La meilleure BD de tous les temps : Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves — Tome 5 : “La 2,333e dimension” de Marc-Antoine Mathieu

Mon titre n’est pas très objectif, et je m’y connais assez peu en BD (quoi que l’année 2016 promet d’être celle de la bande dessinée, je ne lis quasiment que cela depuis le début du mois de janvier…) mais j’ai suffisamment été estomaquée par cet ouvrage là pour titrer de façon aussi dithyrambique.

juliuscorantinacquefacques5

Marc-Antoine Mathieu, je l’ai découvert quand j’avais une vingtaine d’année parce qu’une de ses BD traînait dans l’appartement dans lequel j’habitais alors. J’avais déjà trouvé ça grandiose. Récemment et sans avoir lu les 4 premiers tomes de la série du Prisonnier des rêves, j’ai acheté le cinquième chez mon petit libraire qui, exactement comme l’avait fait un ami très cher amoureux de BD, m’a présenté Marc-Antoine Mathieu comme… Dieu. Rien que ça.

ladimension10

Après lecture, je suis assez d’accord. C’est brillant, à la fois en termes de graphisme ET de scénario. C’est barré aussi. Complètement hallucinant. Les images parlent d’elle-même :

1000_______la2333-p20881_7529

L’histoire, elle, n’a rien a envié aux perspectives et aux cases. Julius, fonctionnaire employé au ministère de l’humour d’une société pathétique vient de faire un mauvais rêve : celui où l’on rêve que l’on rêve. C’est un acte grave dans une société totalitaire comme celle de Julius Corentin Acquefacques. Mal rêver, c’est déjà dévier. Et voilà qu’en plus, cela a entraîné la perte d’un point de fuite ! Conséquence ? Le monde de Julius perd toute son épaisseur et les individus se retrouvent à devoir supporter la dimension 2,3333… Dimension minimale qui les séparent de l’invisibilité. Julius Acquefacques est alors désigné pour se rendre dans l’Inframonde (monde banni) pour tenter de récupérer un point de fuite et redonner de la dimension au monde.

album-page-large-668

Par ailleurs, comme la cerise sur le gâteau, ce cinquième tome s’accompagne de lunettes 3D qu’il faut mettre sur son nez pour 4 ou 5 planches lorsque le personnage tombe dans une autre dimension. Comme c’est très bien fait, ça fonctionne : lire de la bande-dessinée 3D est une expérience assez fascinante.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer ce livre et de le lire. J’espère vous avoir donné l’eau à la bouche. Pour ma part, je lirai les 4 premiers tomes dès que l’occasion se présentera… Bonne découverte !

Une BD à lire : Chroniques de Jérusalem, de Delisle

On a acheté cette bande dessinée il y a déjà une bonne année, parce qu’on en avait entendu parler et qu’elle était en évidence sur le présentoir du libraire de notre quartier. Le binôme l’avait lue, mais pas moi. Puis la semaine dernière, comme j’avais envie de lire, mais pas un livre traditionnel, plutôt un truc « avec des images » comme disent les enfants, j’ai ressorti cette lourde bédé (près de 350 pages quand même). Cela s’est avéré être une très bonne idée.

WP_20160116_005

Je suis très facilement entrée dans l’histoire de Delisle qui raconte, tout simplement, sa vie avec sa famille à Jérusalem. Plus exactement, son unique année passée là-bas. La femme du bédéiste est coordinatrice chez MSF (Médecins Sans Frontières), elle est donc envoyée régulièrement en mission aux quatre coins de la planète. Guy Delisle a pour habitude de la suivre avec ses deux enfants, Louis et Alice. A l’étranger, il s’occupe du quotidien et se promène dans le pays pour « croquer » la vie de tous les jours, les coutumes, les paysages, les monuments, les traditions, les curiosités.

Au-delà de la trame de la BD (la vie quotidienne d’une famille d’expatriés) qui rend tout ça très ludique, très agréable (on est intéressés par l’adaptation d’une famille française dans un autre pays), qui fait souvent rire (Delisle sait raconter de courts moments de vie sur le ton de la dérision tout en montrant le choc des cultures), j’ai véritablement pris un cours d’histoire. Mais alors, un cours d’histoire sans jugement, sans a priori, sans BRUTALITé !

1

A force de raconter son acclimatation et celle de sa famille, Delisle finit par dresser un tableau précis de ce qu’est Jérusalem (Un sacré bordel ! Un paradoxe sur pattes ! L’allégorie de l’absurdité des religions, toutes les religions !). Au fur et à mesure de la lecture, j’ai enfin compris les divisions de la ville, le principe et la géographie des colonies, le concept de certains quartiers à la fois juif, arabe et chrétien ; mais tout ça sans image de guerre, sans géopolitique compliquée, sans traitement médiatique alarmant, gerbant ou voyeuriste. Je me souviens avoir longuement révisé le conflit israélo-palestinien pour le bac sans parvenir totalement à comprendre ce qui se tramait là-bas, mais si j’avais eu cette bande dessinée sous la main, j’aurais VRAIMENT pu me faire une opinion et pu parler avec objectivité et pertinence de tout ça.

Evidemment, MSF, pour qui travaille la femme de Delisle s’occupe essentiellement des palestiniens et même si on sent sous le trait humaniste de l’auteur quelques partis pris, tout ça n’en reste pas moins très objectif, notamment parce que l’illustrateur dépeint ce qu’il voit sans trop commenter, sinon avec les mimiques de ses personnages.

BREF, il faut lire cette bande dessinée qui réussit le pari d’être à la fois légère et ludique (on a envie de l’ouvrir pour replonger dans une lecture facile qui détend) tout en étant véritablement pédagogique et instructive.

2

3

Je vous fais cette chronique alors que j’en suis à la page 230 sur 330 et je vous quitte pour m’y replonger illico ! (et pardon pour les photos flous…)

Bonne lecture à vous !

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, éditions Shampooing, collection dirigée par Lewis Trondheim.

« Catharsis » de Luz

couve_catharsis_tel-600x814

Beau, poignant, pas larmoyant du tout, doux et violent en même temps, tendre et bouleversant, antinomique, antithétique, humble et drôle, comique et triste. J’ai tourné les pages de cette BD de Luz avec étonnement : ce travail est si loin de ce qu’il fait dans Charlie Hebdo. J’ai trouvé son trait différent. Ses planches souvent poétiques, très drôles parfois, toujours un peu émouvantes. Je n’ai pas été dérangée par le côté thérapeutique de son projet. J’ai particulièrement aimé ses dessins avec sa femme, comment l’amour le tient. J’ai vraiment passé un très bon moment.

Lire la suite

SHORT, numéro 12 : Revue de littérature courte et site communautaire

WP_20150618_002 (2)

Je ne connaissais pas Short Edition, une maison grenobloise et novatrice. C’est Babelio qui me l’a fait découvrir en m’envoyant le numéro 12 de la revue SHORT. J’observe d’abord un peu sceptique ce qui ne s’apparente ni totalement à un roman (ça en a pourtant l’aspect) ni totalement à une revue (ça en porte pourtant le nom). Sur la première de couverture, 4 colonnes intitulées pour chacune d’elles : NouvellesBD courtes, PoèmesTrès très courts. Puis, en dessous de chaque colonne, un temps de lecture estimé : 6 à 20 minutes pour les nouvelles, 1 à 3 minutes pour les BD, 1 à 2 minutes pour les poèmes, 1 à 5 minutes pour les « très très courts ». Amusant, non ?

WP_20150618_003 (2)

A l’intérieur, on découvre des auteurs et des illustrateurs normalement encore totalement inconnus, on plonge dans leurs histoires, on aime ou pas, on peut picorer, lire tous les poèmes d’un coup, puis toutes les BD, puis tous les très très courts, etc ; ou bien s’en tenir à une rigueur absolue en commençant par le début et finissant par la fin… Les écritures sont variées, les styles ne se valent pas  mais ça aussi, c’est assez agréable car tout reste très correctement écrit. Et il y a des pépites…

Idéal pour les gros lecteurs qui ont envie de se délasser avec de la littérature courte, ou au contraire pour ceux qui ont du mal à se jeter dans les livres et à y rester concentrés, qui trouveront ici une forme de littérature qui leur conviendra davantage.

A noter aussi, le site de la maison d’édition Short : super bien foutu, consacré à la littérature courte donc, et communautaire ! Qui veut poster ses nouvelles, ses poèmes ou ses BD s’inscrit facilement puis s’expose à la communauté de lecteurs. Le nombre de lectures pour chaque contribution est indiqué, les gens peuvent voter pour vos œuvres et la maison d’édition éventuellement décider de vous publier.

J’apprécie aussi le côté totalement clair et simple d’utilisation du site, les codes couleurs, l’aspect ludique. Bref, je suis conquise à la fois par la revue qui je crois est trimestrielle (et qui ne coûte que 12 euros) et par le site internet, concept idéal pour les écrivains et les lecteurs de littérature et BD courtes.

Vraiment, allez vous promener sur leur site qui vaut le détour…

Capture d’écran (37)