Eric Chevillard, les écrivains et le blog

C’est dommage, les écrivains français bloguent peu. Virginie Despentes s’était prêtée à l’exercice il y a quelques années (de 2004 à 2005) mais avait tout arrêté net après le piratage imbécile de son site. Pendant un an, elle y écrivait des billets d’humeur. Il y était question de livres, de films, de musique mais aussi de choses plus personnelles. Aussi, parfois, elle donnait une dimension cathartique à son blog, l’utilisait comme un journal intime. Depuis elle, peu de plumes éditées sautent le pas d’écrire quotidiennement, ou presque (et donc d’être jugées quotidiennement, ou presque).

Certes, de jeunes auteurs -comme Titiou Lecoq- tiennent un journal sur le net, mais on ne peut décemment pas les considérer comme des écrivains. Pour eux, souvent (même s’ils s’en défendent), c’est le blog qui les a amenés à l’édition-papier et c’est donc le côté « bancable » de leur audience de blog qui rassure les maisons d’édition. Souvent, ces jeunes là ne font que raconter leurs vies, de l’autofiction pure, qui n’a pas grand chose à voir avec un exercice d’écriture ou de la littérature.

 

Reste que certains font exception à la règle. Je pense notamment au cynique Eric Chevillard. Ecrivain prolifique, c’est pourtant par son blog que je suis venue à ses livres. Grand bien m’en a pris.

Certes, je n’aime pas le côté vengeur-masqué-de-la-littérature de l’homme, je n’aime pas qu’il descende en permanence ses confrères dans les colonnes du journal Le Monde (le feuilleton hebdomadaire du Monde des Livres est tenu par Eric Chevillard depuis la rentrée 2011). Je le trouve parfois violent gratuitement, notamment avec Foenkinos, qui, s’il n’est pas Zola, ne mérite pas la diatribe à son encontre de sieur Chevillard.

Enfin, Chevillard a du talent. Une vraie plume. On peut donc lui pardonner ses sarcasmes sur la littérature d’aujourd’hui (seulement, il ferait bien de se méfier, il finira par devenir caricatural dans sa méchanceté. Bientôt, on dira que se faire détester par Chevillard, c’est être sûr de rencontrer le succès escompté).

Donc Chevillard a du talent. Et un blog. L’autofictif, ça s’appelle. Le principe est simple : chaque jour, sans exception, l’écrivain y publie trois aphorismes. Comme trois réflexions obtenues à des moments différents dans la journée. C’est parfois sublime, souvent très bon.

Lundi 20 février, par exemple, pour le 1498 ème jour où il se pliait à l’exercice, il a écrit :

Il avait la certitude que la postérité rendrait justice à son œuvre et cela l’aidait à supporter l’insuccès de ses livres et l’indifférence qui accueillait chacune de ses publications. Enfin, il mourut. Et, cinq ans après sa mort, son éditeur pilonna le stock de ses livres jusqu’au dernier exemplaire. L’espoir d’une réhabilitation posthume était nul désormais. Or, à sa grande surprise, il dut admettre qu’il s’en foutait.

je voulais un hamster

tchac tchac

pas un lapin

Cette vierge facile se refuse à tous les hommes sans exception !

Chaque fois, chaque jour, ces mots s’avalent comme le thé ou le café du matin : à force ça devient une habitude, presque une obligation. Ca réveille, aussi.

Testez l’autofictif que vous pouvez aussi lire sur papier. Déjà quatre livres ont été tirés de son blog. 

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