L’esprit absorbant de l’enfant #2 : notes et réflexions des chapitres 6 à 8 : le Traumatisme de la naissance

9782220053974A partir de sa naissance, et jusqu’à l’âge de 3 ans, le nouveau-né va donc entreprendre un travail de construction psychique qui rappelle le travail de construction corporelle qui s’est élaboré pendant la période embryonnaire.

L’enfant va alors « incarner » son milieu. On le voit notamment à travers le langage : le petit enfant ne se rappelle pas les sons, mais il les incarne et les prononcera ensuite à la perfection. Il parle la langue avec ses règles de grammaire compliquées n’ont pas parce qu’il les a étudiées ni parce qu’il les a apprises par cœur : sa mémoire ne les retient pas consciemment et pourtant cette langue devient partie intégrante de son psychisme. Ce n’est pourtant pas inné chez lui : le langage est une invention de l’homme, pas de la nature.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre comment le petit enfant, grâce à ses particularités psychiques, absorbe les coutumes, les habitudes du pays où il vit, jusqu’à construire l’individu type de sa race. Il est évident qu’il lui faut acquérir les coutumes et la mentalité particulières d’un milieu, puisqu’aucune de ces caractéristiques n’est naturelle à l’humanité.

Maria Montessori donne en exemple un petit enfant qui aide une fourmi qui a perdu une patte et se déplace difficilement en traçant un sillon devant elle avec son doigt. L’enfant était hindou. Arrivent un enfant musulman et un enfant occidental : les deux passent indifféremment devant la fourmi ou l’écrase volontairement. On aurait pu penser qu’ici se jouait l’hérédité du rapport aux animaux ? Il ne s’agissait en réalité que de l’incarnation d’un milieu par l’enfant.

  • Toutes les habitudes sociales et morales qui forment l’ensemble de la personnalité, les sentiments de caste et toutes espèces d’autres sentiments qui caractérisent un type italien, un type français, se construisent pendant l’enfance par l’œuvre de ce mystérieux pouvoir psychique que les psychologues appellent Mneme. Cette Mneme est une sorte de mémoire supérieure qui crée les caractéristiques de l’individu et les maintient vive en lui.
  • Le milieu est un moyen d’exercer notre action sur l’enfant puisqu’il y puise tout et l’incarne. Il peut ainsi transformer l’humanité, aussi bien qu’il la construit.
  • La vie psycho-embryonnaire et le traumatisme de la naissance

Il y a une vie psychique de l’enfant dès la première heure de sa naissance ! (et pas seulement une vie corporelle qui requière uniquement des soins…). Les psychologues, dans les années 30, dans la continuité de Freud, parle pour la première fois du « traumatisme de la naissance » pour définir la nécessité de s’adapter brusquement à un nouveau milieu pour le nouveau-né au moment où il naît. Par ailleurs, et contrairement aux animaux qui souvent cachent leurs bébés comme le chat, l’enfant humain est lui immédiatement porté par quelqu’un d’autre que sa mère, lavé ou habillé : l’instinct de protection va se perdant… Ce n’est plus la nature qui guide mais la raison humaine. Cependant, on est revenu sur ces attitudes puisque désormais le bain n’est plus donné que 24 heures au minimum après la naissance du bébé !

L’enfant est alors un être inerte qui ne peut même pas soutenir sa tête. Cette inertie des mouvements rappelle les découvertes de Coghill dont nous avons rapidement parlés dans le papier numéro 1 qui dit que, pour se préparer à l’action, les organes se forment après les centres nerveux qui les dirigent. => Chez l’enfant aussi, les plans psychiques doivent donc se former avant le mouvement. Le début de l’activité est donc psychique, et non motrice !

L’homme a la différence des animaux n’a pas de mouvement coordonné inné (comme le poulain qui marche en quelques minutes) : il doit tout construire. Pourtant, c’est l’être vivant qui sera ensuite capable de plus de précisions et de variations dans le mouvement : regardez les danseurs, les ébénistes, les coureurs, etc. C’est le milieu dans lequel évolue l’individu qui va le perfectionner, les expériences dans le milieu, et donc l’éducation.

Il faut cependant bien noter que tous les êtres humains doivent passer par les mêmes phases de développement physique, quelque soit leur lieu de naissance, leur milieu, etc. Ils doivent tous se développer de la même manière, en évoluant de la même façon au même âge (le langage s’acquière à tel âge, la marche à tel âge, etc.). Ce développement physique du nouveau-né suit donc les règles de la Nature. Seule la Nature qui a établi ses lois et a déterminé les besoins du nouveau-né, peut dicter la méthode d’éducation déterminée par le but : satisfaire aux besoins et aux lois de la vie. Et c’est l’enfant qui indique comment respecter ses lois et ses besoins de par son comportement.

MAIS le moment précis de la naissance a tout de même été mis à part par les psychologues : période brève mais décisive. Ainsi ils distinguent les caractères de régression qui sont en relation directe avec le traumatisme de la naissance et les caractères de répression liés aux circonstances de la vie et qui peuvent se présenter durant le développement.

Ce traumatisme de la naissance aménerait à quelque chose de terrible : les défault de caractère, les déviations de l’enfant qu’on verrait apraître plus tard dans le développement ! Au lieu de progresser, les individus souffrant d’une réaction négative du au traumatisme de la naissance régresse ou n’évolue pas correctement. On peut trouver des traces de ces traumatismes transformés en défault chez l’adulte. Chez le nouveau-né qui subit les caractères de régression du au traumatisme de la naissance on repère différents comportements :

  • Sommeil trop long, même chez le nouveau-né, s’apparente à un refuge.
  • Pleures chez l’enfant au réveil, épouvanté, comme s’il se souvenait du moment de sa naissance.
  • Tendance, un peu plus tard, à s’agripper à quelqu’un

Souvent, selon Maria Montessori, ces enfants traumatisés par la naissance, seront des adultes timides, faibles, hésitants, etc. C’est, dit-elle, « la terrible vengeance de l’inconscient ». Les impressions du subconscient s’impriment dans la Mnème et s’établissent comme les caractéristiques de l’individu.

Le choc reçu à la naissance appelle donc un traitement, au même titre que les soins médicaux. Selon Maria Montessori « il doit exister une norme spéciale de traitement du nouveau-né » tant pour la naissance que pour les quelques jours après la naissance ! Pour que le nouveau-né ne rejette pas son nouveau milieu et ne devienne pas ensuite « extra-social », il faut agir comme la nature le réclame, comme les animaux auraient tendance à le faire, en protégeant le nouveau-né du bruit, des agitations extérieures et en évitant les séparations trop brutales d’avec la mère….. Tout cela pour protéger le Mnème

 

  • Le besoin d’indépendance et l’importance du milieu

L’enfant est poussé par le désir de conquête du milieu. D’ailleurs, les premiers organes qui fonctionnent chez lui sont les organes des sens. Ensuite, ses organes vont se développer en fonction de ses besoins de développement personnel. Ainsi, ce n’est qu’à l’âge de 6 mois que son estomac secrète l’acide chlorydrique nécessaire à la digestion ! Voilà pourquoi la diversification commencerait à cet âge précis…

Très vite, l’enfant ressent et exprime un besoin d’indépendance profond. Le défaut des parents est souvent de l’empêcher de faire, ce qui est dangereux voire grave pour son développement. L’enfant veut faire seul.

  • Le concept de maturation : entre inné et acquis

Contrairement à ce que dis Arnold Gesell qui pense que la croissance de l’individu est déterminée par des lois innées qui déterminent la manière, la vitesse et le contexte de ce qu’il pourra apprendre (en d’autres termes il pense que le développement ne peut pas être influencé par l’éducation. Or pour Maria Montessori, c’est vrai uniquement pour les fonctions physiologiques, comme la marche par exemple), Maria Montessori pense que le point de vue de Gesell est trop biologique et que le concept de maturation est plus complexe que ce que Geselle le prétend :

« La maturation consiste en changements structuraux qui sont en grandes parties héréditaire mais qui sont aussi en grande partie le produit d’échanges de l’organisme et de son milieu ».

Maria Montessori ne nie pas l’importance de l’hérédité. Elle rappelle cependant que le milieu jouera un rôle lui aussi très important, ainsi que la façon de laisser l’enfant appréhender ce milieu.

  • Les soins à prendre pour le début de la vie :

Comme nous l’avons vu, nous savons que l’esprit absorbant de l’enfant s’oriente selon son milieu. Nous avons également vu qu’au moment de la naissance, notre société privilégie les soins en rapport avec la science et l’aspect physique du nouveau-né mais qu’ici encore, une grande importance doit être donnée au milieu pour que le nouveau-né ne le rejette pas suite au traumatisme de la naissance, rejet et régression qui influencerait ensuite son caractère. Pour cela, il faudrait dans le meilleur des cas :

  1. Douceur, calme, chaleur, peu de lumière, beaucoup de rapports avec la mère, (pas de vêtements).
  2. Peu de monde autour de soi, peu de visites ou pas du tout : les 3 premiers jours mieux vaux être un bébé pauvre qu’un riche bébé occidental…
  3. Pas de séparation hygiéniste, d’isolement…
  4. Puis, le laisser absorber le monde : mais alors quel milieu préparer pour un nouveau-né ? Pour un enfant de 3 ans c’est simple mais pour un nouveau-né… Il faut tout simplement lui offrir des impressions dont s’imprégnera son subconscient (même s’il n’en est pas conscient) : mettre des choses à regarder dans sa chambre (mobiles, affiches), lui faire entendre le langage qu’il parlera, lui faire sentir les odeurs, le faire sortir pour voir le monde, entendre la musique…

Remarque : quand on étudie la vie des bébés, on se rend compte qu’un enfant qui n’est pas séparé de sa mère, qui suit son rythme de vie, ses activités, ne pleure jamais. Les enfants qui pleurent constamment ? Un problème d’occidentaux selon les psychologues qui pensent depuis peu que le bébé souffre alors de « diète mentale », trop isolé, trop exclu de l’activité du monde.

D’autant que bientôt, l’enfant va devoir s’approprier le langage … (à suivre !)

Une réflexion sur “L’esprit absorbant de l’enfant #2 : notes et réflexions des chapitres 6 à 8 : le Traumatisme de la naissance

  1. Je ne connaissais pas la plupart des arguments mais c’est particulièrement intéressant ! D’autant plus qu’on se rend compte que l’on fait souvent les choses de la mauvaises manières dans les premiers jours de l’enfant.

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