parfait.

Mais j’ai été stupéfaite de voir que ceux qui avaient déjà passé un ou deux ans dans une autre maternelle étaient un peu désemparés. Ils étaient comme « décentrés », continuellement accrochés au jugement de l’adulte, incapable de choisir leur activité si je ne leur disais pas quoi faire, et incapables de juger par eux-mêmes leur travail.

Ça m’a fait mal de voir sur des enfants de 4 ans les dégâts du système éducatif traditionnel. Je passais à côté d’eux dans la classe, et je les sentais tellement en souffrance, si désireux que je les rassure sur ce qu’ils avaient fait : « C’est bien, Céline ? » Je leur répondais : « Et toi, qu’en penses-tu ? Tu es content de toi ? » Il leur a fallu beaucoup de temps pour qu’ils retrouvent leur propre motivation, leur élan intérieur.

Vous voulez dire qu’au fond, il n’y aurait pas besoin de professeur dans la classe ?

– Non, bien sûr ! Il ne suffit pas de placer un enfant au milieu d’un environnement stimulant, une salle remplie de jeux par exemple, pour qu’il apprenne seul. Il a constamment besoin d’un guide, d’un « étayage » bienveillant. Ça le rassure et lui donne les connaissances de base à partir desquelles il peut explorer et expérimenter. Il n’y a pas d’apprentissage possible sans cet échange et cette interaction. C’est d’ailleurs l’attitude qu’adoptent spontanément les parents et les enseignants, quand les conditions le leur permettent.

Les élèves de votre classe ont dépassé haut la main toutes les exigences du programme et bien au-delà, comment cela a-t-il été rendu possible ?

– Les enfants avaient le droit de se tromper ! Un des contresens majeurs de l’école, c’est de sanctionner sans arrêt l’erreur. Or elle est constitutive de l’apprentissage. Comme le montrent les travaux en psychologie cognitive, l’enfant apprend en se trompant.

Face à une situation, quelle qu’elle soit, son cerveau génère des prédictions. Il formule des hypothèses. Par exemple, d’après sa forme, cet objet est mou. L’enfant avance la main, et si l’objet est dur, il réajuste ses connaissances. Il ne peut donc apprendre de l’expérience d’un autre. Mais s’il a peur de s’engager, c’est tout le processus d’apprentissage qui est paralysé. Cette observation vaut d’ailleurs pour tous les âges de la vie…

Vous avez pu mesurer les progrès de vos élèves ?

– J’avais l’autorisation du ministère d’évaluer leurs progrès, sans qu’il m’ait pour autant délivré un document de cadrage officiel. La première année, ces tests ont été réalisés par le CNRS de Grenoble, et ils étaient très positifs. Tous les élèves sauf un avaient progressé beaucoup plus vite que la norme ! Certains étaient déjà rentrés dans la lecture. De leur côté, les parents notaient qu’à la maison, leur enfant était devenu plus calme, plus prêt aussi à aider les autres.

Les deux années suivantes, comme je n’avais toujours pas de document officiel, même si j’avais des visites d’inspecteurs de l’Education toutes les deux semaines dans ma classe, ces évaluations ont été interdites. J’ai tout de même organisé des tests scientifiques en dehors de l’école, avec une quinzaine d’enfants. Les résultats confirmaient ceux de la première année.

Une majorité des enfants avaient dépassé les fameuses exigences du programme. D’autres, qui avaient des retards considérables, avaient au moins rattrapé la norme. Je me souviens de cette petite fille bègue, terriblement timide. L’orthophoniste qui la suivait a été époustouflée par ses progrès, la façon dont elle s’est épanouie. En définitive, la majorité des enfants avait un à deux ans d’avance. Alors qu’ils venaient tous de milieux modestes. Cet enseignement par l’expérience, l’autonomie et l’entraide est aussi le moyen de corriger les inégalités sociales.

L’expérience a été concluante, saluée par les enseignants comme par les chercheurs… Et pourtant l’Education nationale a coupé court. C’est un peu désespérant, non ?

– On m’a annoncé qu’on me retirait le matériel, la classe avec trois niveaux. Sans explication. Mais j’ai décidé de continuer ma route ailleurs avec une liberté et une rapidité que l’Education nationale n’aurait pas pu m’offrir. J’ai démissionné de mon poste et j’ai lancé un blog sur lequel j’ai mis en ligne des vidéos de la classe et des contenus sur lesquels je m’étais appuyée. Depuis sa création, il est très visité par les parents et les enseignants.

Pour répondre à cette demande, et aider les enseignants qui le souhaitent à transformer leurs pratiques, j’ai d’un côté proposé des conférences qu nous mettons en ligne ensuite. De l’autre, j’ai écrit ce livre pour partager avec les parents les grands principes humains d’apprentissage et d’épanouissement. Pourquoi?  Parce qu’au fond nous les connaissons déjà intuitivement, mais nous les oublions parce qu’ils ne vont pas dans le sens du fonctionnement scolaire traditionnel. La véritable révolution ne viendra pas d’une autre nouvelle méthode, elle se fera lorsque nous appliquerons ce que nous savons déjà dans nos coeurs. Laissons les enfants suivre leurs élans. Faisons leur confiance pour apprendre, aidons-les à révéler leurs pleins potentiels.

Propos recueillis par Caroline Brizard et Véronique Radier

(1) « Les Lois naturelles de l’enfant. La révolution de l’éducation. A l’école et pour les parents », par Céline Alvarez, Les Arènes.

RDP2 : Revue de presse sur l’école et l’éducation n°2 (21 au 30 août 2016) (avec dedans des neurosciences, Einstein, de l’amour, France Culture, Tahar Ben Jelloun, des écoles alternatives, etc., etc.)

Avec du retard voici la deuxième Revue de presse sur l’éducation et l’enseignement. Vous allez avoir de quoi lire et écouter. C’est parti.

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  • Sur les neurosciences, la recherche et l’éducation :

– Les neurosciences, comme avant la psychanalyse ou la sociologie, sont la nouvelle discipline forte des sciences de l’éducation… Il y a un MOOC (vous savez, les cours en ligne) sur les neurosciences à l’école, cours préparé essentiellement par des intervenants de l’ENS Paris. J’ai beaucoup trop de projets pour cette année mais je sens que je vais craquer et m’inscrire. Après tout, ils précisent que l’investissement en terme de temps de travail n’est que d’une heure par semaine. Si je me lance, j’en parlerai évidemment ici.

– Tout comprendre sur les neurones miroir en moins de 3 minutes grâce à une jolie vidéo d’animation. Chouette !

Comment la formation académique précoce retarde le développement intellectuel. Eh oui, il semblerait qu’une personne, qu’elle soit enfant ou adulte, acquiert mieux de nouvelles compétences quand elle le veut, et surtout quand elle en a besoin.

  • Sur le choix du Unschooling ou « apprentissages autonomes », de la déscolarisation

– Sur ce blog, cette famille raconte sa vie de tous les jours après avoir fait le choix de déscolariser leurs enfants. C’est très « bien-pensant » dans le sens où tout semble amour et paix, mais après tout… il est fort probable que l’amour soit la solution à tout. C’est d’ailleurs ce que dit Einstein dans la lettre qu’il écrit à sa fille en fin de vie : « L’amour est la seule et la dernière réponse ». Si c’est Einstein qui le dit… Le blog de la famille d’unschoolers s’appelle Apprendre en liberté et s’avère être un beau témoignage de ce type de projet.

Ici, l’interview d’Edith, une maman de 3 enfants qui pratiquent depuis une bonne décennie l’IEF (je vous rappelle que c’est différent de l’unschooling dans le sens où, si l’on fait le choix de l’IEF, on recrée plus ou moins une « école à la maison » mais sans pression, ni notes (allez voir nos articles précédents). C’est intéressant parce qu’elle a du recul mais pas encore assez puisque ses enfants ne sont pas encore des adultes entrés dans la vie active.

– Sur le blog de la famille Les Caboches, un très bel article sur les apprentissages de l’enfant de cette famille qui a choisi une vie sans école : Tout ce que mon fils ne sait pas faire… et pourtant !

  • Sur les innovations en éducation et les nouvelles idées qui fleurissent :

– La Bicyclette, c’est une éco-crèche, une crèche en pleine nature donc. Mise en place il y a déjà un an près de Genève.

– Un article datant déjà de 2015 mais qui répertorie TOUS les magazines et les revues jeunesse. Une mine d’or qui donne très envie de s’abonner à TOUT et qui donne aussi envie à l’ancienne journaliste que je suis de recréer un magazine papier…

– Un papier, assez « simple », sur les inconvénients d’une éducation stricte et trop autoritaire.

  • Sur France Culture :

– Tahar Ben Jelloun, dont j’adore les romans, explique le terrorisme aux enfants : à réécouter ici.

– Socrate en culottes courtes : un débat sur l’enseignement de la philosophie au plus petit : à réécouter ici.

  • Sur les écoles alternatives qui se créent un peu partout :

– Un réseau des écoles alternatives est entrain de se construire doucement. Les personnes qui lancent ce réseau ont créée un outil bien pratique : une google map sur laquelle tout le monde peut s’inscrire pour recenser son projet d’école alternative, quel qu’il soit.

Une interview de Franck Lepage, souvenez-vous, j’avais mis en ligne ici la vidéo de son spectacle humoristique (et très très intelligent) Inculture 2. Il dit dans cet interview, entre autre, que l’école fabrique « des travailleurs adaptables et non des esprits critiques ». On a le droit de le penser… ou de le contester.

– Ici, une pétition à signer pour « pouvoir choisir une alternative à l’école traditionnelle ». Il y a environ 30 000 signataires. Bon en même temps, hormis le fait qu’il faille souvent le payer financièrement, ce choix est, je crois, tout à fait autorisé déjà.

– Un article sur les écoles alternatives qui ouvrent un peu partout. Avec cette conclusion que j’aime beaucoup : « Faut-il s’en réjouir ? « Oui, bien sûr. Mais gare à ne pas ériger ces pédagogies en panacée car elles ne conviennent pas forcément à tous les enfants. Certains élèves ont besoin de beaucoup d’autonomie, d’autres de davantage de cadre pour progresser », constate Jean-François Michel. »

RDP1 : Revue de presse sur l’école et l’éducation du 13 au 20 août (avec dedans des créations d’école, des études compliquées, des Pokémons (si, si), des révélations sur le cerveau de l’enfant, du Télérama, du Monde et plein d’autres trucs…

Essayons d’instaurer un nouveau rituel ici : une revue de presse de ce qu’il se passe ou se dit dans le monde de l’école et de l’éducation, semaine après semaine. En d’autres termes, une série de liens à suivre pour rester informés des nouveautés et des évolutions de ce monde fascinant et qui entre (tout) doucement en mutation.

Revue-de-presse

Pour la RDP 1, quelques liens mais pas énormément non plus, on est au mois d’août et … au mois d’août, pas de violence, c’est les vacances !

  • La 3ème édition du festival du journal Le Monde : Agir, se tient du 16 au 19 septembre. Il y a évidemment un thème intitulé « Agir sur l’école ». Le programme, les intervenants et toutes les infos en cliquant ici. Avec tous les liens qu’il contient, ce programme est déjà une mine d’infos et d’idées nouvelles. Ca fait rêver.
  • Ce papier de Télérama explique qu’on a désormais la preuve que le cerveau d’un enfant varie en fonction de l’éducation et des pédagogies qu’on applique à son encontre. C’est fascinant et c’est ici. Un extrait qui me désespère non pas par ce qu’il dit, au contraire, il est plein d’espoir, mais parce qu’il va contre ma propre façon d’enseigner et le système que je fais subir aux enfants que je cherche à éduquer : « La question du stress, en tant qu’inhibiteur des acquisitions, n’est plus à démontrer. Il faut maintenant en tenir compte, faire par exemple en sorte que l’erreur soit reconnue comme une étape indispensable de l’apprentissage. La question de l’attention est un autre point à travailler en priorité : on n’avance pas si on continue de décider que ce jour-là, à cette heure-là, c’est telle chose qui sera apprise par tout le monde et rien d’autre. »
  • Un fonds de dotation dédié à la diversité éducative vient d’être créé par plusieurs associations et acteurs de l’éducation pour forcer le système à bouger. « La mission du Fonds Educations Plurielles est de soutenir et d’encourager les initiatives et les projets à caractère éducatif qui placent les valeurs humaines au centre de leur action et entendent contribuer au plein épanouissement des potentialités de chacun. » Pour moi dont l’idée d’ouvrir une école alternative travaille de plus en plus, ce fonds fait rêver… Il faudrait creuser pour comprendre mieux les tenants et les aboutissants de cette nouveauté. Je le ferai dans un prochain papier. En attendant, voici le site  d’Educations Plurielles pour les curieux.
  • Une psychologue et passionnée de neurosciences qui explique que la clef de la réussite scolaire tient en un mot : ténacité. Il s’agit d’une courte vidéo TED, expliquée et traduite par le site Papa Positive
  • Après L’école Dynamique et L’école autonome, une nouvelle école de type Sudbury (voir mon papier sur Summerhill qui ressemble aussi à ce type d’école dans le fonctionnement) ouvre ses portes en septembre à Paris ! Sur cette page de son site, elle donne de nombreux liens vidéos et le lien de deux blogs pour expliquer comment marchent ces 3 écoles « soeurs ».
  • Un papier intitulé « Qu’est-ce qu’un bon prof ? » qui remet en cause les idées des écoles nouvelles défendues souvent sur ce site en expliquant que l’apprentissage centré sur l’enseignement apprend plus à l’enfant que l’apprentissage centré sur l’élève lui-même, de façon positive et bienveillante. Bon… Plus étonnant, le papier a l’air de dire que, même au niveau de l’estime de soi et du développement social, la pédagogie non pas centrée sur l’élève mais sur les acquisitions apporterait des résultats davantage positifs. C’est intéressant. Très. Parce que ça met beaucoup de chose en perspective en citant de nombreuses études anglo-saxonnes. Notamment celle-ci que j’aimerais lire : « Interventions pédagogiques efficaces et réussite scolaire des élèves provenant de milieux défavorisés. Une revue de littérature »
    Chaire de recherche du Canada en formation à l’enseignement, université de Laval, Québec, avril 2004. Ce papier défend par ailleurs un modèle d’enseignement plus efficace que les autres (et qui n’est pas celui de l’éducation nouvelle…), cependant on parle de « résultats » et pas de valeurs ni de changement de société…
  • Et pour finir, pour coller à l’actualité…, un papier des Cahiers pédagogiques sur les POKEMON ! Si, si…. La pédagogie des Pokémons, à lire ici.

 

Summerhill : l’aventure  d’une école autogérée

 

A.S. Neill, psychanalyste et fondateur de Summerhill explique, alors qu’il écrit ce qu’il pense être son dernier livre Libres enfants de Summerhill, en 1960, qu’on ne connaît encore rien de la psychologie de l’enfant qui est une science alors neuve. Educateur, il s’est concentré toute sa vie sur la psychologie infantile et, malgré des années intensives de travail dans ce domaine, il admet connaître peu de choses. « Je suis certain toutefois que ceux qui ne s’occupent que de leurs propres enfants en connaissent moins que moi »[1]. Il explique que « c’est parce que [il] croit que l’enfant difficile est presque toujours amené à l’être par les insuffisances de son milieu familial que [il se] permet de [s’]adresser aux parents »[2]. La psychologie a pour but la guérison du mal de l’âme, l’âme voulant dire ici le siège des émotions. Par une éducation saine, selon A.S. Neill, on peut enrayer le mal. « A summerhill, les enfants sont guéris de ce mal de l’âme et ils sont élevés dans la joie »[3].

summerhill-school-home (1)

L’idée fondamentale de Summerhill

Fondée en 1921 à 160 kilomètres de Londres, dans un village, cette école accueille (elle existe toujours) des élèves entre 5 et 16 ans. La plupart du temps, à l’époque de Neill, il y a 25 garçons et 25 filles. Les enfants sont divisés en trois groupes selon leur âge. Les petits de 5 à 7 ans, les moyens de 8 à 10 ans et les grands de 11 à 15 ans. Diverses nationalités s’y retrouvent. Les élèves sont logés sur place, par groupe d’âge, en général à plusieurs par chambres. Aucune inspection de chambre n’est prévue, personne ne range leurs affaires, ils portent les vêtements qu’ils souhaitent porter.

« Il est évident qu’une école où l’on force des enfants actifs à s’asseoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école. Une telle école n’est bonne que pour ceux qui croient à son efficacité, c’est-à-dire pour ces citoyens sans imagination qui veulent des enfants dociles, dénués eux aussi d’imagination et qui s’accommoderont d’une civilisation dont l’argent est la marque du succès. Summerhill a débuté un peu comme une expérience. Mais elle n’en est plus là; elle en est maintenant au stade de la démonstration, car elle a prouvé que l’éducation dans la liberté réussit. Lorsque nous avons ouvert l’école, nous avions, ma première femme et moi, une vision fondamentale : celle d’une école qui serve les besoins de l’enfant – plutôt que l’inverse. J’avais enseigné pendant bien des années dans des écoles traditionnelles. J’en connaissais donc la philosophie et je savais qu’elle était mauvaise. Elle était mauvaise parce que fondée sur une conception adulte de ce que l’enfant doit être et doit apprendre. Elle datait du temps où la psychologie était encore une science inconnue. Nous décidâmes donc, ma femme et moi, d’avoir une école où nous accorderions aux élèves la liberté d’expression. Pour cela il nous fallait renoncer à toute discipline, toute direction, toute suggestion, toute morale préconçue, toute instruction religieuse quelle qu’elle soit. Certains dirent que nous étions très courageux, mais en vérité nous n’avions pas besoin de courage. Ce dont nous avions besoin, nous l’avions: une croyance absolue dans le fait que l’enfant n’est pas mauvais, mais bon. Depuis presque quarante ans maintenant cette croyance n’a pas changé, elle est devenue une profession de foi. Je crois intimement que l’enfant est naturellement sagace et réaliste et que, laissé en liberté, loin de toute suggestion adulte, il peut se développer aussi complètement que ses capacités naturelles le lui permettent. Fidèle à cette logique, Summerhill reste un lieu où ceux qui ont les capacités naturelles et la volonté nécessaire pour devenir savants le deviendront, alors que ceux qui n’ont de capacités que pour balayer les rues les balaieront. Mais, à ce jour, nous n’avons produit aucun balayeur de rues. Cette dernière remarque est d’ailleurs dénuée de tout snobisme, car je préférerais voir sortir de nos écoles d’heureux balayeurs de rues que des savants névrosés. »[4]

A quoi ressemble Summerhill ?

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« Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent… »

Voici le témoignage de Ramïn Farhangi. Il nous parle de « donner le pouvoir aux enfants… Tout le pouvoir de relever le plus grand défi de toutes vies humaines, celui d’être totalement indépendant et responsable de sa propre vie, pas seulement à l’age de 18 ans mais à tous les ages ». Il nous raconte l’histoire de l’école qu’il a créée dans le 13ème arrondissement à Paris. Il fait une proposition politique : remplacer la loi pour l’instruction obligatoire par la loi pour la liberté d’instruction. « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » disait Victor Hugo. La vidéo dure 15 minutes et mérite le visionnage…

 

Après les médias, la recherche et les musées… au tour de l’école de muter

Voici un article brillant écrit par le chercheur Richard-Emmanuel Eastes sur le site The Conversation. Il y fait une analyse étonnante des processus de mutation qui sont en branle dans notre société et y explique comment les médias, la recherche et les musées ont eux déjà réussi en partie à se dégager des intérêts économiques qui les finançaient et des intérêts démocratiques qui les légitimaient, contrairement à l’école, qui renâcle à s’en dépêtrer. Passionnant. Bonne lecture. 

La transformation numérique et économique radicale de nos rapports à la connaissance et à l’information entraîne les acteurs de la recherche, des musées et des médias dans des processus de mutation complexes. Parallèlement, les lentes évolutions de l’école, pourtant soumise à d’intenses champs de tension, ne semblent pas témoigner de la même prise de conscience. N’y a-t-il pas pour elle urgence à se réinventer ?

En dépit de la fragilisation des frontières qui ont longtemps façonné et garanti aussi bien l’indépendance de la presse et l’universalité de la recherche que l’autorité de la connaissance académique et la domination culturelle des élites, les institutions liées à la production et à la diffusion de la connaissance et de l’information restent soumises à la double injonction de respecter à la fois les intérêts économiques qui les financent et les intérêts démocratiques qui les légitiment. Écartelées par des champs de forces contradictoires, elles commencent à se forger de nouveaux rôles, parfois au prix d’une bipolarisation paradoxale.

Une « levée de dégénérescence »

Ce que la physique quantique appelle « levée de dégénérescence », moment où l’état d’un système se scinde en plusieurs états différenciés sous l’effet d’une perturbation extérieure, semble en effet affecter de manière similaire les médias, la culture scientifique et technique et la recherche académique.

La une du Figaro Magazine, vendredi 20 mai 2016.

Ainsi, alors que les grands médias sont rachetés par des groupes de presse liés à des intérêts industriels majeurs, des sites d’information indépendants naissent sur la toile et des journalistes déposent sur les réseaux sociaux des contre-investigations en réponse à des articles de la presse traditionnelle. Un exemple récent est documenté sous le hashtag #ContreEnqueteWS. Cette contre-enquête, publiée sur Periscope et Twitter en réaction à un article du Figaro Magazine qui présentait la ville de Saint-Denis comme la Molenbeek française, est magistralement décrite dans l’émission Vertigo de la RTS Suisse.

De même, c’est bien en réaction à un système financier international ayant réussi à se prémunir des investigations des médias traditionnels que sont nées des organisations telles que WikiLeaks ou l’ICIJ qui, bien que constituées de grands médias internationaux, en transcendent les rédactions.

Du côté de la culture scientifique, alors que des grands musées nationaux doivent composer avec l’investissement (dans les deux sens du terme) de grands groupes industriels dans la conception de leurs expositions, d’autres développent la « muséologie participative » destinée à donner aux citoyens la possibilité de coproduire des connaissances sur la science et la technologie en société.

De même, alors que le monde associatif lutte contre l’assèchement des petits financements garants de leur créativité et de leur diversité, sous l’effet de la concentration des ressources publiques au sein de collectivités ou d’agences de l’État qui financent de moins en moins les petits projets, le mouvement des « makers » dynamise les réseaux de la culture scientifique et technique en lui offrant des perspectives de modèles économiques diversifiés, fondés sur un esprit collaboratif et « open source ».

La culture des « makers », à l’intersection entre la technologie et le « do it yourself ». Dave Jenson/flickr

Du côté de la recherche, alors que les thématiques scientifiques à impact économique majeur sont investies par les capitaux privés ou les programmes européens qui engloutissent des milliards d’euros (au détriment de thématiques de recherche moins à la mode qui souffrent elles aussi de la concentration des moyens financiers), sans espoir pour la société civile de pouvoir se prononcer un jour sur la pertinence des choix technologiques qu’ils préparent pour son avenir, des mouvements tels que la « science citoyenne » associent des chercheurs, des associations, des groupes concernés, des passionnés, au sein de structures de recherche alternatives « agiles » parfois capables d’imposer leurs modes de fonctionnement à de grands groupes industriels.

Ainsi, la communauté scientifique résiste-t-elle avec de plus en plus d’agacement au pouvoir des éditeurs des revues scientifiques et des maisons d’édition (auprès desquelles les moyens financiers du chercheur accroissent sensiblement ses perspectives de publication) en développant leurs propres circuits validés par les pairs, le plus souvent en « open access ».

Ce faisant, on observe que ces acteurs de la science, de la culture, de la communication et des médias, bien que fortement soumis à l’influence des acteurs économiques, sont amenés à dépasser largement leurs rôles traditionnels en devenant eux-mêmes, par leur ouverture à la société civile et en réaction à l’establishment dont ils dépendent pourtant en très large part, des acteurs sociaux majeurs et des agents de changement déterminants.

L’école en reste

Qu’en est-il de l’école ? De tous temps, elle a assuré le renouvellement de la société, mais peut-être un peu trop souvent avec le souci de transmettre la culture, les savoirs et les valeurs d’hier plutôt qu’avec celui d’anticiper les besoins de demain. Or, en vertu de ce qui précède et au regard des enjeux auxquels sont confrontées les sociétés occidentales, on peut légitimement se demander si, comme la recherche, les musées et les médias, l’école ne devrait pas devenir un acteur plus proactif pour se donner les moyens de réellement « faire société ».

Ça et là, des initiatives émergent mais une véritable vision prospective cède souvent devant des réflexions à court terme, que ce soit sur les usages du numérique, les apprentissages fondamentaux ou l’enseignement du civisme. Or si l’école ne contribue pas davantage à changer la société, c’est la société qui changera l’école, et peut-être plus radicalement qu’on ne le croit. Car elle aussi est soumise à ces intérêts divergents que nous mentionnions plus haut, tiraillée entre l’optimisation de la formation à des fins économiques (dont fait partie la formation des élites, si importante en France) et la construction de la citoyenneté et de l’harmonie sociale (qui passe notamment par la stimulation de « l’ascenseur social »).

« Liberté, égalité, fraternité » sur le mur d’une école publique de Villeurbanne. Wikimedia Commons

Bien plus, on voit poindre dans les pays européens le risque de voir l’école (re)devenir la cible de mouvements politiques ou religieux défendant des intérêts particuliers, étendant et distordant le principe de laïcité jusqu’à réclamer l’exclusion de l’école de toute manifestation sociale ou culturelle qui soit contraire à leurs valeurs spécifiques. La vive contestation suscitée par la reconnaissance par l’école d’une différenciation entre sexe et genre en constitue l’un des plus emblématiques exemples.

Enfin, nombreux sont ceux qui parlent déjà de l’abandon du modèle des « brick and mortar schools » (1), lui substituant des formes d’éducation totalement renouvelées. Ainsi, dans le rapport d’enquête « Education in 2030 » du World International Summit on Education (WISE) (2), publié en 2014, peut-on lire : « No more “teachers”, lectures or imposed curricula: the brick-and-mortar school will no longer be a place where students are taught theoretical knowledge, but instead a social environment where they receive guidance. Innovation, not only technological but also social and pedagogical, will help transform the traditional “classrooms” into future “meeting rooms” where cooperative learning takes place . »

S’approprier le changement

L’école est prise dans ces mouvements, qu’elle le veuille ou non. Pour ne pas les subir, il lui faut donc se les approprier. En adoptant une véritable vision prospective sur les besoins de la société d’une part, tant au niveau de ses contenus que de la formation des enseignants, et en s’inspirant des exemples de la recherche, de l’édition, des musées et de l’éducation informelle en général, des médias enfin, qui ont déjà entamé leur transition par une conscientisation et une appropriation des nouveaux enjeux.

Stimuler cette réflexion et accompagner l’école dans cette mutation, par des éclairages mettant en lumière les changements et les initiatives qui en relèvent, tel est l’objet de cette nouvelle chronique. Régulièrement, un article portant sur l’éducation et la culture scientifique, la créativité, le rapport au savoir, la formation des enseignants, le numérique, la communication de la recherche ou la démocratie technique viendra y stimuler la réflexion sur les futurs de nos rapports à la connaissance et à l’information.

(1) Dénomination conférée à l’école traditionnelle faite de briques et de mortier, de salles de classes, de professeurs responsables de groupes d’âges homogènes et d’enseignements disciplinaires cloisonnés, par opposition à l’enseignement en ligne.

(2) Le sommet WISE est financé par la fondation du Qatar, la banque Santander, ExxonMobil ainsi que divers autres partenaires.

Réflexions sur l’école : Des contemporains qui l’accusent, de la réalité, de la possibilité d’enseigner le français en collège et lycée à partir des très à la mode « pédagogies nouvelles » et des classes sociales…

L’école m’a construite, en partie. Tout du moins, elle m’a appris ce que je sais. Je suis totalement en adéquation avec ce qu’on appelle à tort les nouvelles pédagogies, c’est-à-dire les pédagogies Montessori, Freinet et Steiner, très, très à la mode aujourd’hui. Le hic, c’est que j’ai l’impression que ces deux affirmatives s’opposent, qu’elles ne peuvent pas cohabiter. On ne peut pas aimer l’école, la respecter surtout ET défendre les pédagogies dites nouvelles. Ça, ça fout le bordel dans mon esprit de prof. Je sais que le système scolaire est bancal, la faute, entre autres, à la démocratisation (massification) de l’accès à l’enseignement dans les années 60 sans changement majeur de l’organisation dudit système. Le système scolaire doit donc certes être modifié mais comment fait-on cela si la majorité des parents pensent profondément que l’école fait la misère à leurs enfants ?

Ces derniers mois j’ai entendu de nombreuses réflexions sur l’enseignement français public, nauséabondes ou naïves, mais toujours négatives. La nounou de ma fille, 5 enfants, un mari au chômage, un seul salaire d’assistante maternelle à la maison, de confession musulmane : « Moi j’ai mis les deux derniers dans le privé.

– Le privé catholique ?

-Oui. 

– Mais pourquoi ?

-Dans le public, ça se passait pas bien dans le quartier.

-Ah bon, trop d’enfants en difficulté ? difficiles ?

-Non, c’était les profs.

-Enfin, bon, ce sont les mêmes profs dans le privé et le public. On est tous gérés par le même ministère, payés par les mêmes services, on a passé le même concours, suivi les mêmes formations.

-Ah peut-être ! Mais c’est pas pareil !

-M’enfin, pourquoi ?

-Bah dans le privé les profs s’investissent plus (moue et tête qui se balance d’avant en arrière pour appuyer ses propos).

-Vous êtes sûre ? (ton ironique parce que bon elle connaît mon métier…)

-Bien sûr ! C’est certain. Les profs du privé sont plus motivés. Ils s’investissent vraiment eux.

Je n’ai pas changé de nounou, j’ai arrêté de parler de l’Education Nationale avec elle. Une copine inscrit quant à elle ses enfants à la rentrée dans une école alternative qui pratique les pédagogies « nouvelles ». Dans l’absolu, j’approuve. Pourquoi pas. Elle peut se le permettre financièrement. Sa fille est une très bonne élève. Je ne connais pas le rapport qu’a son fils à l’école. Mais je me demande encore ce qui a provoqué cette réflexion chez elle : « Depuis que j’ai validé leur inscription pour septembre prochain, je suis soulagée, je sais qu’ils ne seront pas cassés par l’école ». Cassés, putain. Franchement, entendre ça quand on est prof… Evidemment elle a précisé sans que je ne lui demande rien qu’elle trouvait le travail des profs dans l’ensemble parfait mais que le système, le carcan du système, lui posait problème. « Les profs font ce qu’ils peuvent ». Ouais.

Une amie a inscrit sa fille dans une école privée parce que là où elle habite, « les écoles ont vraiment mauvaises réputations ». Je travaille en REP, j’ai bossé en REP+, je comprends son raisonnement. Cependant elle s’en félicite : « C’est mieux ». Mais en quoi ? « Ils sont moins par classe ». Après vérification, c’est faux. Ils sont autant par classe dans cette école que dans une école primaire publique classique. « Ils font plus de choses ». Bon. Enfin, ça, ça dépend du prof. Et on est de nouveau à deux doigts de dire que les profs du privé sont « plus investis, et blablabla » (je rappelle à ceux qui ont sauté des lignes que les profs du privé et du public ont les mêmes formations, diplômes, ont passé les mêmes concours…etc.).

Cracher sur l’école publique, c’est devenu la doxa. Malheureusement, ce discours là est anxiogène, contreproductif. Je n’enseigne pas depuis longtemps. Je ferai ma sixième rentrée dans le public en septembre. Cependant, hormis les profs en fin de carrière qui n’en peuvent plus (mais c’est la même dans tous les corps de métier non ? ), je n’ai croisé que des profs motivés, désireux de donner le plus, de déclencher quelque chose, n’importe quoi, dans l’œil de leur élève, de transmettre, d’encourager, de construire. Si vous saviez le nombre de projets qui se montent chaque année, si vous saviez le temps passé parfois sur un cours d’une heure par la majorité des professeurs, etc., etc.

Connaissez-vous la première raison qui pousse ma copine à inscrire ses enfants dans une école alternative pour ne pas qu’ils soient « cassés » ? Savez-vous pourquoi mon amie est contente d’avoir finalement choisi le privé pour sa fille au lieu des deux établissements voisins qui avaient mauvaises réputations ? Savez-vous ce qui a poussé ma nounou à se saigner pour mettre ses deux derniers dans le privé ? Le public. Pas l’école publique. Le public de l’école. Sa  fréquentation. Bah ouais, rien d’autre. Je ne leur jette pas la pierre, je l’ai déjà dit, j’enseigne actuellement en REP, j’ai enseigné en REP+ et la première chose que j’ai faite lorsqu’on a acheté notre future maison, c’est de vérifier que le collège et le lycée de secteur étaient bien classés. C’est le cas, ouf. J’ai entendu une autre de mes amies, elle a 4 enfants, dire récemment que ses 4 enfants avaient été scolarisés à l’école publique de la maternelle au lycée et qu’elle avait été ravie, vraiment ravie, de l’éducation qu’ils avaient reçue. La différence entre elle et les 3 autres dont je vous ai précédemment parlé ? Le quartier. La dernière habite le quartier le plus bobo des quartiers lyonnais. Je ne dis pas qu’elle aurait fait autrement si elle avait habité dans le 8ème, à côté de Longchanbon (pour un prof de la région, le collège Longchanbon, c’est un peu la porte de l’Enfer), je dis juste qu’elle n’a pas eu à se poser la question.

Et donc, CQFD. Ceux qui distillent leur haine du système scolaire se trompent : c’est la diversité qu’ils détestent, la possibilité pour leurs enfants de se retrouver en classe avec des gamins qui ne savent pas lire ou écrire parce que leurs parents sont analphabètes, qui ne savent communiquer qu’en insultant parce que c’est comme cela qu’on leur parle à la maison, qui ne savent pas se concentrer ou apprendre parce qu’on les a trop désaxés à tous les autres niveaux cognitifs. Il faut donc appeler un chat un chat. Le système scolaire n’a rien à voir là-dedans. A ce niveau là, la seule chose qu’on peut lui reprocher, au système scolaire, c’est d’accentuer les ghettos pour sauver les bobos en créant des collèges REP et REP+.

Et donc les nouvelles pédagogies

Après, il y a tous ceux qui hurlent qu’on enseigne pas dans le bon sens et que insérer du Montessori dans toutes les écoles de France sauverait le fameux système. Ceux là me font douter parce que je crois qu’il est dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien sûr la méthode Montessori est une merveille, bien sûr il faut s’en servir. M’enfin, quand on regarde de plus près, on voit bien qu’il est possible d’en injecter les bases, les racines pour que l’arbre pousse sans tout péter au passage. D’ailleurs, bons nombres d’instituteurs s’inspirent déjà beaucoup de ces méthodes. De plus, ces méthodes de pédagogies nouvelles, si elles sont parfaitement adaptées à la maternelle et au primaire, me semblent perdre de leur pertinence dès qu’il s’agit du collège et du lycée. Un exemple concret : l’enseignement du français avec Montessori au collège et au lycée. Je trouve sur internet un papier d’une formatrice Montessori et chef d’établissement d’une école, collège et lycée montessori qui explique ce que c’est l’enseignement du français dans le secondaire avec cette méthode. Je me dis « Chouette », je vais enfin voir comment cette révolution montéssorienne se déplace jusqu’au lycée. Bon. Voici un extrait de cet article où c’est la prof de français (agrégée de lettres) qui s’exprime :

« Au collège et en seconde, l’objectif est donc de donner un goût pour la matière, un goût pour la vie, et non uniquement dans la perspective d’un examen. Nous travaillons donc sur trois plans :

Le partage – Chaque semaine, un élève présente un « personnage » de fiction. Lire un livre, c’est avant tout rencontrer un univers et des individus de papier. Les raconter aux autres, c’est donner un peu de soi. Pour ceux qui ne lisent pas ou peu, on peut également utiliser un personnage de cinéma, de jeux vidéo, ou même un personnage inventé. L’essentiel est de dessiner les contours d’un espace narratif.

Le cinéma – Nous regardons de très nombreux films, toujours proposés dans le cadre d’une thématique précise. Les élèves doivent rédiger des comptes rendus qui leur permettent non seulement de se construire une culture cinématographique, mais aussi d’aiguiser leur analyse et les réconcilier avec l’écrit en leur donnant envie d’argumenter sur une expérience. 

Les ateliers d’écriture – Après la lecture d’un texte en commun, pioché dans un répertoire très divers allant des classiques de la littérature française, aux tragédies grecques, en passant par les mangas, ou les incontournables de la littérature étrangère, les élèves poursuivent leur expérience à travers des rédactions. Selon leur sensibilité, différents parcours sont proposés, l’essentiel est de saisir que la lecture est quelque chose qui nous transforme. Le tout est ponctué d’exercices de grammaire, non pas présentés de manière arbitraire, mais utilisés pour enrichir l’écrit. »

Puis elle termine en précisant d’autres points :

« La méthodologie – Le bac français est une épreuve codifiée. Comprendre les attentes d’un examinateur, c’est aussi aborder l’épreuve plus sereinement. On a trop souvent l’habitude de détacher l’écrit de sa mise en pratique, ce qui donne la sensation à l’élève d’être perdu. L’accent est donc mis sur la méthode à travers de nombreux exercices de perfectionnement et la rédaction de fiches qui permettent à l’élève d’identifier un parcours et de saisir ce qu’il doit concrètement faire devant sa copie.

L’oral – Tous les textes présentés à la fin de l’année sont analysés scrupuleusement au sein des cours. Nous commençons par une lecture en commun, puis chaque élève travaille de son côté pour ensuite présenter son interprétation aux autres avant une correction globale. Ainsi, le travail d’assimilation est plus efficace car l’élève se confronte au texte au lieu de passivement recopier un corrigé. »

Bon, franchement, pas de révolution ici. Je veux dire, ce qu’elle dit est très intéressant. Très inspirant. Très rassurant aussi parce que je fonctionne un peu comme cette prof. Je fais dans l’ensemble les mêmes choses avec mes élèves, comme la plupart de mes collègues d’ailleurs ! Cette prof semble expérimentée, précise. On dirait une bonne prof. On dirait une très bonne prof. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’on en rencontre des dizaines comme elle dans le public, montessori ou pas, des dizaines qui ont la même façon de fonctionner qu’elle, que leurs méthodes soient dites « Montessori » ou pas, que ce soit conscient ou pas.

Je travaille sur un mémoire sur les REP. Je prépare une thèse sur les nouvelles pédagogies dans le secondaire. Cependant tout se mélange un peu en ce moment et toutes ces réflexions dont je vous ai fait part me laissent un peu pensive. Je ne sais plus franchement où est l’essentiel et ce qu’il faut vraiment défendre dans tout ce bordel…